Sans un "détour" de 5 km, le Lozérien Rémy Brassac aurait été champion de France de trail long. Sixième, il ira tout de même aux championnats d’Europe.
Il en rêvait depuis trois ans. Depuis le championnat de France disputé à Montpellier-le-Vieux, sur le tracé du Trail de la Cité de Pierres. Il a fini 5e ce jour-là, à la fois si proche mais encore trop loin du podium qui, en plus des breloques, déterminait la sélection pour les championnats du monde.« Quelques jours après, mon entraîneur Patrick Bringer m’a envoyé un message pour me dire que le maillot bleu blanc rouge pouvait être jouable trois ans plus tard, si j’étais motivé et prêt à bosser pour cela. J’ai dit “oui”« , se souvient Rémy Brassac. Il a même gardé le SMS.
Trois ans plus tard, il est au rendez-vous. Mercredi, les deux sélectionneurs Julien Rancon et Adrien Séguret ont dévoilé la composition de l’équipe de France pour les championnats d’Europe de trail long qui auront lieu début juin en Slovénie et le nom du coureur lozérien de 38 ans apparaît bien dans la liste. À la fois « un bonheur immense« pour Rémy Brassac et… un grand soulagement.
« Je n’ai fourni aucun effort superflu »
Car, la faute à pas de chance, le plan a bien failli capoter dimanche dernier sur les chemins du mont Ventoux, théâtre majestueux et enneigé des championnats de France 2026. Comme trois ans plus tôt, la règle était claire : il suffisait de monter sur la boîte au bout des 50 km et 2 500 m de dénivelé pour être appelé chez les Bleus. Rémy Brassac, qui avait dompté le même parcours l’an dernier en terminant 2e à trois minutes du champion d’Europe, a donc passé un hiver studieux pour être prêt le jour J. Il a même ciblé une partie de son intense préparation sur… les quatre premiers kilomètres, moins difficiles donc très rapides, ce qui lui convient moins bien. « Cela m’a permis d’être aux avant-postes sans difficulté et d’aborder la montée du Ventoux avec le groupe de tête« .
Parmi les six favoris à caracoler à 12 km/h vers le mont Chauve, il était incontestablement le plus à l’aise. « Je n’ai fourni aucun effort superflu jusqu’au sommet, j’étais en totale gestion« . Prêt à attaquer après le Chalet Reynard, à mi-course, dans cette descente vers Bédouin qui n’en est pas vraiment une, avec encore 800 m de dénivelé positif à franchir.
Remontada sur le Ventoux
Sauf que, sur un parcours modifié en dernière minute à cause du vent, les favoris n’ont pas pris le bon chemin. Et, trompés par des randonneurs qui leur ont indiqué qu’il y avait des balises plus loin – en fait celles d’une course de la veille –, ils ont parcouru 5 kilomètres de plus, perdant 25 minutes. « J’ai pointé 36e au ravitaillement à 20 minutes du nouveau leader. J’aurais pu abandonner, mais le sélectionneur m’a crié de ne rien lâcher« . Alors, Rémy Brassac n’a rien lâché. Il a accéléré, remonté les coureurs un à un. Sans rien calculer. « Ce fut une de mes plus belles journées de sport d’un point de vue sensations. J’étais vraiment au-dessus de ce que je sais faire« , analyse-t-il, signe d’une préparation réussie. Il échoue finalement à quelques secondes de la 5e place et à 9 minutes du champion… 1er des coureurs égarés. « C’était frustrant, car c’est une énorme occasion de décrocher un titre de champion de France élite qui s’est échappée« .
On ne refait pas l’histoire mais on peut tout de même réécrire la suivante. Les sélectionneurs de l’équipe de France, face à ce fait de course, ont sorti les calculettes et compté que le plus rapide, une fois retranché le long détour, ce fut bien Rémy Brassac. D’où ce repêchage.« Il a aussi fait preuve d’une capacité à se remobiliser qui est une qualité importante dans notre discipline« , a ajouté Julien Rancon.
Pour le Lozérien, cette sélection c’est « bien plus qu’une ligne sur un palmarès. C’est l’aboutissement de nombreuses années de travail, de sacrifices, de décisions difficiles à prendre, de doutes après une blessure. Chaque séance, chaque kilomètre, chaque moment difficile prend aujourd’hui tout son sens…« , dit-il, le sourire retrouvé. Cela récompense aussi le parcours atypique d’un athlète qui s’est mis au sport à l’âge de 28 ans, à l’époque pour perdre du poids. La passion, la patience, la persévérance, ont pris le dessus. Dix ans plus tard, après s’être déjà forgé un joli petit palmarès, voilà l’athlète de la Team Cimalp en équipe de France et avec de l’ambition.« Il paraît que le parcours ressemble beaucoup à celui du Ventoux« , souffle-t-il. De là à rêver maintenant d’un titre européen…








