Les Hongrois votent ce dimanche pour des législatives cruciales marquant un duel serré entre le Premier ministre sortant Viktor Orban et le pro-européen Peter Magyar. Ce scrutin, surveillé par Bruxelles et Washington, pourrait mettre fin à seize ans de pouvoir du Fidesz dans un climat de tensions et d’accusations d’ingérence russe.
Ce qu’il faut retenir
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Près de 8 millions d’électeurs votent ce dimanche, de 6h à 19h, pour des législatives cruciales en Hongrie. Le scrutin oppose le Premier ministre Viktor Orban au pro-européen Peter Magyar, porté par la montée du parti Tisza.
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Le Fidesz de Viktor Orban, soutenu par Donald Trump et JD Vance (venu à Budapest cette semaine), affronte une érosion de sa popularité. L’opposition dénonce une dérive autoritaire et la corruption, malgré les accusations d’ingérence russe.
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La participation pourrait atteindre 75 %. Si les premiers résultats sont attendus dès ce soir, l’issue finale pourrait n’être connue que samedi prochain selon le Bureau électoral national, en raison d’un dépouillement potentiellement serré.
Les bureaux de vote ont fermé dimanche en Hongrie, où la participation a atteint un niveau record lors de législatives où les électeurs étaient appelés à choisir entre offrir un cinquième mandat consécutif au Premier ministre nationaliste, Viktor Orban, ou opter pour l’alternance avec le conservateur pro-européen Peter Magyar.
Les bureaux de vote ont fermé à 19 heures, avec une participation non encore définitive de 77,80 %, dépassant largement le précédent record de 70,5 % établi lors des législatives de 2002, selon la commission électorale.
Orban vanté par Trump
Les 7,5 millions d’électeurs dans le pays, ainsi que les plus de 500 000 autres enregistrés à l’étranger, avaient le choix entre cinq partis, dans un système électoral majoritaire mixte très favorable au Fidesz.
Les sondages des instituts indépendants prédisent une très large victoire du parti Tisza du conservateur pro-européen Peter Magyar, qui a réussi en deux ans à construire un mouvement d’opposition capable de faire de l’ombre au Premier ministre nationaliste hongrois, dont la popularité a décliné au même rythme que la croissance du pays.
Les institutions proches du pouvoir prévoient eux une victoire de la coalition Fidesz‑KDNP de Viktor Orban, qui brigue un cinquième mandat consécutif. Les signes de nervosité sont cependant palpables dans les rangs du Fidesz, qui a reçu le soutien très appuyé du président américain Donald Trump.
Son vice-président JD Vance est venu à Budapest cette semaine vanter les mérites de Viktor Orban et critiquer l’ingérence des « bureaucrates de Bruxelles ».
Donald Trump lui-même a multiplié les messages vendredi, promettant de mettre la « puissance économique » des États-Unis au service de Viktor Orban, qui a le mérite à ses yeux d’incarner la lutte contre l’immigration et la défense de la « civilisation occidentale ».
« La patience a atteint ses limites »
Le dirigeant hongrois, qui a érigé son pays de 9,5 millions d’habitants en modèle de démocratie illibérale, est considéré comme un exemple par de nombreux mouvements d’extrême droite à travers le monde.
Il est aussi proche du président russe Vladimir Poutine, et a régulièrement critiqué les sanctions de l’Union européenne contre la Russie depuis qu’il a envahi l’Ukraine en 2022. Si Bruxelles a évité de s’exprimer ouvertement sur le scrutin, « la plupart des États membres seront plutôt heureux de se débarrasser d’Orban », affirme un diplomate européen, selon qui « la patience a atteint ses limites ».
Viktor Orban, 62 ans, s’est très souvent opposé aux 26 autres États membres, et Bruxelles, qui l’accuse de saper l’État de droit, a gelé des milliards d’euros de financements.
Durant sa campagne, il a promis de poursuivre sa répression contre les « fausses organisations de la société civile, les journalistes vendus, les juges (et) les politiciens ». S’il l’emporte, « cela signifiera clairement un basculement vers l’autoritarisme », estime Andrea Szabo, du Centre des sciences sociales de l’université ELTE.
Orban s’est aussi présenté comme un rempart contre l’Ukraine, qu’il accuse de vouloir entraîner les Hongrois dans la guerre. Mais face à la stagnation de l’économie et une corruption devenue trop flagrante, l’argument n’a pas pris, constatent les analystes.
« Le Fidesz a décidé de mener une campagne purement négative », souligne Andrea Szabo. « Il n’y a pas un seul message dont on puisse dire qu’il servirait véritablement à unifier la nation. À l’inverse, ils n’ont parlé que de la guerre, la guerre et encore la guerre. »
Peter Magyar, 45 ans, qui parcourt la Hongrie sans relâche depuis mi-février, s’est engagé lui à améliorer les services publics, en particulier dans la santé et l’éducation.
« Donnez sa chance au changement ! », a appelé cet ancien membre du Fidesz lors d’un meeting jeudi, promettant en particulier de s’attaquer à la corruption, de remettre sur pied les institutions démocratiques et de faire de la Hongrie un membre loyal de l’UE, dont elle fait partie depuis 2004.
Accusations d’ingérence russe
« Il est important qu’il y ait vraiment une nouvelle ère, une nouvelle Hongrie vivable », a déclaré à l’AFP Daniel Pasztor, retraité de 60 ans, lors d’un autre meeting vendredi. « Une victoire de Tisza serait vraiment terrible pour la Hongrie », estime à l’inverse Attila Szoke, un chauffeur de taxi quinquagénaire, jeudi lors d’un meeting de Viktor Orban.
Alors que l’opposition hongroise craint que Viktor Orban ne reconnaisse pas le résultat des élections, des accusations d’ingérence russe et d’achat massif de voix par le Fidesz ont émergé. Le dirigeant nationaliste a accusé en retour Tisza de « comploter avec des services de renseignement étrangers » pour manipuler les résultats.





