"Nous commencerons à refaire des enfants quand nous sentirons qu’ils sont la priorité de ce monde"

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Les injonctions à la natalité sont inutiles tant que les organisations du travail prennent aussi peu en compte ce que vivent les parents, estime dans une tribune Cécile Ferlandin, spécialiste des ressources humaines.

Être parent : le métier le plus difficile au monde ? Cela n’a jamais été aussi vrai. Entre injonctions, indisponibilité, stress, réseaux sociaux et incertitude face à l’avenir, ce rôle est bel et bien devenu le plus difficile qui existe. On peut envoyer des lettres aux femmes de 29 ans, parler de réarmement démographique, inonder les médias de bébés souriants. C’est inutile.

La tribune de Cécile Ferlandin, spécialiste des ressources humaines.
La tribune de Cécile Ferlandin, spécialiste des ressources humaines. DR

La réalité, c’est qu’avoir un enfant challenge notre couple, réduit notre carrière (pour nous, mesdames), explose notre portefeuille et nous met à l’épreuve, vraiment, jusqu’à la fin de notre vie. Sans parler de la peur d’avoir un enfant dans un contexte international aussi anxiogène. Dans les premières années, on fait une croix sur notre belle évolution professionnelle, sur notre corps, accessoirement, et sur notre bien-être, noyé sous une charge mentale indescriptible. Puis vient l’école, où nous vivons jugement et comparaison : qui a le plus beau, le plus brillant des enfants ? À l’adolescence, on se battra pour qu’il ne soit ni harceleur ni harcelé, pour qu’il ne soit pas abruti par les réseaux sociaux, avec cette peur permanente qu’il ruine sa vie.

Le monde du travail continuer comme si rien n’avait changé, comme si tout cela devait rester à la porte de l’entreprise.

Alors pourquoi faisons-nous des enfants ? Nous le faisons pour l’amour. Un amour qui dépasse tout ce qui est rationnel, qui nous pousse à accepter l’incertitude, la fatigue, les sacrifices, simplement pour voir grandir un être, pour transmettre, pour aimer et être aimé d’une manière nouvelle. Malgré toutes nos ambitions, nos inquiétudes ou nos calculs : nos vies restent profondément guidées par l’amour. Nos décisions, nos priorités, nos renoncements s’organisent autour de lui. Nous travaillons pour protéger ce que nous aimons, nous avançons pour leur offrir un avenir. Nous faisons des choix professionnels, parfois difficiles, pour préserver cet équilibre fragile entre vie et amour.

La tribune de Cécile Fanderlin.

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Et pourtant, dans le monde du travail, cette évidence humaine reste largement ignorée. Le monde du travail continue comme si rien n’avait changé, comme si devenir parent n’impactait pas la disponibilité, la concentration, la fatigue, comme si tout cela devait rester à la porte de l’entreprise. On parle trop peu d’horaires compatibles avec une vie de famille, de managers formés à l’écoute, de charge mentale invisible, de retour de congé maternité ou paternité accompagné. Trop peu d’organisations prennent réellement en compte ce que vivent les parents.

Reconnaître ce qui nous relie tous

Tant que le monde du travail ne comprendra pas cette chose essentielle, il passera à côté de l’essentiel. Car la priorité d’un salarié ne sera jamais son entreprise. Sa priorité sera toujours l’amour : ses enfants, sa famille, lui, ceux qui comptent vraiment. Et c’est précisément pour eux que nous travaillons, que nous nous levons le matin, que nous faisons des efforts, que nous cherchons à réussir. L’entreprise ne perd rien à reconnaître cette vérité. Lorsqu’elle comprend que ses collaborateurs sont d’abord des femmes, des hommes, des parents, des conjoints, des enfants, des êtres attachés à ceux qu’ils aiment, elle sait exactement comment les rendre plus engagés, plus sereins, plus fidèles. Soutenir la parentalité au travail, n’est ni un luxe, ni un geste social. C’est reconnaître ce qui nous relie tous. Peut-être que si nous organisons enfin nos sociétés et nos entreprises autour de cette évidence, nous construirons des organisations plus humaines – plus efficaces – et une société un peu moins fatiguée… Nous recommencerons certainement à refaire des enfants quand nous sentirons qu’ils sont la priorité de ce monde.

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