Abandonné depuis 1905, le site avait disparu sous la végétation et tombait en ruine. Depuis 1986, des bénévoles engagés qui se relaient pour le réhabiliter en ont fait un lieu de culture.
Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, ils sont là, fidèles au rendez-vous immuable : chaque mardi de l’année tout un noyau de bénévoles se retrouve au prieuré de Cézas, dans le Gard. Chacun apporte à son rôle : on manie la pioche, la truelle sous les yeux de Roland Causse déclaré “chef de chantier”. Il y a là, Thierry Dermilly, ancien boulanger de Sumène, Thierry Ribaldone, professionnel d’espagnol et historien local averti, ou encore Ghislaine Voissy, une nouvelle recrue. Et bien d’autres encore : chacun apporte un peu de son temps et de ses compétences. « En hiver, le premier qui arrive allume le poêle », sourit Vincent Gracy, président de l’association L’Asphodèle-Le Prieuré.
L’association qui fête cette année ses 40 ans et qui restaure ce vieux prieuré médiéval niché dans un site enchanteur au cœur des montagnes cévenoles depuis des… décennies. Avec une constance et un enthousiasme qui force l’admiration.
Un engagement de 40 ans !
Le terme d’engagement prend ici toute sa signification. En 40 ans, les bénévoles qui se sont succédé, parfois sur deux ou trois générations, ont réalisé un travail titanesque : des milliers et des milliers d’heures de travail, d’huile de coude, de ronces arrachées, de murets remontés. Pierre par pierre, mardi après mardi, le site est aujourd’hui devenu un petit paradis “entre ciel et terre” qui séduit tous ceux qui le découvrent.
Vincent Gracy, dont les parents ont fait partie des pionniers de cette aventure, se souvient du site en 1986. « L’endroit avait été abandonné en 1905. Cela faisait donc plus de 80 ans que la nature avait repris ses droits. Tout était recouvert par la végétation. On ne voyait même plus les accès ».
Les premiers bénévoles vont donc s’attaquer à nettoyer, débroussailler, restaurer les accès du site, devenu après son abandon propriété de l’ONF. Les montagnes cévenoles étaient alors dénudées ; l’ONF avait entrepris un reboisement comme sur l’Aigoual, pour éviter les ravinements catastrophiques lors des épisodes cévenols. « Ici, ce sont essentiellement des cèdres », précise Vincent Gracy.
« Notre but serait de refaire vivre des habitants au prieuré »
Dans les années 90, la commune de Sumène récupère le site grâce à un échange de parcelles avec l’ONF et signe un bail emphytéotique avec l’association L’Asphodèle Prieuré.
« On pense que la chapelle a dû être construite au XIIe siècle par des moines cisterciens venus d’une autre abbaye plus importante, peut-être celle de Sauve. La chapelle a été incendiée lors des guerres de Religion. Elle a été abandonnée en 1869, puis désacralisée. Les habitants de Cézas, petite commune indépendante rattachée à Sumène en 1960 car il ne restait que… 3 habitants, en ont eu assez de marcher pour assister aux offices : ils ont érigé une chapelle au cœur du village ».
Cézas a compté jusqu’à 350 habitants au XIXe siècle. Il y en 37 actuellement en hiver et une bonne centaine l’été.
C’est justement dans les années 80, quand des maisons ont été restaurées et que des habitants ou des estivants sont revenus au hameau, que certains ont eu envie de faire renaître le prieuré, à 1 km environ du village.
La sauvegarde de la chapelle qui jouxte un petit cimetière bucolique – toujours utilisé – a été une priorité. « Elle était debout mais prenait l’eau ».
La chapelle a été restaurée
Des travaux ont pu être réalisés grâce à des subventions mais tout ce que les bénévoles ont pu faire de leurs mains a été fait : enlever le crépi qui recouvrait les murs noircis par l’incendie, les nettoyer, refaire le sol dont les dalles avaient été déplacées ou pillées… Agnès Moreau, vitrailliste à Valleraugue, a réalisé de beaux vitraux qui jouent avec l’orientation de la lumière et aujourd’hui, la chapelle sert d’écrin aux expositions qui s’y tiennent chaque été.
Au cœur de la forêt, le site est devenu un lieu de culture
Une fois le site réhabilité, l’association a souhaité le faire vivre. Depuis plusieurs années, elle propose une programmation culturelle reconnue dans la région, de mai à septembre. Un théâtre de plein en plein air a été créé par les bénévoles. L’association fêtera ses 40 ans avec deux moments forts : le 24 mai lors de la fête de la Nature, avec un partenariat avec le théâtre de l’Albarède de Ganges, et le 26 juillet avec un grand repas festif. Mais de nombreux rendez-vous (concerts classiques, jazz, musiques du monde, cinéma et trois expositions) rythmeront l’été, jusqu’aux Journées du patrimoine. À noter que le site est en accès libre. Thierry, un des bénévoles, se fait toujours un plaisir de guider les visiteurs. À noter aussi le beau travail de mémoire entamé par le Nîmois Frédéric Bertho. Après avoir découvert l’association, il a décidé de filmer et de documenter tout le travail réalisé. Il a pu aussi interviewer des pionniers de l’Asphodèle pour recueillir leurs souvenirs. Vidéos et saison culturelle sur Instagram : prieuresaintmartin ; https://asphodeleleprieure.fr/ facebook.com/asphodeleleprieure.
Les bénévoles se sont également attaqués aux bâtiments, notamment l’imposante bâtisse ou habitaient les fermiers travaillant pour le compte du prieur, qui était en ruine.
Le bâtiment restauré accueille donc chaque mardi les repas partagés et conviviaux qui ponctuent la journée de travail des bénévoles. Aux beaux jours, les repas se font sur la terrasse.
Pour autant le travail n’est pas fini : il reste réhabiliter l’ancien presbytère totalement en ruine. Un gros morceau : il faut trouver 300 000 €. L’idée est de créer des petits logements pour accueillir des artistes en résidence. Des dossiers de demande de subvention sont en cours. Un chantier difficile qui ne fait pas peur aux passionnés de l’Asphodèle. « Notre but serait alors atteint : refaire vivre des habitants au prieuré… On a un bail emphytéotique de 99 ans : il nous reste 50 ans… »








