"La mutation d’un quartier dans le regard de ses habitants" : le réalisateur espagnol José Luis Guerín est l’invité du festival Traversées lundi à l’Athénée

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Ce lundi 6 avril à 18 h, le cinéaste espagnol José Luis Guerín présentera, devant les spectateurs de l’Athénée, son documentaire Histoires de la bonne vallée, où il rend hommage à l’un des quartiers de Barcelone en proie à des conflits urbains. Interview.

Comment vous est venue l’envie de vous intéresser au quartier de Vallbona, en marge de Barcelone ?

L’idée est née d’une commande du Musée national d’Art de Catalogne qui a demandé à des artistes de différentes disciplines de produire quelque chose autour des quartiers défavorisés de Barcelone. Après la livraison de mon projet, j’ai eu envie d’approfondir mes recherches autour de Vallbona, un quartier alors en pleine métamorphose.

Que décrit le documentaire ?

Le film part de la réalité concrète d’un quartier périphérique de Barcelone qui voit s’installer une ligne à grande vitesse. C’est le seul endroit de la métropole qui échappe encore à l’urbanisation et où il reste encore des terres agricoles. Tout au long du film, on voit passer 30 à 40 trains, mais ils ne s’arrêtent jamais. Les personnes qui vivent dans ce quartier sont isolées, éloignées de tout.

« Le centre-ville devient un décor muet pour les touristes »

Cela témoigne-t-il d’un phénomène plus global ?

Absolument. Cela nous rappelle que toutes les villes ont, un jour, été construites sur la campagne, avec tout ce que ça apporte comme conflits urbains, sociaux, environnementaux et identitaires sur le monde. Mais on reconnaît aussi un phénomène qui se reproduit partout. La vie populaire est de plus en plus déplacée vers la périphérie et marginalisée. Le centre-ville, très cher, devient réservé aux touristes. Mais il devient un décor muet.

Peut-on considérer ce film comme une suite logique d’En construction, votre documentaire sorti en 2001 ?

Pas vraiment mais je reconnais que les deux films ont un rapport de cause à effet assez profond et chacun est né d’un désir de créer un récit universel. En construction traite de la mutation du paysage urbain dans le centre-ville de Barcelone à travers la vie des habitants. C’est détruire de l’ancien pour construire du neuf. Et combien de fois on a délogé des habitants pour cela ? Ils sont ensuite amenés vers la périphérie et marginalisés.

José Luis Guerín. DR

Dans Histoires de la bonne vallée comme dans En construction, vous vous intéressez à des vies ordinaires. Qu’est-ce qui vous attire dans ces récits du quotidien ?

Pour moi, le quotidien est le grand spectacle du monde. La vie de quartier, ce ne sont pas seulement des rues, des places ou des avenues. C’est surtout des visages et les vies des gens qui y habitent. J’ai passé deux ans et demi avec eux de manière fragmentée. J’ai donc vu l’évolution du quartier avec l’arrivée de la ligne à grande vitesse. Et j’invite tout le monde à voir le film pour comprendre les évolutions positives et négatives dues à cette construction. L’isolement provoque à la fois un manque de services dramatiques mais il a aussi permis de préserver une façon de vivre éradiquée du centre-ville. On rencontre énormément de personnages intéressants et j’ai voulu adopter une manière de filmer très intimiste. C’est un documentaire très subjectif et introspectif. C’est la mutation d’un quartier dans le regard des habitants.

Histoires de la bonne vallée, lundi 6 avril à 18 h au cinéma Athénée dans le cadre du festival Traversées. Projection en présence de José Luis Guerín.

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