Catherine Ceylac règle ses comptes dans un livre : ses piques contre Pierre Niney, Dustin Hoffman et Jacques Martin

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La journaliste, présentatrice de “Thé ou café”, émission arrêtée par France 2 en 2018, se raconte dans une autobiographie. Au départ speakerine et "potiche", elle a su imposer sa patte et instituer un beau rendez-vous. Mais elle sait aussi sortir les griffes.

La couverture du livre.

Vous publiez votre autobiographie, “Intime”, celle d’une petite Rennaise qui voulait quitter le nid. Vous étiez ambitieuse ?

Oui, mon enfance était très choyée, mais assez monolithique, assez monocorde, un peu monotone… Tous les “mono” qui existent. Et je suis née en ne voulant plus être enfant. L’enfance ne m’intéressait pas. Je voulais être grande, j’avais ce besoin de m’extraire, je pense, du milieu provincial. Je vais voir ailleurs, je vais ouvrir d’autres continents. Le monde est à moi.

Au début de votre carrière, un recruteur radio avait dit que vous aviez « une voix à faire bander ». On était loin de Me Too. Comment l’aviez-vous pris à l’époque ?

Je ne l’ai pas pris pour un grossier personnage. C’était l’époque des hommes qui se permettaient tout, on était un peu quand même des potiches, des plantes vertes. Je me suis battue contre ça, pendant pas mal d’années. Mais cette grossièreté des hommes paraissait naturelle.

Il en est un qui vous a, écrivez-vous, considéré comme une potiche, c’est l’animateur Jacques Martin, et le seul qui vous ait proposé la promotion canapé…

C’est un homme qui a inventé des choses à la télévision, bien évidemment, mais il était beaucoup moins vertueux dans la vie. Il était très autoritaire, c’était un mauvais partenaire puisqu’il n’aidait pas, il cherchait même à enfoncer.

Alors que je pensais qu’il allait parler du travail, Jacques Martin me dit « On rentre ensemble ». Non, on ne rentre pas ensemble. Là, il faut avoir le culot de dire non. C’est votre patron, mais on lui dit non, au patron.

Moi j’étais vraiment la blonde, un peu naïve, à qui on ne dit rien pour qu’elle soit la plus seule possible à l’antenne. Et puis oui, je raconte effectivement cette histoire d’un dîner un soir, alors que je pensais qu’il allait parler du travail, il me dit « On rentre ensemble ». Non, on ne rentre pas ensemble. Là, il faut avoir le culot de dire non. C’est votre patron, mais on lui dit non, au patron.

Vous avez présenté “Thé ou café” pendant 23 ans. Ce concept vous allait comme un gant, non ?

Comme c’est moi qui l’ai créé, je me suis octroyé la possibilité de mettre tout ce que j’aime à l’intérieur, avec des caresses et des coups de griffes, des interviews travaillées qui n’allaient pas forcément dans le sens de l’invité, avec des happenings, des surprises, pour faire sortir l’invité des sentiers battus.

Le “dos à dos” a fait votre marque de fabrique. Vous dites que « le corps parle ». C’est-à-dire ?

C’est très sensuel, on ressent la musculature, la colonne vertébrale, les os saillants ou pas, on ressent les émotions, beaucoup plus qu’avec le regard. Je me souviens très bien de deux dos à dos avec le chanteur Sting, il avait un petit pull en maille, et comme c’est un garçon qui fait beaucoup de sport, c’était particulièrement plaisant pour moi.

L’invité est face à lui-même, et donc on dit des choses extrêmement différentes, beaucoup plus intimes. La voix est toute proche, voilée, le son est diffusé différemment, avec une sorte de douceur, de coton.

Pour le dos à dos, j’ai demandé à Pierre Niney s’il avait menti durant l’émission. Il m’a répondu « Pas du tout, je ne mens jamais ». Après l’émission, il a voulu que je coupe, ce que je n’ai pas fait.

Dans la longue liste de vos rencontres, vous racontez avoir été déçue par Pierre Niney…

Oui, je savais qu’il avait fait son pot de départ de la Comédie française et je l’ai interrogé sur cette nouvelle. Il m’a répondu avec beaucoup d’aplomb que non, qu’il était très attaché à l’idée de troupe, il argumentait. Pour le dos à dos, je lui ai demandé s’il avait menti durant l’émission. Il m’a répondu « Pas du tout, je ne mens jamais ». Après l’émission, il a voulu que je coupe, ce que je n’ai pas fait.

