La communauté portugaise de Frontignan fêtera samedi 25 avril l’anniversaire de la Révolution des Œillets au Portugal. Derrière la fête, qui sont ces hommes et femmes qui ont choisi de vivre ici ?
Le 25 avril, Frontignan vivra au rythme du Portugal. Ce jour-là, l’Association portugaise culturelle de Frontignan, fondée en 2005, célébrera comme chaque année l’anniversaire de la Révolution des Œillets. Pas de solennité excessive, juste le plaisir de se retrouver, Portugais ou non, pour commémorer la chute de la dictature salazariste du 25 avril 1974 autour d’un repas aux saveurs du pays natal animé par le groupe musical Hugo de Andrade. Car si les Espagnols ont la réputation d’aimer la fête, les Portugais, d’ici comme de là-bas, ne sont pas en reste.
Frontignan, terre d’accueil
L’histoire des Portugais à Frontignan remonte aux années 1960, quand une dizaine de familles originaires de Ponte de Lima, au nord du Portugal, traversent l’Espagne franquiste et la France, à pied ou en train, pour venir s’installer ici au terme de nombreuses péripéties. « On ne sait pas pourquoi ils ont choisi Frontignan. On sait juste qu’ils fuyaient la misère pour trouver du travail et une vie meilleure« , raconte Isabel Vilaverde Alves Fuiza, ex-présidente de l’Association portugaise culturelle de Frontignan, qui a passé le relais à Maria José Alves il y a six ans.
Une deuxième vague, venue de la même région, arrive dans les années 1980, poussée par des raisons similaires, mais cette fois-ci accueillie par ceux et celles qui avaient ouvert la voie. Comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux arrivants trouvent du travail dans le bâtiment, la menuiserie et la viticulture. La solidarité s’organise aussitôt pour leur installation, les démarches administratives et la recherche d’emploi. Et, lorsqu’un membre de la communauté décède, une collecte est aussitôt organisée pour sa famille.
D’autres les rejoindront dans les décennies suivantes, en moindre nombre, retrouvant à Frontignan parents ou proches. Aujourd’hui, la communauté compterait un peu plus de 500 personnes dans cette ville, entre primo-arrivants et descendants. Un chiffre toutefois difficile à établir avec précision, tant les naturalisations et la nationalité française acquise de facto par leurs enfants et petits-enfants brouillent les pistes.
Quel que soit leur nombre, les Portugais ont marqué Frontignan de leur empreinte, en perpétuant et partageant avec tous les habitants les traditions et la culture de leur pays d’origine. Mais aussi, souligne Maria José Alves, « parce que tous les Frontignanais connaissent au moins un Portugais, qui a travaillé chez eux ou a construit leur maison« .
Une communauté dynamique et bien intégrée
Que ce soit pour l’anniversaire de la Révolution des Œillets, la fête de la châtaigne le 11 novembre, ou encore celle de la sardine fin juin, la communauté portugaise de Frontignan saisit chaque occasion pour se retrouver et festoyer, toutes générations confondues, malgré les années écoulées et l’acculturation progressive de ses membres.
« Les autres communautés, notamment espagnole et italienne, nous demandent toujours comment on fait pour que nos enfants nous suivent dans toutes ces fêtes. C’est parce que nous sommes très attachés à la famille. Et si notre communauté est aussi soudée, c’est peut-être parce que la quasi-totalité d’entre nous vient de la région de Ponte de Lima. Comme on est tous de même coin, cela nous permet de recréer une famille, celle que nous avons laissée là-bas« , analyse Isabel Vilaverde Alves Fuiza.
Bien intégrés, les Portugais le sont assurément à Frontignan, même si quitter leur pays et leur famille a représenté pour chacun un véritable déchirement. Certains ont depuis créé leur entreprise, d’autres sont devenus banquiers, médecins, avocats, commerçants…
Les racines au Portugal, la vie en France
Chez eux, c’est la France. « Le Portugal, ce sont nos racines et l’histoire de nos familles. Nous avons quasiment tous une maison là-bas et nous y retournons régulièrement. Certains espèrent y passer leur retraite, d’autres, comme moi, non, car nous avons construit notre vie ici avec nos enfants et petits-enfants« , confie Isabel Vilaverde Alves Fuiza.
Ni elle ni Maria José Alves n’ont pourtant demandé la nationalité française. « On fait partie de l’Europe, alors nul besoin de franchir cette étape« , explique-t-elle. « Je n’ai jamais senti non plus ce désir, même si c’est toujours la galère pour refaire ses papiers, car l’ambassade est à Marseille. Et puis, pour faire des ménages, on ne nous demande pas d’être Français« , plaisante Maria José Alves, non sans humour.
Si la France est leur patrie d’adoption, l’attachement aux traditions et à la culture de leur pays d’origine reste profond. « On a besoin de les transmettre à nos enfants et petits-enfants, de se retrouver, même si chacun mène sa vie de son côté. Ce qui nous réjouit aujourd’hui, c’est que de plus en plus de Frontignanais viennent se joindre à nos fêtes. Or, c’est exactement ce que nous souhaitons : partager avec tout le monde« , conclut Isabel Vilaverde Alves Fuiza.










