INFO MIDI LIBRE. Le parquet de Montpellier a ouvert une enquête pour “prise illégal d’intérêt” et "favoritisme" dans le cadre d’un projet de crématorium qui doit être implanté sur la commune de Clermont-l’Hérault. Lundi 30 mars, les gendarmes de la Section de recherches de Montpellier ont procédé à plusieurs perquisitions. Pointé du doigt, le maire, Gérard Bessière, se défend de toute malversation.
Coup de théâtre à Clermont-l’Hérault ce lundi 30 mars. Des gendarmes de la Section de recherches de Montpellier (SR) ont perquisitionné les locaux de la mairie, mais aussi, semble-t-il, ceux de la communauté de communes du Clermontais et d’une entreprise de pompes funèbres locale, dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte pour « prise illégale d’intérêt » et « favoritisme ».
Selon nos informations, les investigations portent sur un projet d’équipement funéraire porté ces dernières années sur la commune. Les militaires, agissant sous l’autorité du procureur de la République de Montpellier, auraient procédé à la saisie de nombreux documents administratifs et techniques. Leur objectif ? Vérifier la régularité des procédures ayant conduit à l’attribution du marché.
Un projet de crématorium estimé à plus de 4,5 millions d’euros
Au cœur des soupçons, un possible conflit d’intérêts impliquant le maire, Gérard Bessière. Le premier magistrat, réélu récemment, est en effet en couple avec une Clermontaise dont la famille est à la tête des Pompes funèbres marbrerie clermontaise, une des sociétés intégrées au groupement retenu par la municipalité dans le cadre de cette délégation de service public.
Ce consortium, constitué autour de la Société nouvelle de crémation (adossée à un groupe national) et de partenaires locaux, avait été choisi à l’unanimité par le conseil municipal début 2025 pour porter ledit projet de crématorium (estimé à plus de 4,5 millions d’euros et entièrement financé par le concessionnaire), sur la zone de la Salamane. Un équipement très attendu dans le Cœur d’Hérault, destiné à éviter aux familles des déplacements vers Montpellier, Béziers ou Sète.
Les documents ont été saisis pour exploitation, afin de vérifier s’ils sont ou non incriminants pour le maire.
« Une dénonciation qui témoigne d’un climat délétère »
Joint par téléphone Gérard Bessière, le maire de Clermont-l’Hérault, confirme la perquisition dans les locaux de la mairie mais se dit confiant : "des perquisitions dans les collectivités locales, il y en a beaucoup, c’est assez régulier. Cette démarche judiciaire semble faire suite à une dénonciation qui témoigne d’un climat délétère, qui s’est déjà engagé pendant la campagne des municipales et qui semble se poursuivre."
"Il y a la recherche d’un éventuel conflit d’intérêts. Alors même que ce dossier a été traité d’une manière absolument limpide, transparente, largement ouverte. Qu’il a respecté toutes les procédures. Qu’il a été validé par le contrôle de légalité. Et que la commission préfectorale du Coderst (NDLR, conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques), qui s’est réunie en février 2026, a autorisé l’implantation. Donc on est dans une phase où les trois sociétés retenues peuvent procéder à la réalisation de cet équipement." "La délégation de services publics a fait son travail. Le conseil municipal en a été saisi à plusieurs reprises parce qu’il y avait plusieurs étapes dans le projet. Donc, je ne peux que réaffirmer la confiance que j’ai en la justice pour faire toute la lumière sur cette situation. Une chose est sûre, en l’état, ça ne m’empêche pas de dormir."
Pas de garde à vue à ce stade
Lors du vote de la délibération, le 29 janvier 2025, Gérard Bessière s’était déporté, quittant sa place pour siéger dans le public, en raison de ses liens personnels reconnus avec l’une des entreprises candidates. Une précaution jugée suffisante à l’époque mais qui, aujourd’hui, semble être examinée de près par les enquêteurs. Les investigations visent à déterminer si, au-delà de ce retrait formel, des éléments pourraient caractériser une intervention ou une influence dans le processus d’attribution. « Les documents ont été saisis pour exploitation, afin de vérifier s’ils sont ou non incriminants pour le maire », confie une source proche du dossier.
À ce stade, aucune garde à vue n’a été décidée. L’enquête en est à ses premières phases. Joint par nos soins, le procureur de la République de Montpellier, Thierry Lescouarc’h, nous a fait savoir qu’il n’était « pas en mesure de communiquer dans cette affaire pour préserver les investigations au visa de l’art 11 du Code de procédure pénale ».








