Atelier Tuffery, fabrique de jeans cévenole, ouvre une boutique à Paris. Une étape importante dans le développement de la marque. Julien Tuffery est la quatrième génération à la tête de l’entreprise familiale qui prône le circuit court, l’économie circulaire et la mode durable.
De Florac à Paris, la route était longue ?
Cette année, ça fait dix ans qu’avec Myriam (son épouse, NDLR) on a repris l’entreprise. Pendant ces dix premières années, on avait des chantiers ultra-prioritaires à mener, comme la préservation et la transmission du savoir-faire, la création de filières entières, de la fibre jusqu’au jean.
Tu peux trouver de la laine au fin fond de l’Australie pour cinq fois moins cher que celle qu’on achète sur le causse Méjean. Mais quand le détroit d’Ormuz sera encore et encore fermé, que les avions ne pourront plus voler, on sera bien content d’avoir notre fibre sur le territoire.
On a fait le choix de se développer tout doucement. On est resté à 100 % en capital familial, on a refusé les gros chèques des grosses maisons qui souhaitaient nous racheter. Notre démarche, c’est une logique du temps long. Dans l’optique de faire prospérer la maison pour les 300 prochaines années, c’était prioritaire.
Vous avez choisi une orientation osée, dans une filière très concurrentielle.
Beaucoup sans doute ont douté de cette action parce qu’il y a dix ans, toutes les autres marques, tout ce qu’elles gagnaient, elles le mettaient dans le marketing, la communication. Nous, quasiment tout ce qu’on a gagné, on l’a mis dans la manufacture. Aujourd’hui, on a une manufacture qui est à la pointe, pensée pour le bien-être des salariés.
L’année 2025 en chiffres
+ 13 % de chiffre d’affaires entre 2024 et 2025. Un chiffre d’affaires qui atteint 5,2 M€ en 2025.
100 % de produits français.
51 400 pièces vendues (soit + 15 % par rapport à 2024), dont 59 % du chiffre d’affaires porté par les jeans.
Expédition des jeans dans 43 pays du monde.
33 000 personnes accueillies à la manufacture dans les Cévennes en 2025.
On est la quatrième génération Tuffery, et j’espère qu’il y en aura encore beaucoup d’autres. Le terrain, le territoire, les filières, le savoir-faire, l’équipe… Maintenant on peut accélérer sur le développement économique.
Vous avez ouvert une première boutique à Montpellier ; c’était un test ?
Montpellier, ça a été un laboratoire formidable. Ça fait trois ans qu’on expérimente tous les processus pour être bons en dehors de Florac.
Quand l’Atelier Tuffery s’installe quelque part, ce n’est pas juste une boutique qui ouvre.
Non, ce n’est jamais juste un magasin. C’est un lieu qui représente, qui informe et qui éduque sur l’entièreté de nos filières. Avec un atelier de réparation, c’est quelque chose qui nous tient très à cœur. Il faut vraiment se dire que plutôt que de jeter, il faut réparer. C’est ce que je vois faire mon père depuis que j’ai 5 ans dans sa manufacture ; comme il dit très bien, « pétasser les pantalons ». La boutique, c’est aussi un atelier de réparation, un atelier de retouche et de sur-mesure.
Quel lieu d’implantation avez-vous choisi à Paris ?
On a trouvé un magnifique local en plein cœur du quartier du Marais. C’est le haut quartier de la mode, de l’art de vivre en plein cœur de Paris. Quatrième arrondissement.
Le plus dur reste à faire
Je trouve que ce pont entre l’ultra-ruralité dans laquelle on vit et on entreprend et cette belle vitrine à Paris, ça peut donner envie à des gens de faire comme nous, de partir en ruralité. Et c’est un très bel espace. Mais attention, le plus dur reste à faire. C’est le début d’une nouvelle aventure.
Quel enjeu est-ce que ça implique ?
Il faut être certain qu’on puisse tenir le rythme en termes de fabrication. C’est d’ailleurs pour ça qu’on va recruter en production à Florac. On est 42 personnes. Et il y a dix ans, c’était deux personnes, mon père et un de mes oncles. Par ailleurs, on a eu le permis de construire pour étendre la manufacture.
Développer la production
Ce qui est important, c’est d’avoir nos propres moyens de vente. On s’est toujours refusé faire vendre nos jeans par d’autres. Sinon l’équation économique ne fonctionne pas. Le développement de la maison Tuffery ne pourra se faire et ne se fera que parce que les mains qui fabriquent sont les mains qui vendent.
Paris, c’est un déploiement stratégique ?
C’est pas anodin. Quand on envoie des jeans sur Internet, il y en a une très grande majorité qui partent en région parisienne. Et puis après, Paris, c’est une belle ouverture aussi vers l’international. Les Japonais, il y en a qui viennent à Florac, mais c’est beaucoup plus facile pour eux d’aller à Paris. C’est pour ça que Paris, c’est aussi une étape pour la suite… Notre développement vers un peu plus loin.
La boutique parisienne officiellement inaugurée
Atelier Tuffery s’est installé dans une boutique située dans le quartier du Marais, dans le quatrième arrondissement de Paris, 39 rue des Blancs-Manteaux. L’espace parisien a été conçu comme un écho direct à l’atelier de Florac, ville cévenole où Atelier Tuffey fabrique ses jeans depuis 1892. Imaginée par l’Agence RD Retail Design, l’architecture de la boutique parisienne "traduit l’hybridation entre savoir-faire historique et vision
contemporaine du retail". "L’équipe parisienne a été formée plusieurs semaines à Florac afin d’assurer une continuité parfaite de l’expérience client."
L’inauguration a eu lieu mardi 31 mars 2026, en présence des soutiens fidèles, des clients, partenaires et amis parisiens.








