Béziers est un excellent marché pour les boutiques spécialisées et les bijoutiers, qui voient arriver une toute nouvelle clientèle.
Avez-vous suivi le cours de l’or, récemment ? Depuis les années 2000, il a monté tranquillement pour atteindre les 60 € le gramme, en 2023. Et puis c’est l’accélération : 90 € en 2025, 120 € en 2026, jusqu’au record de 150 € atteint en janvier dernier. Une course folle qui a eu un impact direct dans les boutiques de vente et d’achat d’or de Béziers.
« Nous avons environ un tiers de clients en plus, surtout depuis l’été dernier », estiment Caroline et Virginie (elles restent anonymes pour des raisons de sécurité), les gérantes d’Or en Cash, rue de la République. Des chiffres confirmés par la demi-douzaine de boutiques spécialisées de la ville, sans compter la chaîne Gold Union qui va ouvrir une succursale sur les Allées, ou les bijoutiers tout disposés à racheter vos breloques, toujours plus nombreux.
Lassés et cœurs brisés
La clientèle qui vient échanger son or contre des euros sonnants et trébuchants est aussi beaucoup plus diversifiée. Patrick Lefebvre, propriétaire de la chaîne Achat d’or, présente rue Clémenceau, l’a bien étudiée : « Vous avez les « lassés » : typiquement une femme dans la cinquantaine qui ne met plus ses bijoux, qui ne peut même pas les donner à sa fille car ils sont démodés, et qui a peur de se faire voler. Il y a aussi les « cœurs brisés », qui ne veulent plus voir leur belle bague de mariage après un divorce ; et ceux qui ont besoin de liquide, tout simplement. » Chez Or en Cash, on ajoute aussi les spéculateurs, très attentifs aux cours, qui vendent mais aussi achètent : « Ils n’ont pas confiance aux banques et veulent placer leur argent différemment ».
Chacun son histoire, mais avec une motivation commune : profiter de la manne. « Il y a un an, une chaîne en or de six grammes, on la reprenait à 250 €, détaille Géraldine. Aujourd’hui c’est le double. » Et parfois, il y a de bonnes surprises : « Le plus gros chèque que nous avons fait récemment, c’est pour une personne venue avec les bijoux de sa grand-mère, retrouvés au fond d’une boîte. Il n’avait aucune idée de leur valeur, il est reparti avec 36 000 €! »
Alors faut-il se féliciter de cette hausse continue ? « Il y a plus de clients, mais aussi plus de commerces, et donc notre marge a baissé », remarque Patrick Lefebvre. « Maintenant que les cours sont très hauts, les gens regardent la moindre évolution, et retardent leurs transactions », ajoute Caroline.
Plus d’or à Béziers qu’à Montpellier
Alors tout est fait pour mettre le climat à l’aise. Le temps où les boutiques d’or étaient de sombres officines aux vitres dépolies est révolu. Chez Or en Cash, qui nous a ouvert ses portes, les locaux sont semblables à ceux d’une banque, avec salle d’attente, et bureau privé : « Tout est confidentiel, personne ne fait la queue derrière vous, et on offre même le café », sourit Caroline.
Avec une règle d’or : ne pas se fier aux apparences du client, ou aux idées reçues. Celle par exemple qui classe Béziers parmi les villes pauvres. C’est statistiquement vrai, mais pas pour tout le monde : « Vous avez ici beaucoup de grandes et vieilles familles, des particuliers qui ont des biens, et notamment des bijoux… Notre boutique de Béziers travaille mieux que celle de Montpellier. »
D’où vient l’or vendu par les Biterrois ?
L’essentiel des biens vendus en boutique, ce sont des bijoux. Mais attention : un bijou en or n’est jamais constitué à 100 % d’or : la plupart ont une valeur de 18 carats, soit 75 % de métal précieux. Autre gisement, les pièces d’or : on différencie les "pièces boursières", comme les vingt francs or, qui valent leur poids, et les pièces de collection, plus valorisées. Enfin il y a le cas de l’or dentaire, généralement composé à 60 % d’or : ce sont le plus souvent des couronnes récupérées après la pose de dents en céramique. D’où qu’il vienne, tout cet or finit en fonderie, où il servira à fabriquer des lingots de toutes tailles.
Ce métal autour de votre cou est-il précieux, ou pas ?
L’expertise de bijoux se fait devant les clients, pour éviter toute fraude. La première étape est un examen visuel, à l’aide d’un œil d’horloger (une loupe). La présence d’un poinçon est un indice de valeur, mais pas suffisant. Un gros aimant est donc posé à côté du bijou : s’il est attiré, c’est mauvais signe, car l’or et l’argent sont amagnétiques. Reste alors le test qui va sceller la décision : celui des révélateurs chimiques.
"Nous frottons le bijou sur une pierre de touche, explique-t-on à Or en Cash, une plaque de jaspe noir qui va prélever des fragments infimes. C’est sur ces traces que nous mettons différents produits qui vont nous indiquer si c’est bien de l’or, et surtout son degré de pureté."
Déception garantie si le bijou est en plaqué. Les acheteurs, supervisés notamment par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, qui dépend de la Banque de France, doivent afficher le cours officiel de l’or et leurs prix de rachat. Ils sont également habilités à percevoir, en plus de leur marge, une taxe sur les métaux précieux qui peut s’élever à 11,5 %.







