Dans les Gorges du Tarn, l’enquête publique sur la création d’un Site Patrimonial Remarquable (SPR) suscite bien des questions. Retour sur les interrogations des habitants et les éclaircissements du maire, Alain Rouget.
Une mobilisation inattendue… À Peyreleau, village de moins de cent âmes blotti au cœur des Gorges du Tarn, l’ouverture de l’enquête publique sur la création d’un Site Patrimonial Remarquable (SPR) a provoqué une effervescence rare.
Plus d’une vingtaine d’observations ou de courriers ont été déposés en quelques jours, signe d’un malaise autour d’un projet que beaucoup disent avoir découvert in extremis.
Certains redoutant que ce dispositif, censé encadrer les travaux et l’évolution du village, ne vienne alourdir les contraintes dans un territoire déjà soumis à de multiples protections.
Alain Rouget : « Une charte de bonne pratique, pas une contrainte supplémentaire »
Face à ces interrogations, le maire Alain Rouget tient à rassurer. Pour lui, le SPR n’est pas une nouvelle couche administrative, mais un outil pour clarifier et formaliser les règles existantes. « Aujourd’hui, c’est l’architecte des Bâtiments de France qui décide au cas par cas. Avec le SPR, on écrit noir sur blanc ce qui est autorisé ou non, comme une charte de bonne pratique », explique-t-il. L’objectif ? Éviter l’arbitraire et offrir une visibilité aux habitants, notamment aux propriétaires de résidences secondaires soucieux de rénover dans les règles de l’art.
L’édile fraîchement réélu faisant valoir un argument de poids : les avantages fiscaux. Le SPR permet en effet de bénéficier des dispositions de la loi Malraux, soit une déductibilité fiscale de 30 % des travaux réalisés sur le bâti ancien, étalable sur plusieurs années. » Pour 100 000 € de travaux, cela représente 30 000 € de déductions. » Un levier de poids pour « réhabiliter le village sans le dénaturer », souligne-t-il.
Un bouclier contre la « Disneylandisation » ?
Alain Rouget tient aussi à insister sur la dimension protectrice du SPR. « Sans cadre strict, le village pourrait se transformer en lotissement de pavillons, ce qui tuerait son attrait touristique », avertit-il. Cet outil permettrait ainsi de préserver l’authenticité du bourg, tout en évitant des projets immobiliers inadaptés.
« À Saint-Rome-de-Tarn, ils ont engagé la même démarche pour protéger leur patrimoine. Un village, si on le laisse se dégrader, perd sa valeur et son âme », rappelle-t-il. Quant aux critiques sur le manque de concertation, le maire les balaye d’un revers de main. « Certains sont contre par principe, comme pour les radars ou les stops. Mais le commissaire enquêteur est à l’écoute et disponible tous les jours » pour dissiper d’éventuels malentendus.
Un enjeu économique et identitaire
À Peyreleau, où le tourisme fait vivre une grande partie de la population, le SPR cristallise des enjeux à la fois patrimoniaux et économiques. Pour ses partisans, il s’agit de pérenniser l’attractivité du village en évitant les dérives quand ses détracteurs redoutent un nouveau carcan réglementaire. Une chose est sûre, l’enquête publique, qui se poursuit, a réveillé les débats dans ce village souvent décrit comme replié sur lui-même. Preuve que, derrière les pierres et les vieilles ruelles, Peyreleau a aussi soif de démocratie locale.










