Adaptation en bande dessinée "Roux le bandit" du Nîmois André Chamson : "Un livre de jeunesse avec de la maturité et une vraie spontanéité"

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La maison d’édition nîmoise Alcide poursuit un travail au long cours autour d’André Chamson avec la publication de la bande dessinée "Roux le bandit", de Matthieu Baby et Nicolas Economides.

Matthieu Baby et Nicolas Economides se sont rencontrés en fac de cinéma à Lille. Le chemin du premier a ensuite bifurqué, il est devenu cuisinier puis s’est formé à la bande dessinée. Le second, qui dessinait depuis longtemps, est assistant monteur dans l’audiovisuel. Quand Nicolas a proposé à Matthieu de travailler ensemble sur une BD, ce dernier venait de terminer Roux le bandit d’André Chamson, « un très beau texte, une très belle histoire ».

« Pour tous les deux, c’était une occasion de renouer avec la narration. J’ai retrouvé dans la BD un langage qui a ses propres codes et qui emprunte à la littérature et au cinéma », explique Matthieu, le scénariste de la BD qui s’est confiné en Cévennes au moment de la crise sanitaire avant de s’installer à Nîmes. « Je ne connaissais pas Chamson, mais je suis passionné d’histoire, j’avais lu des livres sur les Camisards et le roman est venu à moi. J’ai été touché par la justesse de cette langue. C’est un livre de jeunesse avec à la fois de la maturité et une vraie spontanéité », poursuit-il.

« J’ai été touché par la justesse de cette langue »

Publié en 1925, Roux le bandit est le livre d’un jeune écrivain pacifiste. André Chamson y met en scène un déserteur en 1914. L’homme se réfugie dans les montagnes des Cévennes, suscitant la désapprobation de ses compatriotes. Mais au fur et à mesure que le conflit s’enlise, avec son lot de gueules cassées et de morts pour la France, les gens commencent à la comprendre au fil d’un récit court. Les deux auteurs ont beaucoup travaillé pour épouser cet esprit subtil et nuancé.

Quand les deux amis ont contacté Yann Cruvelier, créateur de la maison Alcide, pour s’adresser aux ayant-droits d’André Chamson, les planètes se sont alignées. Non seulement, Yann Cruvelier mène depuis des années un travail de fond pour faire redécouvrir l’oeuvre d’André Chamson, mais en plus, il s’intéresse à la bande dessinée avec un premier projet autour de Stevenson.

« Des phrases comme des punchlines »

Le duo s’est donc lancé dans la création d’une première BD, un siècle après le premier roman d’André Chamson. À l’époque, Nicolas sortait d’un projet sur la Grande Guerre. C’est « empli de cette tragédie humaine » qu’il a commencé à élaborer le story-board. Nourri par le rythme et le style de la BD belge, il s’en est éloigné, s’est adapté à « la temporalité du livre, au calme, pour une narration plus lente, avec plus de silence. Dans le livre, il y a des phrases qui sont comme des punchlines. Il faut s’arrêter, réfléchir, puis reprendre », explique le dessinateur, qui a travaillé d’abord un crayonné papier, avant de poursuivre à la tablette.

« Il y a deux choses dans ce roman, l’histoire de Roux, qui est racontée de façon assez classique, et tout un commentaire d’André Chamson, qui donne des clés de compréhension de toute cette culture cévenole », précise Matthieu. « On a conservé au maximum la langue de Chamson, on a extrait les phrases les plus importantes », poursuit-il, conservant la complexité de la pensée de l’auteur, ses références. « Chez Chamson, les choses ne sont jamais manichéennes, il y a une colère première, puis on voit la compréhension progressive de Roux, l’acceptation à demi-mot ».

Les Cévennes, « un personnage à part entière »

Ces pauses, invitant le lecteur à poursuivre la réflexion de l’auteur, passent notamment par des doubles pages, magnifiant les Cévennes, les paysages, la faune sauvage, les saisons. « C’est un personnage à part entière », explique le dessinateur, qui s’est aussi posé beaucoup de questions sur la façon de figurer le déserteur. « Tout le monde en parle, mais on ne le voit jamais. Tout le monde le voit comme il veut le voir », poursuit-il. Au milieu des Cévennes « monumentales », il adopte un trait nerveux, vif pour figurer un héros hirsute, barbe, cheveux longs, yeux bleus, mais qui parvient à être à la la fois tendre et sauvage.

« Roux le bandit », de Matthieu Baby et Nicolas Economides, d’après André Chamson. Editions Alcide, 112 pages. 24 €.

André Chamson et la maison Alcide

La maison d’édition Alcide, fondée par Yann Cruvelier, mène un travail au long cours autour d’André Chamson. L’éditeur vient de republier Le Puits des miracles, féroce galerie de portraits des années noires et "roman de la résistance intérieure", écrit en 1942-1943. Elle publiera bientôt la biographie illustrée de l’auteur en parallèle à la grande exposition que lui consacrera la médiathèque Carré d’art.

Ces dernières années, Alcide a réédité plusieurs romans de l’académicien, né à Nîmes en 1900. Outre Roux le Bandit, sont parus les romans La Superbe, L’Auberge de l’abîme, Les Hommes de la route et le récit de son enfance Le Chiffre de nos jours. "Il y a une vraie logique à faire paraître cette bande dessinée, rappelle Yann Cruvelier. Il y a de plus en plus de raison de relire André Chamson qui est plus que jamais d’actualité".

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