"L’avantage des vieux chanteurs, c’est qu’ils ont des chansons qui ont marché un peu" : un café avec Daniel Guichard, chez lui, à Sauvian

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Chanteur ultra-populaire, Daniel Guichard mène une vie tranquille, à l’écart du show-business, à Sauvian. Toujours animé par le plaisir de chanter et de partager des émotions avec le public, il poursuit sa carrière de façon totalement indépendante. Dans la vie, il a fait "des conneries", appris, et surtout créé des chansons inoxydables qui parlent à de nombreuses générations. Rencontre autour d’un café.

« Ça va, moi je vais bien depuis que je suis là, c’est-à-dire fin 1988… » Daniel Guichard répond fort simplement lorsque l’on prend de ses nouvelles. « Là », c’est au fond de cette petite impasse de Sauvian, derrière un large portail où il a agrandi une maison et garé son immense camping-car.

C’est dans son repaire, à l’abri des regards indiscrets, qu’il nous reçoit pour partager un café. Dans ce bureau-studio tapissé de quelques affiches de concert, le chanteur de 77 ans bavarde volontiers. De tout, de rien. De ses tours de chants qu’il continue de donner, au gré des opportunités, de la création de chansons qui le démange encore, de son parcours à part du showbiz, de la façon dont on apprivoise la scène, les salles difficiles…

« Le ciel me plaît, il est gratuit »

Car Daniel Guichard a tracé son chemin, traversant les décennies, comme il l’entendait, lui. Déjà, il a choisi le Sud : « Je voulais partir de Paris, j’ai habité aux halles, à Montmartre, à Neuilly, à Nanterre… J’en ai eu marre. Un copain habitait par ici ». Il profite d’un spectacle à Perpignan pour sillonner le coin et finit par choisir cette villa : « On a pu élever tous les enfants ici », souligne-t-il. « Le ciel me plaît, il est gratuit. »

En parallèle, il a rapidement décidé de se produire et de se distribuer seul, ou en famille ; il a tout structuré pour mener sa carrière à sa façon, agile, autour du plaisir de chanter. Et cela, même « s’il s’est mis tout le métier à dos ».

« Il se passe des choses avec le public »

« L’avantage des vieux chanteurs, c’est qu’ils ont des chansons qui ont marché un peu », dit-il. On pense à Mon vieux (1974), au Gitan (1982)… « Il se passe des choses avec le public. Il faut beaucoup d’années pour apprendre à chanter. Et la chose la plus importante quand tu as fini le spectacle, c’est que les gens disent « On n’a pas vu le temps passer ». Je m’amuse à faire ce que je fais », ajoute-t-il. Et hors de question, pour lui, de s’encombrer de contraintes logistiques : « Quand je pars en tournée, je prends le camping-car, c’est ma maison qui roule. Celui-ci (7 tonnes), c’est le 3e de ce gabarit, le 4e depuis 2006. » Un confort qui rend possible les déplacements, encore aujourd’hui : « Car je suis un peu casanier, je n’aime pas partir. »

« Ça ne me gêne pas si je dois être oublié »

Aujourd’hui, il aimerait bien « avoir un disque avant la fin de l’année. » « J’ai encore envie de 2 ou 3 chansons ». Mais il se veut « humble » : « On ne sait pas comment ça marche. Et je ne peux pas aller à la facilité. C’est d’abord à moi d’être touché par ce que je dis, il faut rester le plus près possible de ta vérité… » Lucide et avec beaucoup de recul sur ce métier, il lâche : « ça ne me gêne pas, si je dois être oublié… » Mais sa popularité demeure. Plusieurs générations se croisent à ses concerts. Avec le temps, il a tiré les leçons : « J’ai toujours pensé que les chansons ne servaient à rien, en fait, elles servent à beaucoup. Elles sont un défouloir fabuleux. »

Ses coups de cœur et préoccupations du moment

Ce qui le préoccupe en ce moment ? "Tout ce qui se passe, l’actualité qu’on veut bien nous communiquer. À part l’Iran et Trump, tout va bien on dirait. J’aime bien être cynique. Mais il faut parfois savoir lire entre les lignes, comme du temps de la Pravda (référence à ses origines russe, polonaise et ukrainienne de par sa mère)…

Sur son engagement dans le mouvement des Gueux (aux côtés de l’auteur Alexandre Jardin contre les ZFE et le mépris des citoyens) : "Alexandre m’a appelé. Je lui ai dit que ce serait avec plaisir. Il y a de moins en moins d’égalité. La liberté est très relative. J’ai peur d’un fascisme 2.0."

Un lieu dans le Biterrois ? "La plage de Vendres. À chaque fois que je n’allais pas très bien, j’allais là-bas, il n’y avait personne."

Une bonne adresse ? "C’était L’Harmonie à Sérignan mais le restaurant a malheureusement fermé…"

Une bonne bouteille de vin ? "Je ne bois plus d’alcool depuis 40 ans."

Parmi ses chansons, sa préférée : "Il y en a plusieurs… Quand je chante Mon vieux, il se passe toujours quelque chose, elle est le carrefour de plein de chansons. Je suis admiratif de Lama, Cabrel, qui ont une patte. Moi, c’est plus hétérogène, mais c’est bien, je ne m’ennuie pas !"

Nostalgique ? "Quand il ne se passe rien je ne suis pas malheureux. Pendant 12 ans, je n’ai pas fait de disque, la Terre a continué de tourner. Je ne suis pas aigri ou nostalgique, je me marre en faisant ce métier."

Le prix de sa liberté ? "Chaque fois que vous commettez une erreur, vous passez à la caisse. La vie coûte cher et ce métier coûte cher…"

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