Emmanuel Négrier, directeur du centre d’études politiques et sociales (le Cepel), à l’université de Montpellier/CNRS, analyse les résultats de la soirée.
Quel enseignement principal tirez-vous de ce scrutin ?
Le premier enseignement, c’est que ces élections municipales ont été vues comme des élections intermédiaires qui permettaient aux partis qui n’étaient pas représentés dans les forces gouvernementales de capitaliser sur le mécontentement qu’ils génèrent. Et finalement, on voit que ce n’est pas vrai.
Deuxièmement, ce que montre finalement cette élection dans son extraordinaire diversité, c’est le poids des configurations locales par rapport à la nationalisation du scrutin. On serait bien avisé de faire une analyse beaucoup plus localisée des configurations territoriales. Où la conquête de Nîmes par une vaste union de la gauche contraste avec la victoire de Christophe Barthès à Carcassonne.
On avait observé à l’issue du premier tour que nombre de sortants semblaient en danger. Cela a été assez largement confirmé ce dimanche soir ?
Nombre de successions à gauche et à droite se sont mal passées. Elles montrent une forme de petit dégagisme, mais non pas de dégagisme national, mais d’un dégagisme plutôt lié à des mandats de trop, par exemple René Revol à Grabels.
On a aussi des retournements de situations liés à des configurations territoriales tout à fait particulières. La situation à Mende est passionnante. Parce qu’elle nous montre que l’apparente hégémonie de la gauche en Lozère n’était pas le fruit d’une évolution sociologique unilatérale, mais largement plus dépendante de la division de la droite. Or, à Mende, dès que la droite montre des signes de réunion, elle retrouve ses positions. Des situations tout à fait singulières, qui ne bénéficient pas unilatéralement à la gauche.
Qui n’est pas toujours perdante cependant…
Non, mais la gauche est à un étiage bas, aux alentours de 33 % et quelques du corps électoral dans des élections nationales. Elle ne peut pas se payer le luxe de la division. Et on le voit dans un certain nombre de cas.
Évidemment, le cas de Lodève est totalement emblématique de cette situation-là : une gauche qui est majoritaire au premier tour et qui perd l’élection au second. Et on peut également ajouter la quasi-disparition, ou en tout cas la position ultra-minoritaire de la gauche à Narbonne. Mais, oui, elle s’en sort bien dans pas mal d’endroits. Mais on peut déjà faire, et c’est intéressant, une comptabilité sur les 483 communes de plus de 1 000 habitants, pour lesquelles on a un recul comparatif avec 2020. Dans les cinq départements de l’ex-Languedoc-Roussillon.
Que révèle-t-elle ?
On a, sur ces 483 communes, 33 % qui restent divers gauche. Il y en avait 41 %. Alors certes, comme il y a Montpellier dedans, en pourcentage de la population gouvernée, ça passe de 37,5 % à 36 %, la chute est plus faible. Si on prend maintenant les droites, les communes de droite, on passe de 32,3 % à 31,3 %. On ne perd qu’un point. Et on passe de 42 % de la population, à 35 % de la population.
Et la troisième force politique, si on peut dire, ce sont les divers, les listes diverses qui représentaient 20 % des communes. Aujourd’hui, ce sont 30 % des communes dont l’étiquette est pratiquement impossible à identifier. Ça représente 13,5 % de la population seulement, parce qu’il s’agit plutôt de petites communes. Et l’extrême droite, elle ne pèse aujourd’hui que 2 % des communes et 10 % de l’électorat.
C’est une vision d’ensemble qu’il faut analyser ?
Il faut tout regarder. On a l’impression que le RN est devenu la force hégémonique, en fait, non. Ne serait-ce que parce qu’elle n’a pas pu présenter plus d’une cinquantaine, ou soutenir plus d’une cinquantaine, grosso modo, de listes dans cet ex-Languedoc-Roussillon, même dans nombre de communes où il est majoritaire aux élections nationales. Il y a vraiment un problème d’enracinement pour ce parti.
La France insoumise souffre du même problème ?
Non, c’est très différent. Parce que la France insoumise a des enracinements locaux un peu chaotiques mais qui peuvent être significatifs dans certaines communes. Mais LFI ne parvient pas à capitaliser sur un mécontentement interclassiste, socialement aussi diversifié, que peut le faire le Front national.








