Le musée régional d’art contemporain de Sérignan accueille deux expositions tout aussi surprenantes que dissemblables.
Dès l’entrée du musée, l’univers de Brice Dellsperger s’annonce par un couloir noir et les bruits d’une lutte acharnée. Un coude vers la droite, et nous voilà dans une grande salle obscure, où flottent cinq grands écrans. Vous êtes dans Body Double 41.
À l’image, deux travestis se défient, se battent, se crêpent le chignon, sur une bande-son haletante. Elle vient remuer de vieux souvenirs plus ou moins enfouis selon votre âge : c’est celle de la série américaine Dynasty, célèbre pour ses bagarres entre héroïnes. Il y a 7 minutes 30 de film, 80 plans, et l’action principale passe d’un écran à l’autre. Au visiteur de la suivre en s’aidant de ses oreilles.
L’exercice, d’abord un peu obscur, devient ludique, comme a dû l’être le tournage des scènes au Fonds régional d’art contemporain de Montpellier. « Dans ces séries des années 80, les scènes de bagarre étaient souvent doublées par des hommes qui essayaient de cacher leur visage, rappelle l’artiste. C’était un peu ridicule. La propagation de la violence sur les écrans est aussi une illustration de notre violence contemporaine. »
Peinture, film et installation
À l’étage, autres salles, autre ambiance. Philippe Decrauzat développe une pratique qui interroge les mécanismes de la perception à travers la peinture, le film, l’installation : des images sont projetées sur un miroir tournant, des labyrinthes sont imprimés dans le sol, des centaines de lignes parallèles forment des canevas mouvants, une pièce recouverte du sol au plafond d’un damier noir et blanc dissimule d’autres œuvres arborant le même quadrillage.
L’œil est souvent déstabilisé par ces bascules d’échelles et ces variations lumineuses. « La pratique de cet artiste s’ancre dans l’héritage de l’abstraction du XXe siècle et des recherches de distorsions visuelles menées par les artistes de l’Op art et de l’art cinétique des années 60, explique Clément Nouet, le directeur du Mrac. Toutes les œuvres que nous présentons sont issues de son travail des quinze dernières années. »











