
À Millau, la droite l’emporte dans une ville où les jeunes et les précaires ont vraisemblablement laissé leur voix.
Avec 62 % de participation, Millau a fait mieux que la moyenne nationale, où l’abstention a frôlé les 44 % lors de ce premier tour des élections municipales.
Mais si à première vue, la cité du gant semble échapper à la vague d’abstention qui a submergé une grande partie de la France, elle cache une réalité plus contrastée : celle d’une ville où les jeunes et les catégories populaires, traditionnellement proches de la gauche, se sont vraisemblablement moins mobilisés que les autres.
Selon les estimations d’Ipsos-BVA, 60 % des 25-34 ans et 56 % des 18-24 ans se sont abstenus au niveau national. À Millau, où près de 30 % de la population a moins de 30 ans, cette désaffection massive des jeunes a nécessairement pesé, une large part de l’électorat naturel de la maire sortante, s’étant, pour le dire ainsi, volatilisé.
La droite, bénéficiaire d’un électorat fidèle et mobilisé
Si les jeunes ont boudé les urnes, c’est aussi le cas des catégories sociales les plus fragiles – ouvriers, employés, chômeurs. Comme le souligne ce même sondage, 55 % des ouvriers et des chômeurs se sont abstenus, tout comme 62 % des ménages gagnant moins de 1 250 € par mois.
Or à Millau, où le taux de pauvreté atteint 16 % et le revenu médian (21 240 €) reste inférieur à 75 % des communes françaises, ces électeurs que l’on dit souvent déçus par les promesses non tenues, ont été aussi moins nombreux à se déplacer quand les retraités, les cadres et les ménages aisés, plus enclins à voter, l’ont fait massivement.
Un scrutin qui révèle les failles de la démocratie locale
Avec 34 % de la population âgée de 60 ans ou plus, Millau compte aussi une proportion importante d’électeurs traditionnellement plus ancrés à droite offrant à Christophe Saint-Pierre un matelas électoral aujourd’hui décisif. Ceux se reconnaissant dans le « bloc central » et la droite étant aussi ceux qui se sont le moins abstenus – 70 % de votants contre 43 % chez les électeurs de la gauche, divisée et moins mobilisatrice.
Malgré son ancrage local et son bilan, Emmanuelle Gazel n’aura pas réussi à convaincre un électorat jeune et précaire déjà peu enclin à se déplacer. Conséquence d’une fracture générationnelle et sociale qui, année après année, s’approfondit.
Données Ipsos-BVA (2026), INSEE, résultats électoraux de la ville de Millau.





