Avant la réception du leader Troyes, samedi 4 avril (14 h), et une fin de saison qui pourrait être excitante, l’attaquant du MHSC, Alexandre Mendy, a fendu l’armure pour évoquer son jeu et un poste parfois ingrat.
Il n’aime pas se dévoiler, question de discrétion. Mais après plusieurs mois à repousser les approches, Alexandre Mendy a accepté de se confier. À 32 ans, l’attaquant évoque son jeu et s’ouvre également avec une vraie sincérité sur ses douleurs physiques ou l’équilibre psychologique dont ont aussi besoin les footballeurs pour performer. Auteur de 10 buts avec Montpellier en L2 (13 au total), il n’oublie pas non plus les critiques dont il peut faire l’objet et un après carrière qu’il a du mal à envisager.
Qu’est-ce qui vous fait courir au-delà du but ?
Il y a quelques années, je vous aurais dit qu’il n’y avait que le but. Mais aujourd’hui, comme le foot a évolué et qu’on demande beaucoup plus à un attaquant, c’est aussi le travail collectif, le fait d’aider l’équipe. Je sais que je peux être bon en ne marquant pas. Mais ça ne me suffira pas.
Que ressentez-vous après avoir marqué un but ?
Ce sont beaucoup d’émotions différentes. C’est l’accomplissement du travail effectué, le fait de rendre fiers mes proches qui sont souvent en tribune. C’est pour ça que je joue au foot en fait. Marquer des buts, c’est ce qui m’anime tous les jours.
La flamme ne se perd pas, surtout pour un but, peu importe le niveau.
L’émotion est-elle toujours aussi forte à 32 ans ?
Oui, toujours pareil. Un but, c’est dur à mettre. Il y a des périodes où c’est un peu plus difficile. Et le fait de marquer, c’est toujours aussi plaisant. Je pense que la flamme ne se perd pas, surtout pour un but, peu importe le niveau.
Même dans quelques années, je serai toujours animé par ça. C’est un truc qui… Attaquant, c’est naturel, je ne pense pas qu’on le devienne. Depuis petit, on est attiré naturellement vers le but ou pas. Et j’ai toujours joué devant.
Vous avez débuté l’intégralité des 28 matches du MHSC en L2 cette saison et, depuis le départ de Becir Omeragic, vous êtes le joueur le plus utilisé par Zoumana Camara. Comment expliquez-vous cette forme à votre âge ?
C’est un truc que j’ai appris à développer. Ça fait 5 ou 6 ans que je bosse. J’ai un prépa physique en plus, une salle de sport à la maison. Je mets les choses en place pour performer. Mais à haut niveau, si on écoute trop son corps, on ne joue jamais. Il n’y a pas un match où je n’ai pas mal. Ça fait partie du métier. Il faut s’habituer à la douleur.
Vous avez un jeu basé sur le combat. Est-ce que ça vous demande une certaine rage ?
Être attaquant ne s’apprend pas. Il faut être tueur, méchant. J’arrive à me galvaniser les jours de compétition. Après, à l’entraînement, je bosse, mais je ne suis pas comme ça même si j’étais bagarreur petit (rire).
Je trouve toujours que, la plupart du temps, (les décisions arbitrales) c’est injustifié.
Les arbitres sont très attentifs à vos duels, ce qui a pu générer de la frustration. Vous êtes-vous fait une raison ?
Je ne me fais pas de raison parce que je trouve toujours que, la plupart du temps, c’est injustifié. Je pense au but refusé contre Reims récemment, au penalty non sifflé à l’aller à Reims… Je travaille sur moi-même et j’essaye de contrôler les paramètres qui ne dépendent que de moi. Il y a des échanges avec le coach, avec Cédric (Voutier, directeur performance du club). J’ai aussi un préparateur mental.
Le chiffre : 82
Avec 82 buts marqués en 210 matches, Alexandre Mendy est le meilleur buteur en activité de la Ligue 2. À 18 réalisations d’une barre des 100 plus que symbolique. "J’aimerais bien arriver à 90 d’abord, se marre l’intéressé. On verra après." Avec 10 buts en 28 rencontres sous le maillot du MHSC, Mendy est également le premier Héraultais à atteindre ou dépasser la dizaine depuis Elye Wahi et la saison 2022-23 (19 en L1).
D’où vous vient ce jeu ? Est-ce inné ?
Non, à partir de 13 ans, un truc comme ça, j’ai commencé à être dans ce profil-là. Mais plus jeune, sur les terrains à 8, j’allais assez vite. Je vais toujours vite, mais je ne suis pas le plus rapide (sourire). À l’époque, j’étais plus ce genre de joueur de vitesse. Après, au fil du temps, j’ai peaufiné le reste. Puis les aspects tactiques et techniques, quand j’ai intégré Nice en réserve avec Manuel Pires. Mais sinon, c’est naturel.
