Dessinatrice officielle au procès dit des viols de Mazan, Julie Emile Fabre raconte son expérience à travers son livre

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Julie Emile Fabre a sorti le 4 mars dernier son livre. Un récit qui retrace le procès dit des viols de Mazan qu’elle a suivi en tant que dessinatrice. Un compte rendu qu’elle lie à son histoire, marquée par des violences intrafamiliales.

Pendant votre processus d’écriture sur votre vie, vous avez découvert l’affaire dite des viols de Mazan et vous avez ressenti un besoin d’y assister. Pourquoi ?

Ça faisait effectivement un an et demi que j’avais commencé à écrire un texte autobiographique, à la première personne, autour des violences intrafamiliales, en partant de mon propre vécu. C’est un texte que j’avais commencé suite au décès de ma grand-mère paternelle. Et je me sentais, à ce stade de ma vie, prête à en faire quelque chose de ces violences qui sont invisibles. Car contrairement au procès qui parle de viol, les violences personnellement vécues sont des violences de genre, sexiste, ordinaire au sens où ça commence par l’éducation, par la famille… Et c’est à ce moment-là, que j’entends parler du procès. Et quand je commence à réaliser l’importance du geste de Gisèle Pelicot d’ouvrir le procès au public, je me dis qu’il fallait que j’aille au moins assister à une ou deux journées.

Qu’est-ce qui vous a marqué ?

J’ai été saisie par tout ce que j’entendais, je faisais vraiment l’expérience de ce que c’est qu’une cour criminelle, comment ça se passe un procès. C’était très intéressant, très impressionnant et très lourd aussi, en terme affectif. Et en même temps, je me suis rendu compte que c’était comme un terrain d’étude, d’enquête, sur les violences de genre puisque j’avais le profil de cinquante hommes qui ont commis des violences sexuelles et des viols. Et par le processus judiciaire, on a l’exposé de leur vie, de leur parcours, de leur psychisme, de leur fragilité, des expertises… On a donc comme une mise à disposition, que l’on s’empare, pour comprendre comment la violence se produit, se reproduit et comment, dans l’esprit de ces hommes, ils se sont sentis autorisés à le faire.

« Le livre a trouvé cette nécessité à la fin du procès, à la fin de cette aventure »

Ça vous a aidé dans votre processus d’écriture, pour mettre des mots sur ce que vous avez vécu, vous ?

Oui, le fait de rencontrer des gens pour qui ce procès résonnait, il m’a été beaucoup plus facile d’employer mon expérience personnelle, de vécu de violences, parce qu’elle rencontrait une histoire collective. Et le fait que Gisèle Pelicot a ouvert la parole m’a aussi aidé. Ça m’a encouragé à écrire, à m’exprimer, mais aussi à témoigner du procès. Car il y a un peu cet aspect documentaire, notamment à travers les images. Donc il y avait cet ensemble de choses où je me suis dit que, finalement, à la fin, je pouvais en faire un livre. Ce qui n’était pas forcément l’idée de départ. Le livre a trouvé cette nécessité à la fin du procès, à la fin de cette aventure.

Sur votre rôle de dessinatrice de procès justement, vous l’avez un peu décidé sur un coup de tête.

Ça a été un peu l’aboutissement de mon processus d’émancipation, celui d’assumer d’être artiste. Je dessine depuis toujours, et au bout de deux jours de prises de notes intenses dans la salle de retranscription, j’ai remarqué qu’il y avait des dessinateurs et des dessinatrices. Et là, je me suis dit que j’avais aussi envie de pouvoir avoir accès au contrechamp, d’être au cœur du processus.

J’en ai fait la demande d’accréditation sur le tas, et par chance, elle a été acceptée. Et cette libération de la parole, elle a aussi été accompagnée par le dessin, par cette place que j’ai trouvée dans ce procès.

Ça a été intense ?

Extrêmement intense. Lorsqu’on dessine, on a un point de vue en face : en face des accusés, en face des avocats. On peut se déplacer, aller au plus près… Donc on vit le procès avec ce regard-là et cette mission de faire des portraits. De capter toute cette communication non verbale.

« Je pense que c’est un évènement très très marquant »

Et ce qui m’a particulièrement marqué, c’était cette question que la cour a posée à chacun des accusés : « Est-ce que vous avez cherché à regarder le visage de Gisèle Pelicot ? » À cette question, la majorité répondait « Non, le visage m’importe peu. » Cette négation du regard de l’autre, du visage de l’autre, de cette humanité finalement, elle s’est réactivée, elle s’est retrouvée par le regard que moi je pouvais avoir sur les accusés.

Dans votre livre, vous parlez des conséquences psychologiques et psychiques qu’a eu le procès sur vous. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Je pense que c’est un évènement très très marquant. Ça a constitué un tournant dans ma vie. Pendant le procès, j’ai fait des rêves. J’ai pensé croiser des accusés au supermarché, dans les rues. C’est moins fort aujourd’hui, ça s’est atténué. Mais j’en ai un vécu très puissant, qui est encore là.

Maintenant ce livre terminé, est-ce que ça vous a permis d’assumer pleinement le fait d’être artiste ?

Oui, absolument. Il s’est dénoué pas mal de choses grâce et autour de ce procès. Et aujourd’hui, je me sens libérée.

« Le procès, des violences intrafamiliales à l’affaire Pélicot ». Editions Morgen, 200 pages. 24,90 €. Lecture du livre par Julie Emile Fabre et dédicaces, ce mardi 24 mars, à 18 h 30 à l’Épicerie, 14 rue de l’Agau, Nîmes.

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