"Nous défendons la sauvagerie construite de la Camargue, un territoire unique façonné par l’homme et la nature" : la candidature de la Camargue à l’Unesco avance

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Portée depuis 2023, la candidature de la Camargue et du delta du Rhône au patrimoine naturel mondial de l’Unesco se structure et avance. Prochaine étape espérée en 2027. Véronique Jullian, la vice-présidente de l’association La Camargue à l’Unesco fait le point.

Comment est née l’idée de proposer la Camargue à l’Unesco ?

La démarche n’est pas née par hasard. La Camargue est déjà inscrite sur la liste indicative des sites Unesco depuis 2002. C’est une liste sur laquelle les États renseignent ce qu’ils pensent être un patrimoine exceptionnel qui mériterait d’être inscrit au patrimoine mondial. Mais depuis rien n’avait bougé. La Camargue est pourtant reconnue Réserve de biosphère depuis 1976. C’est le plus grand delta vivant d’Europe qui connecte la montagne et la Méditerranée via le Rhône.

Vous avez donc créé une association pour défendre le projet à l’Unesco…

L’association est née en mai 2023, portée par quatre passionnés de la Camargue, qui la vivent et qui y vivent. Aujourd’hui Stanislas Blohorn en est le président, j’en suis la vice-présidente. Nous avons 11 administrateurs et environ 150 membres. Première étape importante, en octobre dernier, nous avons déposé auprès du ministère de la Transition écologique la candidature officielle qui a reçu une réponse favorable. Nous avons maintenant un cadre très structuré pour travailler notre dossier et mettre en avant les critères qui font de la Camargue un site à la valeur universelle exceptionnelle.

Un territoire façonné par l’agropastoralisme. Midi Libre – MiKAEL ANISSET

Quel projet allez-vous défendre ?

Nous allons défendre un patrimoine naturel exceptionnel car un projet mixte mêlant patrimoine naturel et culturel risquerait d’achopper sur les traditions taurines (une demande d’inscription de ces traditions au patrimoine immatériel de l’Unesco est en cours par ailleurs, NDLR). Mais nous parlons d’un patrimoine naturel façonné par la main de l’homme depuis toujours.

Dans le monde, deux deltas sont inscrits au patrimoine naturel de l’Unesco, le Danube en Roumanie et l’Okavango au Botswana. En Camargue, la cohabitation de l’homme et de la nature en fait un territoire unique et exceptionnel.

Un projet de territoire

Quels sont vos axes de travail ?

Nous travaillons autour de cinq axes majeurs. Le delta du Rhône est le plus grand delta vivant d’Europe occidentale (même si le Rhône est endigué), ce qui en fait un laboratoire unique des défis futurs de montée des eaux face au changement climatique. C’est un site où l’on observe des processus naturels rares, comme les lagunes, l’interaction fleuve-mer… Troisième axe, il abrite une biodiversité exceptionnelle, quatrième axe, c’est un carrefour migratoire vital. Enfin, c’est un territoire qui résulte d’une coévolution remarquable entre l’homme et la nature, avec les élevages de taureaux et de chevaux, la riziculture, une gestion unique de l’eau. Sans riziculture, il n’y a plus de Camargue !

Un paradis pour les flamants roses et 350 espèces d’oiseaux. Midi Libre – MiKAEL ANISSET

Pour les touristes, la Camargue est connue pour être le paradis des flamants roses ?

Oui, c’est même l’unique site de reproduction régulier du flamant rose. Mais la Camargue abrite plus de 350 espèces d’oiseaux, soit plus de 50 % de l’avifaune européenne sur moins de 0,3 % du territoire. Et la flore est aussi très précieuse : 1 200 espèces végétales sont recensées (25 % de la flore française).

La biodiversité exceptionnelle de la Camargue est largement maintenue par des activités humaines (pastoralisme, gestion de l’eau, salins…), ce qui en fait un modèle mondial de partage de l’espace.

Il y a aussi des enjeux politiques. Les élus sont-ils plutôt convaincus ou réticents ? La percée du RN aux dernières municipales change-t-elle la donne ?

Depuis trois ans, nous ne ménageons pas nos efforts pour convaincre et réunir autour de ce projet qui concerne deux régions, trois départements et 70 communes. Ça avance : la région Occitanie, le Gard et 14 communes du Gard ont dit banco. Le maire d’Arles y réfléchit toujours, la région Paca n’a pas encore répondu. L’étiquette politique joue-t-elle ? À Vauvert, l’ancien maire PS Jean Denat n’avait pas voulu adhérer. Nous allons nous rapprocher du nouveau maire RN Nicolas Meizonnet. Si on obtient le label, c’est un Graal extraordinaire qui protégera les traditions auxquelles les élus RN se disent attachés. Convaincre tout le monde de travailler ensemble est un long chemin.

La réussite du dossier dépendra aussi d’une gouvernance à construire ?

Effectivement, il faudra aussi imaginer un projet de territoire global et un plan de gestion unifié sur vingt ans avec une structure de pilotage unique et solide pour être l’interlocuteur de l’Unesco. L’idée est de créer un organe juridique nouveau qui assurera la gestion du bien proposé au patrimoine mondial en impliquant de manière collaborative les différentes institutions et acteurs qui existent déjà sur le territoire.

Les manades, avec chevaux et taureaux, font vivre ce territoire sauvage façonné par l’homme. Midi Libre – MiKAEL ANISSET

Qu’apportera un label Unesco ?

C’est un formidable levier pour développer un tourisme plus qualitatif, pour lever des financements, attirer des mécènes, attirer des coopérations scientifiques internationales. C’est aussi un atout de développement durable.

Quelle est la prochaine étape ?

On doit maintenant convaincre la ministre de la Transition écologique de demander la révision de la liste indicative où la Camargue est inscrite depuis 2002. On aimerait en 2027, évidemment, il y aura la présidentielle, de nouveaux ministres, mais on est confiant. Après, il restera encore un long chemin de 6 à 7 ans.

Quelle est votre motivation à vous engager dans un tel projet ?

Ma famille est de Gallician depuis cinq générations, j’ai passé toute ma jeunesse au milieu des étangs. Mon oncle a une manade à Aigues-Mortes. Je me suis lancée dans ce projet qui occupe 100 % de mon temps en mémoire de ma famille mais aussi pour les générations futures, parce que la Camargue est fragile, il ne faut pas qu’elle disparaisse.

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