Policiers nationaux et municipaux se rejettent la responsabilité des blessures commises sur un suspect en 2012.
Plus de 14 ans après les faits, l’affaire arrive enfin au tribunal d’Alès. À la barre, quatre prévenus : deux policiers nationaux, un policier municipal et l’homme auteur de la bagarre, mais aussi victime de violences.
En février 2012, une rixe éclate dans le restaurant Hippopotamus de la place Barbusse. Un équipage de trois policiers municipaux est envoyé sur place. À l’extérieur de l’établissement, les agents sont confrontés à deux individus dont l’un est fortement alcoolisé. Ce dernier veut retourner dans le restaurant pour en découdre. Le ton monte. L’individu insulte et menace les agents. Il se rebelle au moment où il est interpellé. Son ami représente une menace pour les agents. Ils réclament du renfort auprès de la police nationale… qui ne viendra pas.
« Il fallait évacuer la zone au plus vite, on a chargé le suspect et on est parti », explique l’ancien policier municipal d’Alès, muté depuis l’affaire. Une fois menotté et installé dans l’habitacle, le suspect aurait été frappé. « Avec le plat de la main, concède l’agent. Il a fallu employer cette technique car l’intervention l’a commandé. Il y a urgence à quitter le secteur. Un attroupement se formait ».
À la fois mis en cause et victime, il perd trois dents
L’équipage se rend au commissariat pour remettre l’individu interpellé à l’officier de police judiciaire qui doit le placer en garde à vue. À partir de là, les versions des policiers municipaux et nationaux vont diverger. Pour les premiers, le suspect est arrivé au commissariat avec seulement « quelques égratignures au visage comme l’indique la fiche de remise à disposition. » Dans leur version, le mis en cause a donc été blessé au commissariat.
Les nationaux contestent : « Le chef de poste a commis une faute, explique un policier national depuis le banc des prévenus, il n’a pas effectué de vérification sur l’individu. Le suspect était déjà blessé à son arrivée. »
Chaque service campant sur ses positions pendant toute l’information judiciaire, l’arrivée de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), va « remettre un peu de vérité dans le dossier. Les policiers ne vont plus pouvoir se couvrir mutuellement », s’énerve l’avocat du prévenu-victime, Me Jean-Faustin Kamdem.
Interrogé sur ces importantes blessures au visage, l’homme de 40 ans avoue « ne plus se souvenir de rien. J’étais KO dans la voiture. Je me suis réveillé sur un banc, menotté, au commissariat. » Le gardé à vue a pourtant perdu trois dents dont une sera retrouvée sous le banc.
Même à l’hôpital, le personnel soignant ne s’est pas aperçu des blessures. « Il était très agité, on a pu passer à côté, déplore un policier national qui décrit une scène apocalyptique au moment du passage de menottes entre les deux services. On s’est mal débrouillé, le suspect s’est agité, il s’est retrouvé débarrassé des menottes. Pour l’entraver de nouveau il a fallu l’emmener au sol. On était quatre pour le maîtriser. »
L’usage de la force en question
Le représentant du ministère public, Abdelkrim Grini s’interroge : « Est-ce à ce moment-là que l’homme a été blessé ? A-t-il heurté le sol avec sa tête au moment du plaquage ? » Dans ses réquisitions, le procureur cible l’homme qui « avec près d’1 gr d’alcool dans le sang, déclenche une rixe, outrage les policiers. Mais il nuance : Pour autant l’usage de la force par les policiers doit être maîtrisé. »
Le magistrat réclame 10 mois de prison dont cinq avec sursis probatoire et 500 € d’amende pour l’homme qui a perdu des dents, et la relaxe pour les deux policiers nationaux. À l’encontre du policier municipal, le magistrat réclame de 8 à 10 mois de prison avec sursis probatoire, 1 000 € d’amende, et refuse la demande de dispense d’inscription de la peine au casier judiciaire. Autrement dit, si le policier municipal, est condamné, il ne pourra plus exercer.