Dustin Hoffman vous a aussi laissée sur votre faim…

Il est comme presque toutes les stars américaines. Il est arrivé avec un aréopage, il a fait le boulot, très pro, avec l’anecdote qu’il fallait, mais un peu désincarné. Et une fois que les projecteurs sont éteints, il n’y a plus personne. On avait obtenu 45 minutes. L’émission en faisait 50. Cinq minutes avant la fin, l’attachée de presse s’est postée au milieu et elle a arrêté l’enregistrement. Lui n’a pas sourcillé, il s’est levé et ils sont partis. J’ai trouvé ça inélégant.

Sur scène, avec Pierre Arditi.

Vous vous êtes lancée dans des spectacles sur le mode de Thé ou café, en recevant des personnalités sur scène. Comment l’idée est venue ?

C’est Muriel Mayette-Holtz, directrice du théâtre de Nice, qui m’en a parlé. Chaque mois, et ça fait maintenant cinq ans, je reçois un invité qui a un rapport à la scène : Jacques Weber, Pierre Arditi, François Berléand, Carole Bouquet, Nicole Garcia, Ariane Ascaride, Chantal Ladesou… Il y en a eu cinquante en tout.

Et puis ensuite, je suis allée voir Jean-Marc Dumontet, qui a plusieurs théâtres à Paris. On a lancé le concept au Théâtre Antoine, avec des captations par Canal +. Je vais en faire d’autres au Théâtre de Paris. C’est merveilleux, parce que c’est en public, et je reviens un peu à mes premières amours, quand je faisais du théâtre à Rennes.

Vous écrivez que vous avez réalisé, débutante, « l’interview la plus nulle de tous les temps » avec Georges Brassens…

Je ne savais pas qui c’était, ou très peu. J’ai été tellement maladroite ! J’ai dû poser des questions en dessous de tout et lui a été adorable. Je me suis dit après ça qu’à l’avenir je travaillerais toujours mes questions en amont. Ça ne m’a jamais quittée.

Lors de son interview de Georges Brassens.

Clin d’œil de l’histoire, vous habitez aujourd’hui à Sète depuis quatre ans…

Oui, et je vais voir souvent Brassens. J’ai été impressionnée par cette tombe très modeste. Il faut vraiment chercher pour la trouver. Il y a une pipe, sa photo, une croix, lui qui n’aimait pas beaucoup les curés. Je me dis que la croix est peut-être pour sa compagne Püppchen, enterrée à ses côtés. Ce qui m’a surtout plu, c’est évidemment qu’il ait choisi ce cimetière-là (Le Py, connu comme « le cimetière des pauvres », Ndlr), et non pas le cimetière marin.

Après Gallician et Vauvert, où vous avez vécu, qu’est-ce qui vous a attirée à Sète ?

La mer. J’en ai besoin. Au mois de février, la Bretonne que je suis était dans l’eau, à 11 degrés. Et j’aime cette ville avec sa patine, son authenticité, ce côté populaire même si ça se gentrifie bien sûr, j’en suis la preuve. Les Sétois s’en plaignent, mais ils sont quand même très contents de vendre leurs maisons à des prix élevés.

Dans le livre, vous confiez des choses très intimes, sur votre avortement par exemple à l’âge de 15 ans, mais vous êtes très discrète sur votre couple avec le journaliste Claude Sérillon.

Ma vie privée, qui dure depuis 42 ans, c’est un peu mon secret. On a toujours fait comme ça. C’est notre credo et ça le demeurera.

En revanche, ce qui m’est arrivé lorsque j’avais 15 ans, a été très constructeur, parce que ça m’a donné la détermination, la fibre féministe. Une infirmière avait dit pour mon avortement « C’est quand même triste que si jeune, elle ait déjà gâché sa vie ». Je me suis dit que j’allais la faire mentir. Ce n’est pas elle qui va me culpabiliser. Je vais lui montrer ce que je sais faire.

Finissons avec un petit jeu comme vous aimez en faire. Si vous deviez citer trois mots qui caractérisent Claude Sérillon ?

Vous êtes malin. Je ne devrais pas répondre. Allez, je dirais rigueur, intelligence… et humanité.

“Intime”, Le Cherche-Midi, 20,50 €, 256 pages.

 

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