Des sculpteurs d’art se sont donné rendez-vous à Escale à Sète pour des créations de haut vol. Les œuvres seront vendues aux enchères ce vendredi 3 avril à 18 h 30. Tour d’horizon de cet art ancestral.
Ils sont venus de Fécamp, des Vosges, de Savoie et même de Suisse. Quatre sculpteurs sur bois de renom dans l’univers des « boiteux », comme ils se surnomment, ont fait le voyage pour la première fois jusqu’à Escale à Sète cette année. Depuis mardi, ils scient, meulent, cisèlent des grumes de pin Cembro. Un bois meuble qui ne pousse qu’à 2 000 m d’altitude dans les Alpes. Leur mission, réaliser en quatre jours à peine, une figure de proue chacun.
Un art ancestral qui ne se pratique plus, sauf à l’occasion des rassemblements festifs mettant en avant le patrimoine marin. Denis Magnan, originaire de Fécamp, sculpteur de pierre à l’origine, connu pour ses œuvres de glace, a justement créé chez lui, dans une ancienne usine de sucre, La Sucrerie, un centre d’art notamment pour les artistes et les sculpteurs sur tous matériaux. Un lieu qui jouxte un chantier naval, où des charpentiers de marine restaurent de vieux gréements. « On nous a demandé pour Escale de travailler sur le thème du patrimoine marin alors je me suis dit que ce qui le représentait le mieux, c’était la figure du charpentier de marine, ils étaient quand même à l’origine de la création des navires quand même », assure le spécialiste.
« Elles peuvent incarner un peuple, une civilisation »
Vincent Têtu, venu de Suisse, sculpte depuis vingt ans. « J’ai été amené à restaurer du patrimoine, comme des gargouilles par exemple. Les figures de proue ça m’y fait penser, il y a une symbolique forte, ça peut incarner un peuple, une civilisation. Et puis j’ai été beaucoup bercé par les légendes du monde marin », raconte celui qui a façonné un morse revisité. À ses côtés, le vosgien Dominique Renaud a plutôt imaginé une forme classique de femme jaillissant de feuilles d’acanthe. Hugues Grammont, le Savoyard s’est lancé, après quelques recherches et croquis, dans une tête de dragon qui donnera force et puissance à un drakkar.
Une vente aux enchères ce vendredi,
à 18 h 30
À Fécamp grande escale, ces démonstrations de sculptures ont été initiées dès 2022, par Denis Gatinet, ancien directeur de la manifestation cousine d’Escale. Aujourd’hui, président de l’association les Échos de la Côte d’Albâtre, c’est lui qui a fait venir l’évènement en île singulière pour la bonne cause. Pour le plaisir des yeux des visiteurs bien sûr. Qui pourront également en faire l’acquisition pour orner salons ou jardins.
Les œuvres une fois terminées seront vendues aux enchères dès ce vendredi, à partir de 18 h 30, quai de la République. Mise à prix 1 000 €. Les bénéfices de la vente seront reversés en partie à l’association les Échos de la Côte d’Albâtre qui promeut le dépistage du cancer du sein et en partie à la SNSM, société de sauvetage en mer de Sète.
Sculpture en temps record
Ciseaux à bois, meuleuses et ponceuses tournent à plein régime depuis mardi 31 mars pour réaliser en quatre jours des figures de proue. Ici Hugues Grammont, le Savoyard, en train de façonner "sa" tête de dragon pour orner un drakkar.
La boîte de Pandora
Le Pandora, reconstitution d’un aviso de la grande flotte du tsar russe Pierre Ier, s’appelait d’abord Anna. C’est dans les années 90, après qu’un skipper italien qui l’a sorti des eaux, que la goélette a été rebaptisée Pandora. Sa figure de proue, recréée seulement en 2022, symbolise justement cette déesse grecque. Buste de femme drapée de bleu, elle incarne Pandore, celle qui laissa s’échapper de la boîte tous les maux du monde, sauf l’espoir. Sur la proue, la femme tient une boîte, sous forme de navire. "Pandora, c’est une association qui travaille avec les jeunes. Cette figure de proue représente l’espoir de renaviguer à nouveau pour le bateau, mais aussi l’espoir à chaque étape de la vie de ces jeunes."
La mouette belle dame
Le navire-école de la marine indienne est orné à l’avant d’un magnifique oiseau doré. Une mouette. Elle ferait référence au nom de baptême du bâtiment (tous les navires indiens de plus de 90 marins portent des noms féminins), à savoir celui d’une femme “Sudarshini” qui signifie “belle dame Sundari” d’après la demi-sœur cadette du Bouddha. En sanskrit, sundarī peut évoquer la grâce extérieure autant qu’une "essence favorable". Dans la poésie indienne, la mouette symbolise la capacité à naviguer entre le monde matériel et spirituel.
Le masque de la sirène
À l’avant de la Grace, un navire brick sous pavillon tchèque, rien de plus évident que d’y trouver la déesse de la beauté, Aphrodite (ou Andula pour son nom tchèque) sous la forme d’une sirène, embrassant une colombe oiseau présageant la paix. Certains marins disent même qu’elle chante lors de navigations nocturnes. Mais sous le visage angélique, se cache en réalité une face plus sombre. "La tête de la sirène est amovible et l’autre face est un crâne », raconte un des marins à bord tout en faisant la démonstration. « En fait, ce masque de sirène c’était pour faire croire aux ennemis que la Grace était un bateau marchand, alors qu’en fait c’était un navire pirate !"







