Sa folle cavale avait coûté la vie à sa jeune compagne : un trentenaire au casier judiciaire bien rempli a été condamné, lundi 27 avril, à douze ans de prison ferme pour avoir foncé avec sa voiture sur des policiers alors qu’il tentait de leur échapper.
La course-poursuite d’une dizaine de minutes, ponctuée de coups de feu et de barrages forcés, et menée en plein cœur de Grenoble, s’était soldée par la mort de la petite amie du conducteur, 18 ans, tuée par un tir de policier.
Reconnu non coupable de tentative de meurtre
Cette nuit d’octobre 2022, Ouadia Kaouass avait pris tous les risques pour tenter d’échapper à un contrôle de police alors qu’il se trouvait en voiture avec elle. Dans cette affaire, l’homme de 34 ans, de nationalité marocaine et dont le casier judiciaire contenait déjà une douzaine de condamnations, était accusé d’avoir délibérément utilisé son véhicule comme « arme » pour tenter de renverser quatre policiers qui tentaient de l’arrêter.
Mais au terme d’une semaine de débats devant la cour d’assises de l’Isère, il a été reconnu non coupable du chef d’accusation de tentative de meurtre. Il a toutefois été reconnu coupable de tous les autres chefs, allant de la détention d’arme létale à la conduite sous stupéfiants, en passant par le refus d’obtempérer aggravé.
À l’énoncé du verdict tard lundi, l’accusé, barbe fine et vêtu tout de noir, est resté calme, battant rapidement des paupières debout derrière son box vitré. Le public, où siégeaient plusieurs policiers s’étant portés parties civiles dans l’affaire, n’a pas réagi non plus.
« Je pense que les policiers vont être un peu affectés par cette décision »
« On regrette, je pense que les policiers vont être un peu affectés par cette décision », a réagi Me Frédéric Mauvarin, avocat d’une partie des policiers parties civiles. Mais « il y a quand même une condamnation reconnue sur les circonstances aggravantes », a-t-il ajouté, et « on arrivera, je l’espère, à ce qu’ils reprennent une vie professionnelle complète ».
« On ne peut jamais être satisfait d’une décision qui condamne un homme à une peine de douze ans. Mais on était exposés à la perpétuité », a souligné de son côté l’un des avocats de la défense, Me Ronald Gallo.
Cette peine est également inférieure aux réquisitions de l’avocat général, Etienne Manteaux, qui avait demandé une peine de vingt ans de réclusion criminelle. Armé, l’accusé avait aussi fait feu à plusieurs reprises lors de sa fuite, des « tirs de sommation » qui ne visaient pas les fonctionnaires, a-t-il répété tout au long du procès.
« Je ne demande pas votre clémence »
Alors que le conducteur, arrivé dans un cul-de-sac, forçait le passage à vive allure, les policiers avaient tiré à leur tour, atteignant au cou la passagère dont ils ignoraient la présence à bord du véhicule. Elle avait été retrouvée décédée quelques minutes plus tard lorsque la voiture, hors d’état de rouler, s’était enfin immobilisée.
Avant que la cour ne se retire pour délibérer en début d’après-midi, l’accusé a longuement tenté de convaincre les jurés qu’il n’avait ni cherché à écraser les policiers, ni à tirer sur eux, mais seulement à les « fuir ». « Je ne demande pas votre clémence. »
Mais d’être jugé pour les faits que j’ai commis, ni plus, ni moins », a-t-il ajouté, se disant « plein de remords » et « sans aucune haine envers la police et le système ». Sa compagne, dont il s’est dit très amoureux à l’époque, « n’est plus là à cause de moi », a-t-il lâché.
« Marquée à vie »
Une quinzaine de policiers s’étaient portés partie civile à ce procès. « On sait qu’on est sujets à ce genre d’intervention, mais on n’est jamais préparés », a témoigné une policière à la barre, se disant « marquée à vie ».
Le décès de la passagère avait fait l’objet d’une procédure de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), qui avait été classée par le parquet. Une autre information judiciaire est toujours en cours, dans laquelle les policiers sont sous statut de témoin assisté.
Avec AFP
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