Ce film est projeté cette semaine à Marvejols et Saint-Chély-d’Apcher.
S’il en est une dont le ton manque au cinéma, c’est bien Sophie Fillières (morte en 2023), la plus loufoque, raffinée et subtile des réalisatrices. Pascal Bonitzer nous console un peu de son absence en reprenant son projet inachevé, une fantaisie sophistiquée et poétique autour de Victor Hugo : Victor comme tout le monde porte indéniablement la trace de la grande dame, mélange de culture savante et de cinéma populaire.
Fabrice Luchini étonnamment sobre
Il narre l’envoûtement d’un comédien par le poète, une véritable obsession qui lui assure le succès sur scène mais déborde également sur sa vie privée, jusqu’à influencer son quotidien, ses rencontres et son point de vue sur la vie. Comme une évidence, c’est Fabrice Luchini qui endosse le rôle, occasion de voir quelques excellents moments de son spectacle sur Hugo, mais aussi de vérifier que c’est un grand comédien, ici étonnamment sobre et un des plus intelligents, quand il s’agit de rendre les nuances d’une langue.
Entre documentaire et fiction, Fillières et Bonitzer se baladent le long d’un film certes un peu anecdotique et sans prétention, mais d’une très jolie poésie, qui possède un charme tout simple, un ton « érudit pour rire » à la Rohmer.
C’est réalisé au fil de la plume, sans vraiment de travail, mais ce côté erratique donne du charme à la chose, qui se déguste comme un petit bonbon, comme une parenthèse enchantée sur les rapports entre amour et admiration, comme un savoureux moment en compagnie d’un acteur dans ses pantoufles qui nous récite des vers fabuleux. Mélancolique, bienveillant, humain : du Sophie Fillières, quoi…