Les gens ne payent pas pour venir te voir jouer. Ils veulent des dribbleurs.
N’est-il pas difficile de conserver ce style à une époque où il est de plus en plus demandé aux attaquants de la vitesse, de la profondeur ?
On devient des joueurs atypiques. En Ligue 1, il y a (Olivier) Giroud, (Joaquin) Panichelli ou (Ludovic) Ajorque. Les gens ne payent pas pour venir te voir jouer. Ils veulent des dribbleurs. On ne retient ton nom que si tu marques et c’est assez frustrant. On ne regarde pas tout le travail qui est fait.
Heureusement qu’on est en France et qu’on a connu un gars comme (Karim) Benzema qui a su faire comprendre qu’un attaquant ne met pas que des buts. Sans lui, ça aurait été encore plus compliqué.
Récemment vous avez évoqué les critiques dont vous avez pu faire l’objet. Parce que ça vous touche ou vous agace ?
Les deux. Je sais que ça fait partie du truc mais de temps en temps, il faut une piqûre de rappel. Quoi qu’il arrive, en tant qu’attaquant, avec mon profil, je serais sujet à la critique. Je n’ai pas de réseaux sociaux, je ne lis pas les journaux, je suis déconnecté de tout ça, dans ma bulle, mais on me rapporte des choses.
Et cela vous blesse ?
Blesser, c’est un grand mot. Quand ce n’est pas justifié, en fait. Par exemple, on m’a envoyé les notes du match de Coupe de France à Metz (0-4). J’avais 4 (Midi Libre lui avait attribué un 6, NDLR). Mais ils se basent sur quoi ? Ils ont vu que je n’avais pas marqué et voilà. Pourtant, sur au moins la moitié des buts, je suis impliqué… Il n’y a que ceux qui connaissent vraiment le football qui voient.
On peut décortiquer nos buts et, même si ce n’est pas moi qui marque, il y en a beaucoup où je fais action, où j’emmène un joueur, où je libère des espaces.
Ici, il a fallu six mois pour que je m’adapte parce que j’avais des problèmes à la maison.
Vous estimez-vous suffisamment reconnu ?
Je n’ai pas à me plaindre. Je me posais la question l’autre jour du nombre de buts que j’avais marqué dans ma carrière. 115 (hors National et N2, NDLR), c’est quand même quelque chose. Je pense être respecté à ma juste valeur.
Même s’il arrive qu’on vous catalogue « attaquant de Ligue 2 » ?
Ça ne me choque pas, parce que c’est le championnat dans lequel j’ai le plus performé, avec Caen. J’ai eu une continuité dans un club, ce que je n’avais pas à l’époque. C’est un endroit où je me suis senti super bien, où ma femme et mes enfants aiment la ville. Moi aussi j’aime ce club et cette ville. Tous les paramètres étaient réunis. Être joueur de foot, c’est déjà compliqué. Il faut que tu arrives au bon endroit, au bon moment, avec le bon coach, il faut que ta famille se sente bien. Il y a beaucoup de paramètres qui entrent en jeu.
Vous n’avez plus connu une saison en dessous des 10 buts depuis 2021. Vous fixez-vous des objectifs ?
Non, j’essaie de m’adapter le plus vite possible au groupe, à l’environnement. Là, je ne vais pas dire que j’ai mis du temps, parce que j’avais mis un an à Caen. Ici, il a fallu six mois parce que j’avais des problèmes à la maison avec les petits (10, 7 et 3 ans), le fait d’être parti de Caen. C’est un truc qui m’a pesé, me pèse toujours. Le fait de ne pas voir ses enfants heureux, c’est difficile.
La famille, c’est le plus important. C’est mon essence.
Vous parlez de votre famille, de vos enfants. Ils sont présents à chaque match à La Mosson. C’est essentiel pour vous ?
C’est obligatoire. Ils n’ont pas le choix (rire). Même quand le match débute, je sais à peu près où ils sont placés. Si je ne les vois pas, je commence à avoir peur qu’il soit arrivé quelque chose sur le trajet. Une fois que je les ai vus, je peux rentrer dans mon match. La famille, c’est le plus important. C’est mon essence.
Pensez-vous au moment où vous arrêterez de courir ?
C’est très dur de se projeter.
Christopher Julien qui passe des examens de directeur sportif, ça ne vous inspire pas ?
Ce n’est pas que ça ne m’inspire pas mais c’est chiant (rire). Refaire des études… Je le vois, il est avec ses écouteurs tout l’après-midi, enfermé dans une pièce. Je n’aurais pas le choix. Dans le foot ? Il y a des jours où j’ai envie et d’autres non. Ce serait plus avec les jeunes. Mais mon fils joue avec celui de Téji (Savanier) en U10 et quand tu vois les parents autour, c’est horrible…







