La réponse du ministre de l’Éducation nationale à la situation des collèges biterrois de La Dullague et Lucie-Aubrac, dont les personnels et parents d’élèves réclament le classement en réseau d’éducation prioritaire depuis des années, ulcère des enseignants. Ils tiennent à médiatiser une enquête qu’ils ont menée sur les inégalités de traitement des établissements, au détriment de leurs élèves en grandes difficultés.
« En fin de compte, c’est insupportable ! » Pour les enseignants du collectif « Les oubliés de l’éducation prioritaire », qui militent depuis des années pour obtenir le classement en Rep + des collèges biterrois de la Dullague et Lucie-Aubrac : c’en est trop. Les propos récents du ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, dans un courrier adressé à Roger Louis, le président de l’association Familles de France, et rapportés par Midi Libre, ont du mal à passer. « La réforme de la carte de l’éducation prioritaire prend 15 à 18 mois, ce qui n’est pas compatible avec les périodes de réserve du calendrier électoral de 2026 et 2027 », écrit ainsi le ministre. « Mais ça fait 8 ans qu’on le demande ! », rappellent les enseignants, ulcérés.
Faute des moyens du Rep +, les collèges Lucie-Aubrac et La Dullague bénéficieront toutefois, à partir de la rentrée de septembre 2026, d’un pôle éducatif et médico-social comprenant un(e) psychologue de l’éducation nationale, un(e) infirmier(e) et un(e) assistante sociale à temps complet. « Ils seront présents à temps plein, c’est super. Mais c’est la moindre des choses », commente une enseignante. Quant à l’indemnité spéciale qui sera versée : « C’est très gentil de nous donner 130 euros par mois pour qu’on se taise et 120 points bonus de mutation pour qu’on parte, mais on préférerait de loin que nos élèves aient enfin droit à l’égalité des chances. »
Avec le temps, la colère ne faiblit donc pas, au contraire. D’autant que les enseignants ont creusé le sujet avec opiniâtreté et ont quelques données chiffrées édifiantes pour montrer des inégalités, voire des injustices flagrantes à l’échelon national. « Et pendant qu’ils se refilent le sujet, on va continuer à accueillir des 6e qui ne savent pas lire ni compter. Parce qu’ils n’ont pu bénéficier de classes dédoublées de Rep +. Alors si quelqu’un voulait faire son boulot, ces enfants auraient eu la chance d’apprendre à lire correctement. »
Taux de réussite au Brevet : « Cette année, on ne pense pas atteindre la moyenne »
En 2024, le taux de réussite au Brevet du collège de La Dullague était de 57 %. « Cette année, on ne pense pas atteindre la moyenne, à moins d’un miracle », déplore cette enseignante, amère.
Après le décès du jeune Is’Hak, « on a mené une enquête. » Objectif : « Chercher à comprendre si les établissements en Rep ont besoin d’y être. » Environ 1 300 établissements sont épluchés et à chaque fois plusieurs critères : IPS (Indice de position sociale), taux de boursiers, mixité, réussite au Brevet. Un travail qui a pris plusieurs mois. Résultat : « Il y a des établissements qui ont été classés il y a 10 ans, sur la base de chiffres datant d’il y a 15 ans et qui ont aujourd’hui un IPS de 120, quand la moyenne nationale est de 101 ». De manière globale, l’étude conclut à une vingtaine de collèges n’ayant plus de raison d’être classé en Rep et à une vingtaine d’autres dans une situation de grande urgence. « C’est dégueulasse d’un point de vue moral, éthique et c’est un scandale au niveau de l’utilisation de l’argent public. » « A moyen constant, on doit switcher, c’est vital ! », estime le collectif.
Ces chiffres ont été remis au rectorat. « Ils peuvent être vérifiés. J’ai envie de les hurler, de les placarder au ministère ! Il faut le courage de prendre des décisions qui pourront déplaire à certains. On nous demande de comprendre qu’il ne faut pas bousculer certaines communes. Mais tout ça ne doit pas se faire au prix de nos élèves. Ce sont de vrais humains, pas des chiffres, on est avec eux tous les jours… »
À lire aussi : Au collège de la Dullague de Béziers, des parents d’élèves créent une cagnotte pour acheter du matériel pédagogique
À lire aussi : "On est les oubliés de l’éducation prioritaire" : à Béziers, les parents d’élèves de La Dullague réclament aussi plus de moyens









