Agression sexuelle incestueuse. 32 ans après les faits, le beau-père condamné à Cahors

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Le temps n’efface pas tout et la justice finit parfois par rattraper le passé au dernier instant. Ce jeudi 16 avril 2026, l’ambiance était lourde au tribunal correctionnel de Cahors. À la barre, G., un ancien agriculteur de 69 ans à la stature imposante mais au regard fuyant, a dû répondre d’actes d’agressions sexuelles commis dans le Lot en 1993 et 1994. À quelques semaines près, les faits étaient prescrits. Mais le dépôt de plainte, bien que tardif, a permis de briser un silence de trois décennies. G. a dû répondre de faits d’agressions sexuelles remontant à plus de 30 ans, commis sur ses deux belles-filles, alors âgées d’une dizaine d’années.  A quelques semaines près, les faits reconnus par G. tombaient sous le coup de la prescription et n’auraient donc pu faire l’objet de poursuites pénales… Or, tel n’est pas le cas. Le dépôt de plainte, quoique tardif, a permis d’interpeller et de traduire G. en justice. Jugé et condamné, il dispose d’un délai de 10 jours pour faire appel. 

Difficile face à face avec la réalité des faits

A l’appel de son nom par la présidente du tribunal, G. s’approche de la barre. Il n’en mène pas large. Visiblement, il redoute ce moment où il sait qu’il risque fort de passer un sale quart-d’heure. En fait, l’audience va s’étirer durant près de deux heures. Lui, seul à la barre, en audience publique, sous le feux des questions du tribunal, devant ses belles-filles, son épouse… et même une classe d’élèves du lycée Clément Marot de Cahors venue en observation. Il va devoir s’expliquer, bien qu’il lui soit reconnu le droit de garder le silence. Le juge rapporteur du dossier revient sur les faits commis du côté de Gourdon et interroge le prévenu, cherchant à connaître les motivations du passage à l’acte.

Dans un premier temps, G. affirme tout en pleurs « qu’il traversait une mauvaise passe, qu’il était endetté, qu’il était dépressif ! » 

Le juge rapporteur n’entend pas se contenter de jérémiades ; il arrête tout net le prévenu :

– « Mais monsieur, ce matin à la radio, on faisait état de 9 millions de personnes endettées en France, et ce n’est pas pour autant que nous avons affaire à 9 millions de personnes auteurs d’agressions sexuelles ! » 

Le prévenu reprend ses esprits et finit par se livrer en décrivant les faits commis par bribes successives. 

Les déclarations constantes des deux victimes, les témoignages concordants au sein de l’environnement familial et ses propres aveux, ont permis à la justice d’asseoir sa culpabilité. Et bien qu’il n’ait pas été lâché par sa compagne, la mère des deux filles, celle-ci a tout de même admis que les faits dénoncés étaient plausibles et « les déclarations de ses filles crédibles ». Les agressions sexuelles du beau-père sur ses deux belles-filles âgées de 8 et 9 ans au moment des faits sont reconnues en tant que telles ; à cet âge-là, elles ne pouvaient consentir à de tels actes : « baisers sur la bouche, caresses sur le sexe, imposition de la nudité du beau-père, pénétration dans la salle de bains lorsque les filles étaient sous la douche, se faire masturber par l’une d’elle… » Des actes aggravés par le caractère incestueux qu’ils revêtent : le beau-père envers ses belles-filles. 

La parole libérée après trois décennies de silence

– « Pourquoi vous avez fait cela ? » demande le juge. 

–  » Une fois que j’ai commis l’acte, c’était une évidence qu’il ne fallait pas le faire, je ne sais pas pourquoi j’ai fait cela… » affirme-t-il. « Moi aussi j’ai subi des attouchements lorsque j’étais enfant… Je ne m’explique pas cette bascule. Cela fait 30 ans que je porte cela sur mes épaules ». G. présente ses excuses à plusieurs reprises, faisant part de ses regrets pour les faits dont il s’est rendu coupable. 

« Après la commission des faits, la mère des deux filles, met son compagnon dehors durant 3 semaines, puis le reprend. Aujourd’hui, elle vit toujours avec lui et l’a accompagné jusqu’à l’audience devant ses juges », observe Me Nicolas Antonescoux, avocat des deux victimes. Une situation qui ajoute de la douleur, à ses yeux, pour les deux femmes. « Pour autant, la justice passe à présent ! » constate-t-il, sans esprit de vengeance, ni haine. Et c’est bien cela le plus important. 

