En mars, Midi Libre met en lumière des parcours de femmes entrepreneures. À Agde, Carole Raynaud codirige Acserdom, une entreprise d’accompagnement à domicile qui expérimente depuis deux ans un modèle managérial innovant inspiré du dispositif néerlandais Buurtzorg.
Quand elle évoque la création d’Acserdom en 2006, Carole Raynaud remonte d’abord à son histoire de mère. « J’avais envie de transformer ma vie professionnelle en quelque chose d’utile », confie la dirigeante de 55 ans. C’est la situation de handicap de sa fille aînée, aujourd’hui âgée de 30 ans, qui l’amène à repenser son parcours. Confrontée au manque de solutions adaptées pour concilier vie professionnelle et accompagnement de son enfant, elle décide de faire « d’un pépin une pépite » et crée Acserdom. Son ambition : accompagner les publics fragilisés à domicile, tout en construisant une activité compatible avec sa réalité familiale. Elle sera rejointe quelque temps plus tard par son
mari, Frédéric, en charge de la comptabilité et des ressources humaines, et par sa belle-sœur, Laurence Odoard, sur le pilotage opérationnel.
Un secteur d’activité très encadré
Près de vingt ans plus tard, l’entreprise compte 45 équivalents temps plein, « tous en CDI », souligne la cheffe d’entreprise. Inscrite dans le secteur médico-social, son activité est particulièrement encadrée. « Il a fallu construire notre légitimité et nous adapter aux exigences règlementaires », souligne Carole Raynaud. Elle a, par exemple, dû reprendre ses études et obtenir une certification de niveau master en économie médico-sociale, indispensable à l’exercice de ses fonctions. « C’est une de mes plus grandes fiertés de femme », confie-t-elle. Sur un territoire marqué par le vieillissement de la population, la demande pour les services de l’entreprise ne cesse d’augmenter. Mais le principal défi est ailleurs : recruter et fidéliser ses auxiliaires de vie et aides ménagères.
Un modèle managérial innovant pour contrer la crise du recrutement
Depuis fin 2023, Acserdom a engagé une transformation de son organisation en s’appuyant sur un modèle inspiré du dispositif néerlandais Buurtzorg (fondé sur des équipes autonomes et un fonctionnement plus collectif), dans le cadre du contrat pluriannuel d’objectifs et de moyens signé avec le Conseil départemental. « Il n’est pas toujours possible de valoriser par le salaire, alors nous avons choisi de valoriser par le pouvoir d’agir. » Réunions d’équipe hebdomadaires, tutorat, formation ou accompagnement à la VAE : cette organisation a permis de rompre l’isolement des
salariées et aussi de renforcer leur engagement et leur esprit d’initiative. Parmi les leviers mis en place, l’entreprise a notamment investi dans une flotte de mobilité électrique (voitures sans permis, vélos et trottinettes) afin de lever les freins à l’embauche. « Nous sommes passés de pas de permis, pas de travail à pas de permis, un travail », sourit-elle. Une évolution fidèle à l’ambition initiale : proposer un accompagnement humain et durable en phase avec les besoins du territoire.







