Affaire peu banale, mercredi 18 mars au tribunal judiciaire de Montpellier. Un retraité de 81 ans, sans casier judiciaire, était jugé pour avoir agressé sexuellement, dans un parc de la ville, une dame qui promenait sa petite-fille en poussette. Malgré ses dénégations, il a été condamné à une peine de prison avec sursis.
Comment une simple balade dans un jardin public peut-elle virer à l’agression sexuelle, de la part d’un retraité de 81 ans au profil ordinaire, sans casier judiciaire ? Ce sont les faits peu banals que jugeait, mercredi 18 mars, le tribunal judiciaire de Montpellier. La victime : une femme qui raconte comment le prévenu s’en est pris à elle, alors qu’elle promenait sa petite-fille de huit mois dans une poussette, en octobre dernier, au parc de Font Colombe, près de la route de Lavérune.
« J’ai eu l’impression d’être piégée »
Dans un récit encore chargé d’émotion, la jeune grand-mère décrit le malaise qu’elle a ressenti en présence de cet homme. Son regard insistant, puis l’altercation quand elle s’apprête à quitter les lieux. « Il m’a dit qu’on devait se revoir, m’a saisi le bras avec ses deux mains et m’a touché le sein. Il me tirait et voulait m’embrasser. J’essayais de me dégager, il n’y avait personne dans le parc », raconte la Montpelliéraine avec effroi. « J’ai commencé à paniquer car j’ai eu l’impression d’être piégée. J’ai couru vers une maîtresse accompagnée de ses élèves. Je lui ai dit « attendez-moi, je viens de me faire agresser ». Elle m’a raccompagnée jusqu’à la sortie du parc ».
Le mis en cause, marié et père de famille, ancien chef d’entreprise, a donné des versions différentes depuis sa garde à vue, jusqu’à cette audience. Il a d’abord affirmé n’avoir aucun souvenir de cet épisode, puis soutenu que son geste était défensif, car la victime dirigeait la poussette contre lui. Des propos que la procureure juge « assez rocambolesques », s’agissant d’une grand-mère qui promène sa petite-fille, et dont les déclarations ont toujours été très constantes. Celle-ci fait état d’un réel traumatisme. « Je suis une personne assez ouverte, je parle facilement. Mais désormais, quand un homme me parle, je me demande ce qu’il va m’arriver ».
« Est-ce qu’on devient un délinquant sexuel à 82 ans ? »
« Ma cliente est toujours suivie par un psychologue au CHU. Elle n’a toujours pas remis les pieds dans ce parc situé à proximité de chez elle. Elle est saisie d’une peur irrationnelle », plaide son avocat, Me Romain Fontès, qui demande 5 000 € de réparation au titre du préjudice moral. L’avocat de la défense, lui, observe « des approximations de part et d’autre » dans le déroulement des faits. Alors qu’aucune pathologie ou trouble cognitif n’a été diagnostiqué chez son client, il fait valoir : « Est-ce qu’on devient un délinquant sexuel à bientôt 82 ans, alors que mon client n’a plus de libido depuis 15 ans ? Il a le toucher facile, de l’épaule, du dos, mais n’a jamais fait parler de lui. Le caractère intentionnel n’a pas été démontré ».
Le tribunal a déclaré le prévenu coupable prononcé une peine de six mois de prison avec sursis simple, interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître au parc de Font Colombe pendant trois ans. Si l’inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles n’a pas été retenue, le retraité devra en revanche indemniser la victime à hauteur de 1 000 €.