Le Procureur de la République prend en compte le fait que G. jouit d’un casier judiciaire vierge et que les faits remontent à 32 ans. Il prend en compte également l’appréciation des experts psychiatres qui estiment le « risque de récidive limité ». Le prévenu a conscience de sa déviance et fait montre de perspectives rassurantes quant à son évolution. Même si G. encourt une peine de 10 ans d’emprisonnement, le Procureur limite la portée de ses réquisitions à une peine de 2 ans de prison avec sursis, avec interdiction d’entrer en contact avec les deux victimes pour une période de 3 ans. 

Une défense centrée sur la reconnaissance des faits

Me Céline Pascal, défenseur du prévenu, évoque le long parcours avant l’audience et le besoin des victimes de dénoncer les faits de manière officielle, après qu’ait eu lieu une première dénonciation partielle, sans qu’elles se soient senties entendues. A présent G. reconnaît tous les faits reprochés. « Sa reconnaissance est totale ! » assure l’avocate. Elle se veut pédagogue, en saluant la démarche des victimes : « Elles ont raison de dire qu’il faut dénoncer ces faits, car leur beau-père a lui aussi été victime d’agressions sexuelles, sans pour autant en témoigner… ce qui n’excuse en rien les faits qu’il a commis lui-même. » En effet, apparaissent nombreux les cas de figure où les victimes reproduisent ce qu’elles ont enduré elles-mêmes. L’avocate revient ensuite sur les répercutions qu’ont eu ces agressions sexuelles au niveau de la cellule familiale. Elle déclare : « Toute la famille porte le poids de la honte et de la culpabilité ! » Elle indique que son client souhaiterait que le noyau familial se reconstruise… « mais c’est impossible » admet-elle. Me Pascal considère qu’il faut entendre les choses, telles qu’elles sont et aller de l’avant, chacun avec ses moyens propres. 

G. a suivi 10 séances de psychothérapie à ses frais et se dit prêt « à se plier aux contraintes qui lui seront imposées ». Elle plaide pour une peine avec sursis, le but à ses yeux étant de présenter ses excuses et de reconnaître sa culpabilité.

G. revient une dernière fois à la barre pour indiquer tout éploré : « Ma femme m’a soutenu, je l’aime et je la remercie, je demande pardon encore une fois aux deux filles ». 

Une peine de sursis assortie d’obligations strictes

Après en avoir délibéré, le tribunal a suivi les réquisitions du Parquet et condamne G. à une peine de 2 ans de prison avec sursis, avec interdiction d’entrer en contact avec les victimes, de quelque manière que ce soit, pendant une période de trois ans. En pareille condamnation, le prévenu voit son nom inscrit automatiquement au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS). Quant aux peines de dédommagement au nom du préjudice moral, G. devra verser 2500 € à l’une des victimes et 5000 € à l’autre au regard de la gravité des faits. En outre, il doit verser 1500 € au titre des frais d’avocat.

32 ans après les faits, le dossier se referme sur une vérité judiciaire enfin établie. Si la peine peut paraître clémente au regard des crimes dénoncés, elle marque pour les jeunes femmes, la reconnaissance officielle de leur statut de victimes. Si ce jugement clôt le volet judiciaire, il laisse derrière lui une famille marquée par le sceau de l’inceste et de la honte. Pour les victimes, l’essentiel est ailleurs à présent : elles repartent de Cahors avec la certitude, enfin, d’avoir été entendues. Le prévenu dispose désormais d’un délai de 10 jours pour interjeter appel de cette décision.

Le témoignage d’une des victimes

A la barre une seule des deux sœurs a accepté de témoigner. Avec dignité, elle a exprimé son ressenti, sans chercher à noircir le tableau, telle une parole de délivrance. Elle a déclaré en substance :

« Ce qui a déclenché la démarche de dénonciation des faits, c’est le moment de la naissance de mon premier enfant… J’ai eu du mal à exprimer ce que j’ai subi auprès de mon premier compagnon, qui me l’a reproché et cela n’a pas été sans incidence sur notre séparation. J’ai alors décidé de porter plainte pour déclarer ces faits. Mais il y a une dimension de culpabilité, car notre beau-père n’a pas été que cela, il a été un soutien dans la famille, c’était le compagnon de ma mère et il était très affectueux envers nous. 

Mais après les faits, j’ai longtemps ressenti une sensation dégoûtante et ma sexualité en a été perturbée. 

Aujourd’hui, je vais très bien, j’ai suivi des séances de psychothérapie qui m’ont aidé à avancer. Avec ma sœur nous restons en soutien mutuel.

J’avais besoin de cette reconnaissance, à la fois de sa part (le beau-père) et de la part de la justice. J’apprécie entendre qu’il reconnaît les faits. J’ajouterai que s’il y a des choses à dire, il faut les dire, c’est important de parler ! »

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