Les violences dans la restauration fragilisent un secteur déjà en crise, avec plus de 200 000 postes vacants. Entre harcèlement, sexisme et impunité, la profession peine à rompre avec une culture de la souffrance au travail. Interview avec Vittoria Nardone, présidente de Bondir. e
Quel constat faites-vous sur les violences dans la restauration ?
Le constat est simple : le métier ne peut pas continuer ainsi. Il y a trop de violations du Code du travail : horaires à rallonge, violences, harcèlement sexiste, sexuel, discriminatoire ou raciste. Le secteur souffre de ces dérives et de cette culture de la souffrance au travail. Lors de nos interventions dans les écoles, 80 % des jeunes nous disent que se faire crier dessus, brûler ou insulter, c’est normal. Nous essayons de combattre cette banalisation. Il y a aujourd’hui plus de 200 000 postes vacants dans la restauration, ce n’est pas un hasard. La crise du Covid a permis à beaucoup de prendre conscience de leurs conditions anormales. Nous voulons surtout prévenir la nouvelle génération en leur expliquant les textes de loi, les formes de harcèlement et de violences, qu’elles soient physiques, verbales ou sexuelles. 99 % des violences sont commises par des hommes, mais certaines femmes cheffes ne respectent pas non plus le Code du travail.
Le milieu est-il plus sexiste qu’ailleurs ?
C’est un phénomène général, mais il est accentué en restauration. On travaille avec des produits lourds, chauds, dans des espaces exigus. Les blagues sexistes sont facilitées, par exemple lorsqu’on dit qu’une femme ne peut pas porter un sac de 25 kg de farine. Le cadre de travail, souvent physique et confiné, rend les violences plus faciles à commettre.
Quelles sont vos actions ?
Nous intervenons dans les écoles hôtelières et de restauration pour parler des violences, expliquer les peines encourues, décrire des situations vécues… Nous leur expliquons aussi comment réagir. Nous avons également un pôle d’écoute.
« La culture patriarcale ne donne pas envie »
Les choses ont-elles bougé ?
Non, la loi n’a pas bougé. Dans la plupart des restaurants, les heures supplémentaires ne sont pas payées, les salaires restent bas, et le travail dissimulé est encore courant. Nous avons demandé une commission d’enquête parlementaire en septembre, grâce au soutien du député Adrien Clouet (LFI). Nous avons été auditionnés à l’Assemblée, mais nous n’avons pas encore de retour.
Que faire pour qu’il y ait plus de cheffes en cuisine ?
Travailler dans une équipe composée uniquement d’hommes, souvent imprégnés de culture patriarcale, ne donne pas envie. Les femmes doivent se battre davantage pour se faire respecter et entendre. C’est un métier historiquement masculin : pendant longtemps, les femmes étaient interdites de cuisine professionnelle et cantonnées à la cuisine domestique. L’image de la femme cheffe n’est pas encore pleinement acceptée, même si cela évolue.





