Escale à Sète 2026 : le Belem, trois-mâts de légende, 130 ans d’histoire, navigue toujours comme au 19e siècle

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De la livraison de rhum et de cacao à Belem au Brésil à la flamme olympique, en passant par la famille Guiness ou encore à l’éruption volcanique du mont Pelée en 1902, plongez dans l’histoire incroyable du Belem, trois-mâts barque monument historique français, à l’occasion de la parade d’Escale à Sète.

Lorsqu’il pose un pied sur le spardeck (pont supérieur) du Belem au petit matin, le visiteur est immédiatement piqué par la curiosité, impatient d’humer les embruns mais surtout le parfum des 130 ans d’histoire de ce fleuron de la marine marchande française au 19e siècle. Plus d’un siècle d’existence et déjà cinq vies (lire ci-contre) au compteur. « Quand on est commandant du Belem, on est garant d’un patrimoine maritime qui est inestimable. C’est le plus vieux voilier navigant en Europe, le 4e dans le monde. On sent le poids de son histoire », rappelle Mathieu Combot, le commandant de ce Trois-mâts barque construit en 1896 pour l’armement nantais Fernand Crouan, propriété de la Fondation Belem Caisse d’Epargne. Le portrait du premier armateur trône toujours dans le salon-bureau du capitaine, style “époque britannique”.

Les cinq vies du trois-mâts barque de légende

"Il est né sous une bonne étoile. Le Belem a survécu à l’éruption volcanique de la montagne pelée en 1902 qui a dévasté Saint-Pierre en Martinique et à deux guerres mondiales", résume Martin Garcia-Martinez, pour la Fondation Belem Caisse d’Epargne. L’histoire du Belem commence en 1896, construit par l’armement nantais Crouan, le Trois-mâts barque est destiné à faire du commerce transatlantique entre Belem au Brésil, la Guyane et les Antilles, d’où il rapporte fèves de cacao, rhum et sucre dans ses cales. À partir de 1914, il est racheté par le duc de Westminster qui le transforme en yacht de luxe et le motorise. En 2021, il passe dans les mains de sir Arthur Ernest Guiness (oui de la célèbre famille fondatrice de la marque irlandaise de bière, celle de la série Netflix). Il rebaptise le navire de plaisance Fantôme II avec lequel il fait un tour du monde. En 1951, le gréement est acquis par la Fondation Cini à Venise (qui ne renomme Giorgio Cini) et en fait un navire-école. Enfin en 1979, Caisse d’Épargne le rachète et lui redonne son nom d’origine, Belem après avoir été retrouvé sur un chantier naval de la cité des Doges. Pour ses 130 ans, le Belem, dont la raison d’être est de faire découvrir ce patrimoine au plus grand nombre, réalise une tournée des ports français.

Pour le visiter, se rendre sur https://escaleasete.com.

« On maintient le vocabulaire d’antan »

6 h 30, jour de grande parade d’Escale, la deuxième de son histoire, la première c’était en 2024, juste après avoir transporté la flamme olympique. La tramontane souffle à 30 km/h, avec des rafales à 60 km/h. Pas un temps à sortir les 1200 m2 de voiles (non en lin mais en tissu synthétique) du vieux gréement. Les 16 membres d’équipage s’ébrouent. Sur la dunette (petit pont arrière réservé au commandement), perché sur la timonerie (la salle de navigation à l’arrière du bateau), le commandant Combot accompagné par Raphaël son capitaine en second et le pilote de la station de Sète, il supervise la manœuvre de largage des amarres avec les lamaneurs. Direction le large, à un mille de distance des côtes, avant de faire demi-tour et de revenir en formation parade vers Sète. « Le plus délicat, ça va être de coordonner les bateaux entre eux, nous avons des positions à respecter« , indique le capitaine Raphaël, l’œil rivé sur le radar. Une femme lieutenante, ultra concentrée, trace la trajectoire à la main sur une carte avec règle et compas. À l’ancienne. « On essaye de faire le plus traditionnellement possible, expose Mathieu Combot, le commandant depuis 8 ans à bord. On maintient le vocabulaire d’antan, on l’entretient avec du savoir-faire traditionnel, même si on a des techniques modernes. J’ai déjà commandé d’autres navires de ce genre, le Belem est vraiment le gréement le plus complexe et celui qui demande le plus de coudes pour manœuvrer ». Pendant ce temps, petit briefing sécurité dans le grand roof lambrissé, avec les passagers invités du jour, autour d’un café, brioches et gâteaux. C’est là que le commandant fait le point chaque matin avec l’équipage professionnel et les 48 stagiaires, souvent des jeunes en recherche d’orientation, comme il y a encore quelques jours.

« Chaque propriétaire a tout fait pour le navire »

Après deux semaines à bord, à tirer des bouts, faire des nœuds de marin et à monter dans les vergues, certains se découvrent même une vocation. Le soleil se lève à l’horizon, le vent fouette le visage à mesure que la coque d’acier s’éloigne des côtes. Sergio est membre d’équipage saisonnier depuis 25 ans. Le Belem c’est un peu sa maison. « Une journée à bord, c’est bien, mais il faut faire quelques quarts de nuit pour admirer un coucher de soleil et un lever de lune parfois en même temps ! », confie-t-il entre deux tâches. Il est 9 h et un fumet d’oignons cuits envahit de spardeck. En provenance des cuisines, juste en-dessous d’où sortent 120 repas par jour. « Le bateau pourrait perdre une poulie mais pas nos deux cuisiniers ! », sourit Sergio.

« Le pont est en lames de teck de 10 mètres, il a 100 ans et il est toujours nickel »

La visite se poursuit par le petit roof (petit salon), la batterie (quartiers où mangent et dorment les équipages) et son escalier en acajou de Cuba, « le bois le plus précieux du monde à l’époque anglaise du bateau, raconte Martin Garcia-Martinez, pour la Fondation Belem Caisse d’Epargne. On voit vraiment que chaque propriétaire a tout fait pour ce navire. » Pour maintenir ce patrimoine maritime français, un charpentier de marine à bord, avec un atelier complet, n’est pas de trop. Yann, actuel bosco, détient ce savoir-faire ancestral comme Alex, son remplaçant. « La contrainte avec le Belem (premier bateau classé monument historique de France), raconte Yann, c’est qu’il faut refaire les éléments à l’identique quand ils sont abîmés. Il y a aussi beaucoup de pièces, on ne peut rien faire seul. Il y a beaucoup de bois exotiques, comme du teck sur les ponts extérieurs. Le pont est en lames de teck de 10 mètres, il a 100 ans et il est toujours nickel. » Fantaisie du 21e siècle, Yann a façonné un jeu de dames en marqueterie pour customiser la sortie de hotte de la cuisine. Un luxe pendant les quarts de nuit.

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