Quatre maires, dont deux en région, à Canohès (Pyrénées-Orientales), et à Carcassonne, ont renoué avec ce geste qui se veut symbolique, mais qui fâche ou embarrasse.
L’installation de nouveaux maires issus du Rassemblement national élus lors des élections municipales a offert l’occasion à certains de ces édiles de renouer avec un geste pas franchement attendu. Notamment au sein même de ce parti.
Résumons : à peine assis dans le fauteuil de maire, Christophe Barthès, à Carcassonne, Carla Muti, à Canohès, dans les Pyrénées-Orientales, Bryan Masson à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), et Anthony Garenaux-Glinkowski, à Harnes (Pas-de-Calais) ont tous les quatre choisi, pour leur premier geste de maire élu, de décrocher le drapeau européen du fronton de leur mairie respective. Pour l’expliquer, Carla Muti a par exemple assuré : « Nous sommes en France et notre identité est française. L’Europe n’est pas une identité ».
Comme à Hénin-Beaumont en 2014
Quatre élus qui partagent ce point de vue et ont imité en cela ce qu’avait fait Steeve Briois, lors de sa première élection en tant que maire d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) en 2014. Il y a douze ans, donc, à une époque où les idées de Frexit, voire de sortie de l’euro, n’étaient toujours pas complètement abandonnées dans un parti qui s’appelait encore le Front national.
Écoles, collèges, lycées : c’est obligatoire
Les maires RN ne pourront pas ôter les drapeaux européens des établissements scolaires, publics ou privés.
En effet, rappelle Public Sénat, l’article L.111-1-1 du Code de l’éducation, issu de la loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République, dispose que "la devise de la République, le drapeau tricolore et le drapeau européen sont apposés sur la façade des écoles et des établissements d’enseignement du second degré publics et privés sous contrat".
D’où une gêne palpable du côté des plus hauts dirigeants du RN à l’heure de commenter ces initiatives intempestives, de Marine Le Pen, qui, dans Le Parisien, s’est retranchée derrière « la liberté de choix » de ces nouveaux maires, à Jordan Bardella. Qui a préféré… ne rien dire.
Rien d’illégal
Aurélien Lopez-Ligori, nouveau maire RN d’Agde, qui n’entend pas ôter le drapeau européen du fronton de sa mairie, a, lui, accepté de nous répondre. Pour nous signifier : « Je respecte l’avis de mes collègues. Mais de par mon histoire familiale, je me sens européen. Et je ne renie pas le projet européen. Même si j’ai des mots très durs sur la politique actuelle de l’Union européenne, et la façon dont elle est menée, avec une Commission, non élue, non représentative, ce qui me rebute. Et puis je n’oublie pas qu’Agde est une ville qui vit notamment du tourisme européen. »
La Constitution n’oblige à rien
L’argument de l’inconstitutionnalité revient régulièrement dès lors qu’il s’agit du retrait du drapeau européen des mairies. Jean-Luc Mélenchon lui-même, alors qu’il faisait visiter l’Assemblée nationale aux députés La France insoumise qui venaient d’être élus, avait lâché le 20 juin 2017 dans l’hémicycle, en découvrant un drapeau européen : "Franchement, on est obligé de supporter ça ? Attends, c’est la République française ici, ce n’est pas la Vierge Marie. Je ne comprends pas." Avant d’ajouter : "Ce truc n’est pas constitutionnel."
Sauf que la Constitution dit dans son article 2 que "l’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge". Et il n’est nulle part écrit qu’aucun autre drapeau ne peut être ajouté, au balcon d’une mairie, par exemple, qu’il soit européen ou régional. Et que les Français aient rejeté la Constitution européenne lors du référendum de 2005 n’y change rien, contrairement à ce que Marine Le Pen laissait elle aussi entendre le 1er avril dans Le Parisien.
Rien d’illégal là-dedans : les municipalités sont obligées de pavoiser l’étendard bleu aux étoiles dorées le 9 mai uniquement, pour la journée de l’Europe. Et rien d’anticonstitutionnel non plus (lire ci-dessus). Mais il y a dans cette attitude, quelques sujets d’étonnement, a minima.
Et les aides de l’UE, « on les rend aussi ? »
« Vont-ils aussi refuser les fonds européens que touchent nos agriculteurs, nos entreprises pour la réindustrialisation, nos territoires ? Vont-ils rendre leurs indemnités du Parlement européen ? », s’est ainsi interrogé le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, auprès de l’Agence France-Presse. « Et les 3,4 millions d’euros pour l’hôpital de Carcassonne, on les rend aussi ? », avait-il ajouté, ciblant plus particulièrement Christophe Barthès.
Qui, en sa qualité d’agriculteur, a lui-même perçu en 15 ans, environ 300 000 euros au titre de la Politique agricole commune. Mais, de ces aides dont il a bénéficié personnellement, ou de ces subventions qui ont profité à la commune dont il est devenu le maire, Christophe Barthès ne voit qu’un très normal renvoi d’ascenseur au vu de la contribution française à l’UE. « On n’a qu’à nous payer, nous, paysans, le vrai prix de notre labeur […]. On n’aura pas besoin d’avoir des aides dans la PAC », a-t-il aussi lancé au micro de franceinfo.
« Un danger »
Des arguments (l’UE coûterait plus cher à la France que ce qu’elle lui rapporte) qui semblaient moins utilisés depuis quelques années, notamment depuis les aides à la sortie de crise Covid. Et que la présidente de Région Carole Delga pourfendait sur X (ex-Twitter) : « Ceux qui baissent pavillon, qui veulent tourner le dos à l’Europe représentent un danger extrême pour la sécurité, l’économie et l’avenir de la France ».



