Alors que Félix et Alexis Lebrun disputeront à partir de jeudi les huitièmes de finale de la Coupe du monde, leur père Stéphane, ancien pongiste professionnel lui aussi, pose un regard lucide et fatalement ambitieux sur la compétition et l’avenir.
Ce mercredi, Félix Lebrun (19 ans, N.6) s’est fait une grosse frayeur, contraint au set décisif (11-6, 10-12, 11-5, 5-11, 11-7) par le Suédois Anton Kallberg (N.32) pour se qualifier en huitième de finale de la Coupe du monde, une compétition qu’il « rêve de remporter », selon son père Stéphane. « Je suis très content d’avoir remporté ce match très difficile contre Anton (Kallberg), comme à chaque fois, a commenté « Féfé ». C’est bien de m’être sorti de ce groupe car j’ai eu deux adversaires pas faciles à battre (avec le Taïwanais Yi-Hsin Feng). Anton m’a posé beaucoup de difficultés sur son service, donc je suis très heureux. »
Un succès arraché au forceps, qui lui permet de rejoindre son frère Alexis (22 ans), net vainqueur (11-2, 11-4, 11-8) de son côté de l’Américain Kanak Jha (N.28) et premier Français qualifié pour les phases finales. Carton plein pour les Lebrun, lesquels seront accompagnés par le seul Thibault Poret, auteur d’un excellent match face à l’Allemand Benedikt Duda (11-9, 7-11, 10-12, 11-8, 12-10), tandis que Simon Gauzy a dû rendre les armes devant la nouvelle coqueluche chinoise de 17 ans, Wen Rubio (11-8, 14-9, 11-9). Macao est sans pitié.
Pour « Féfé », poussé dans ses retranchements, cette piqûre de rappel peut augurer d’un tournoi euphorique, dans le sillage de son impériale année 2026 (seulement deux défaites au compteur) qui l’a vu triompher dernièrement au WTT Champions de Chuqing. « En fait, je le trouve bien depuis plus d’un an, juge le paternel. C’est vrai qu’il a eu des moments où ça a été difficile à se mettre tout en place, mais c’est toujours ce qui se passe quand vous vous construisez et grandissez. Et quand on dit qu’il ne joue pas bien, c’est qu’il perd contre un Top 10 mondial, donc il faut relativiser. Pour moi, il ne cesse d’avancer depuis les Jeux Olympiques de Paris 2024 (double médaillé de bronze en simple et en double). »
La possibilité d’un « si »
Mercredi matin, le fiston a pourtant fait montre d’une certaine irrégularité, en bafouillant les deuxième et quatrième sets face à Kallberg. Mais Félix s’est finalement extirpé du piège avec, pour horizon, la possibilité d’un si. Et s’il soulevait dimanche le trophée de la Coupe du monde à Macao ? D’une voix placide et rassurante, Stéphane Lebrun ne promet de rien mais n’insulte pas l’avenir, surtout quand il peut être doublement radieux : « Maintenant que Félix est installé dans les tout meilleurs (N.6 mondial), il fait partie de ceux qui peuvent gagner les grandes compétitions. Ils ne sont pas nombreux, mais il est là. Alexis (N.14), lui, est dans un deuxième groupe qui, pour l’instant, peut faire une médaille, mais gagner des titres, c’est quand même plus difficile. Sauf qu’Alexis gagne à chaque fois qu’il le peut (le Top 16 européen, NDLR), il optimise à bloc et c’est pour cela qu’il a tout le potentiel pour intégrer le groupe de Félix. »
Aucune esbroufe ni crânerie dans la bouche du papa, lui-même ancien pongiste de haut niveau qui fit partie de la génération des Jean-Philippe Gatien, à l’aube du ping en France. Juste la lucidité froide de couver deux pépites en progression constante. C’est en effet un Félix métamorphosé physiquement ces derniers mois qui se présente désormais sous une lumière plus autoritaire. « Félix a encore une grosse marge, il n’est qu’en optimisation à ce niveau-là. N’oublions pas qu’il a trois ans de moins que son frère. Oui, il a pris une dizaine de kilos, mais à 19 ans, il se serait développé quoi qu’il arrive aussi, même s’il n’avait pas travaillé, or il travaille beaucoup. Donc il se développe », confie Stéphane Lebrun.
Normalité de performance
Par ricochet, sa confiance a pris du poids elle aussi. Ne manque plus qu’à Félix un soupçon de chance au tirage au sort, un jour de grâce, une victoire face au numéro un mondial pour – enfin – toucher un jour au Graal individuel. Question de temps, sûrement, pour un papa qui jamais ne met de pression sur ses rejetons, jamais ne laisse déborder la passion, jamais ne les encense ni ne les blâme sans arguments. Une intelligence qu’on retrouve dans le jeu de « Féfé », lui-même intimement porté par une ambition féroce.
« Félix connaît sa force, il n’y a pas de souci avec ça. Il sait qu’il fait partie des meilleurs joueurs du monde, qu’il peut gagner des grands tournois. Il est dans une normalité de performance. » En miroir, ses adversaires éprouvent une crainte grandissante. « Ils savent que jouer Félix, ça va être très dur. Ça fait trois ans qu’il est installé dans les dix meilleurs, c’est super dur à tenir, et il ne bouge pas. Il n’y en a pas 50 000 qui peuvent faire ça et, à 19 ans, il n’y en a pas. » Et le daron d’imaginer sobrement l’exploit. « Il rêve de s’imposer à Macao parce qu’il aime les grandes compétitions. »








