L’office de tourisme Béziers Méditerranée propose deux "Rondes de nuit au cimetière Vieux de Béziers" par mois : l’une consacrée aux personnages illustres de Béziers, l’autre aux femmes qui ont aussi participé à l’âge d’or de Béziers.
Dans la « Ronde de nuit, portraits de femmes » au cimetière Vieux de Béziers proposée une fois par mois, à partir de 20 h 30, par l’office de tourisme Béziers Méditerranée, pas de frissons de frayeur. Mais de l’histoire. Celle de ces femmes biterroises qui ont œuvré pour la ville et la société, mais que l’Histoire a oubliées. Ou invisibilisées.
Comme Gabrielle Bringer (1926-2019), grand médecin qui, avec son époux, également médecin, créa la clinique Saint-Privat, sur l’avenue Albertini à l’époque. Puis, deux enfants plus tard, décida de se consacrer à la médecine du travail, toujours à Béziers, pour mieux la bousculer. « Cette femme de caractère fera acheter une camionnette pour sillonner le territoire afin de prêcher la prévention auprès des salariés, une première en ce temps-là. Elle deviendra ensuite la première chef de service Biologie de l’hôpital de Béziers », raconte Peggy Albert, chef de projet Ville d’Art et d’Histoire Béziers Patrimoine, la guide de ces soirées insolites.
Mieux comprendre l’âge d’or de Béziers
Aux côtés de l’accordéoniste et chanteuse Marie-Pierre Loncan, de Fabrice Vialatte au saxophone, des « anges gardiens » Serge Boyer et Karen Doussat, sur une mise en scène d’Hélène Azéma, la voix et la lampe torche de Peggy Albert, en costume du XIXe siècle comme ses compagnons, servent de fil conducteur aux interventions des artistes. Ses textes font revivre ses femmes décédées pour mieux comprendre l’âge d’or de Béziers, sa grandeur d’autrefois, auxquelles elles ont participé autant que les hommes.
Notamment celle de la fin du XIXe siècle-début XXe, où les grands propriétaires terriens faisaient « pisser » la vigne et se construisaient des châteaux, où le vin engendrait des fortunes colossales et industrialisait la ville dans tous les secteurs, faisant aussi de Béziers une ville d’arts et de plaisirs.
« J’aime à dire que nous proposons une visite guidée féminine, et non pas féministe dans ce Père Lachaise biterrois créé en 1812, après le décret impérial Napoléon sur les sépultures de 1 qui établit notamment que les tombes doivent être mises en dehors de la muraille de la ville », précise la guide d’un soir.
« C’était l’époque où les femmes, mêmes lettrées, n’étaient pas prises au sérieux »
Les visiteurs s’arrêteront aussi devant la tombe de Mathilde Bellaud-Dessalle, historienne et femme de lettres, cousine par alliance de Gustave Fayet, qui a écrit, entre autres, « Histoire de Béziers, des origines à la Révolution française ». Ce fut l’une des premières femmes à intégrer la société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers. Son histoire sera mise en lumière par un texte, déclamé par Serge Boyer, de l’historien Marc Bloch reprochant à son homologue féminine ses analyses historiques. « C’était l’époque où les femmes, même lettrées, n’étaient pas prises au sérieux », précise « l’ange gardien ».
Lors de cette « Ronde de nuit, portraits de femmes au cimetière Vieux », l’histoire fait parfois aussi sourire les visiteurs. Comme lorsque la troupe fait une halte devant la tombe d’Arnaud Barthélémy, époux Salvaniac, ornée de la statue d’un vierge nommée, par la suite, Vierge del Moucadou qui aurait des pouvoirs de guérison.
Du crépuscule à la nuit noire, cette déambulation nocturne, musicale et théâtrale au cimetière Vieux et ses diverses haltes permet aux désormais illustres défuntes de retrouver leur place dans la ville. Et dans le cœur des Biterrois.
Finette du Capnau ne buvait pas que de l’eau
La "Ronde de nuit, portraits de femmes" au cimetière Vieux fait une halte devant la tombe d’Arnaud Barthélémy, époux Salvaniac, ornée de la statue d’un vierge nommée, par la suite, Vierge del Moucadou qui aurait des pouvoirs de guérison.
En voici l’histoire. Fin 1912, une femme habitant le quartier du Capnau vient se recueillir sur la tombe familiale. Passant devant la statue, elle s’aperçoit que cette dernière pleure. La femme extasiée et surprise, sèche ses larmes avec son mouchoir. Elle raconte avoir entendu la vierge lui dire : "Conservez ce linge, il aura une grande vertu.” Rentrée chez elle, la femme pose le mouchoir sur sa fille, paralysée d’une jambe et constate un miracle : sa fille se met à marcher. Depuis, de nombreux dévots de Béziers et d’ailleurs, vont poser un mouchoir sur la tombe espérant une potentielle guérison.
L’artiste Marie-Pierre Loncan, par une déclamation très drôle, déconstruit ce "mythe". Elle lit un texte de Finette du Capnau, une figure de la littérature populaire occitane, qui parle de la Vierge del Moucadou. Le visiteur y apprend que la fameuse femme qui vit pleurer la statue "s’huilait les grandes orgues", "titillait la goulinette"… Bref, avait la descente facile et ne buvait pas que de l’eau !







