Née dans un camp de harkis, aujourd’hui psychanalyste à Nîmes, Malika Gherdis raconte dans un livre son incroyable destin et la force de vie qui l’a toujours guidée.
La vie n’est jamais écrite. Aussi rude et mal partie soit-elle ! C’est le très inspirant message du livre de Malika Gherdis, aujourd’hui psychanalyste à Nîmes… née derrière les barbelés du camp de harkis de Laudun-l’Ardoise où elle vivra jusqu’à ses 9 ans. Un décor de misère et de violence où aucun espoir ne semblait permis.
Un père parti, « une mère plongée dans le malheur constant, qui n’avait pas le luxe de la tendresse avec moi. Elle était dure comme la vie l’était avec elle », sourit Malika Gherdis, en revenant sur cette enfance abîmée. Prélude d’une vie longtemps chaotique mais aussi éclairée par la naissance de ses quatre enfants et par de belles rencontres. De celles qui infléchissent soudain le chemin de votre vie, avec douceur et confiance.
« J’étais une souffrance ambulante »
« Moi, c’est la psychanalyse lacanienne qui m’a sauvé et offert une voie de reconstruction », écrit-elle dans son livre. « À chacun de mes rendez-vous, je déposais ma vie, mot après mot, larme après larme. Je ne me suis pas guérie, je me suis sauvée ». Au-delà de la résilience, concept un peu « tarte à la crème » du développement personnel d’aujourd’hui, elle découvre à 38 ans, comme une révélation enfin, la force de l’inconscient et entame une longue analyse qui la ramène à sa vie. « L’invisible s’est dévoilé me libérant des répétitions inconscientes qui me condamnaient ».
« J’ai toujours eu une force en moi, je n’ai jamais cédé sur mon désir, c’était ça ou mourir en fait », analyse-t-elle avec le recul. Mille fois elle aurait pu sombrer, mille fois, elle s’est relevée, « j’étais pourtant une souffrance ambulante ».
Elle reprend des études à 38 ans
Sa vie ressemble à une épopée : le camp de harkis puis le logement Sonacotra en Normandie, « un autre ghetto », la violence et l’alcoolisme de ses frères, sa « fuite » à 16 ans à Nîmes pour faire un BEP, loin, le plus loin possible de cette famille mortifère, son mariage avec Nasser qu’elle connaît à peine et avec qui elle aura quatre enfants, l’alcool, la dépression, « je vivais coupé du monde, fumant clope sur clope dans le noir de mon appartement », les scarifications à répétition « alors que j’ai horreur du sang ! »
Puisqu’il fallait bien faire bouillir la marmite, Malika deviendra conductrice de bus quand Newton, Archimède ou Galilée ne sont encore pour elles que des noms d’arrêts de bus. « Je n’avais que le BEPC, je pensais que les études ce n’était pas pour moi ». Pourtant, grâce au soutien de Marcelline, une passagère, prof à la retraite avec qui elle sympathise, elle s’y attelle à 38 ans, en même temps que son analyse, et enchaîne licence de lettres, licence de psychologie et master de psychanalyse.
« J’ai écrit ce livre pour dire aux gens que tout est toujours possible », lance-t-elle avec une belle énergie. Et les premiers retours l’enthousiasme : « On me dit « Je vais commencer une analyse » ou encore « vous me donnez de l’espoir »… Un livre comme une rencontre qui peut ouvrir un nouveau chemin.








