L’entraîneur Patrick Mouratoglou, organisateur de l’UTS Nîmes (3/4 avril), n’en démord pas : face au vieillissement de la fan base du tennis, l’UTS offre une alternative collant aux modes de consommation des jeunes.
Le circuit lancé par Patrick Mouratoglou en 2025 fait de nouveau étape dans les arènes de Nîmes, avec l’ambition de renouveler un succès jeune et populaire.
L’UTS Nîmes va vivre sa 2e édition. Quel bilan faites-vous de son inauguration l’an dernier ?
Selon moi, ce fut un vrai succès populaire, on a été « sold-out » le samedi et quasiment le vendredi aussi, Ça fait 20 000 personnes sur les deux jours, on bénéficie d’un très grand stade (les arènes). Et puis l’ambiance était incroyable, je me souviens quand tout le monde a commencé à chanter La Marseillaise en plein match, les joueurs se sont arrêtés… On peut parler d’ambiance de corrida.
« Ce sont presque des ambiances de match de foot »
Quel a été le retour des joueurs ?
Ils ont adoré, ils adorent l’UTS en général, mais ce qu’ils aiment particulièrement à Nîmes, c’est le stade qui les sidère. Je me souviens de Ben Shelton (USA/N.9), quand il est rentré pour la première fois, j’étais avec lui, c’était pour un entraînement, il était subjugué, il s’est figé et a dit qu’il n’avait jamais joué dans un endroit aussi impressionnant et magnifique.
L’autre grand attrait pour eux, c’est l’ambiance, c’est ce qui les fait vibrer, c’est pour cette raison d’ailleurs que la Coupe Davis avait un tel succès dans son format précédent, parce que ce sont des ambiances qu’on ne retrouve pas le reste de l’année sur le circuit. Ce sont presque des ambiances de match de foot. Pour des sportifs, c’est fabuleux. On a d’ailleurs eu l’embarras du choix pour faire venir les joueurs cette année.
Les meilleurs mondiaux seront présents, mais pas Alcaraz et Sinner. Les avez-vous sollicités ?
Bien sûr, mais c’est une question de choix de calendrier – tous les joueurs se plaignent que ce dernier est déjà saturé – mais aussi de prize-money (1 million de dollars, dont 300 000 accordés au vainqueur). Il faut dire les choses telles qu’elles sont : le prize-money est extrêmement élevé pour tous les joueurs, mais pour ces deux-là, ce n’est peut-être pas suffisant, je ne sais pas. Les trois qui n’ont pas encore disputé l’UTS sont Djokovic, Sinner et Alcaraz, sinon, tous les autres ont joué au moins une fois.
Une nouveauté cette année : un tournoi pros/amateurs, sur le modèle de ce qu’avait fait l’Open d’Australie. Quelle en sera la formule ?
J’ai trouvé cette idée vraiment excellente, très réussie, c’est une nouvelle tendance qui plaît beaucoup aux spectateurs, il y a eu de très bons retours. Donc on s’est dit qu’on pouvait le faire à la sauce UTS. Mais au lieu de faire ça sur un point, ce qui est quand même un peu rapide, on va adopter une « mort subite » qui durera entre 2 et 4 points.
Il y aura avant cela des tournois de qualification pour les amateurs ainsi qu’un tournoi de célébrités/influenceurs et, à la sortie, trois amateurs et un influenceur défieront les pros. Ce tournoi, baptisé « Normal cup », se déroulera le vendredi entre deux matches.
« Le sport moderne est justement la conjonction du spectacle et du sport »
On peut imaginer à l’avenir un célèbre acteur américain jouer contre Carlos Alcaraz ? Si oui, n’est-ce pas plus du spectacle que du sport ?
On peut l’imaginer, tout à fait. Bon, ce ne sera pas le cas car aucun acteur ne vient cette année (rires), mais pourquoi pas ? Personnellement, je ne suis pas forcément pour opposer les deux. Ça peut être du sport ET du spectacle. J’ai toujours dit que UTS, c’étaient les deux. Pourquoi c’est du spectacle ? Parce qu’on a fait un format de tennis qui est beaucoup plus adapté à ce que les gens consomment aujourd’hui. Mais c’est aussi du sport parce que les joueurs jouent à 100 %. Ils ne sont payés qu’en prize money et pas juste pour la participation, donc ils jouent à fond. Le tournoi entre les pros et les amateurs, tout le monde va le jouer à fond parce qu’il y a de l’argent à la clé (5 000 dollars). D’ailleurs, je pense que le sport moderne est justement la conjonction du spectacle et du sport.
On va donc revoir les mêmes recettes que l’an dernier ?
Oui, exactement pareil, avec les quarts de finale qui débutent vendredi. Il y aura deux DJ qui rythmeront l’événement (Yann Muller le vendredi et The Avener le samedi). On répond ainsi au mode de consommation des jeunes. Le format en lui-même fait que c’est beaucoup plus court, rapide, dynamique et immersif. On a revisité le format du tennis afin de créer une nouvelle « fan base » pour le tennis, parce qu’elle est vieillissante (61 ans de moyenne). Ça me paraît urgent de trouver une solution pour que les jeunes (re) commencent à suivre le tennis.
« L’UTS n’est pas un concurrent du tennis, je l’ai toujours dit, c’est du tennis »
Ce dernier doit effectivement lutter face aux formats émergents et, surtout, au boom du padel…
Alors, l’UTS n’est pas un concurrent du tennis, je l’ai toujours dit, c’est du tennis. On est complémentaires. À l’inverse, le padel est clairement un concurrent. Là, on parle de la pratique. Il est vrai que le padel est un format peut-être plus adapté à la manière dont les gens consomment aujourd’hui, parce qu’on s’amuse tout de suite. C’est beaucoup moins contraignant que le tennis, moins physique, moins technique. Donc l’accès est beaucoup plus facile. Le tennis, lui, est un sport qui réclame beaucoup de travail avant de commencer à s’amuser.
L’Open Sud de France, à titre d’exemple régional, montre à l’inverse une « bonne santé » de l’écosystème tennis…
Les joueurs sont très bons, les droits télé aussi mais, je le répète, le problème, c’est le spectateur. Je dis juste que l’âge moyen du fan qui suit le tennis toute l’année est de 61 ans, toutes les études le montrent. Et chaque année, c’est un an de plus. La fan base vieillit, il n’y a pas de nouveaux entrants, notamment les jeunes. C’est inquiétant alors que la base du tennis, c’est un milliard de personnes. Mais il faut penser à l’avenir. Le tennis s’occupe du présent, l’UTS s’occupe de l’avenir.








