Il s’agissait d’une banale vérification auprès d’un automobiliste, accompagné de son père et son frère. Une demande de présenter ses papiers qui dégénère et vire à la violente échauffourée sur le parking du Kfc installé dans la zone d’activités Col’Vert, à Mours (Val-d’Oise), derrière le centre commercial du Grand-Val de L’Isle-Adam. Des coups qui pleuvent et au final, trois gendarmes blessés. « Je ne comprends pas qu’un simple contrôle routier puisse arriver à de telles extrémités », soupire un militaire, s’étant retrouvé avec un nez fracturé et six jours d’Incapacité totale de travailler (Itt).
Jeudi 12 mars 2026, c’est pour des violences sur trois militaires de la gendarmerie nationale suivie d’incapacité n’excédant pas 8 jours, commises le 29 janvier 2026, que Marc et ses deux fils, Mickaël et Manuel, comparaissaient devant le tribunal correctionnel. Des accusations que les trois hommes ont niées tout au long de l’audience, assurant avoir simplement « voulu se défendre », comme l’a assuré Mickaël.
Caméras piéton et vidéosurveillance
Parole des prévenus contre celles des forces de l’ordre ? Le tribunal avait décidé de ne pas avoir à juger sur les seules déclarations des deux parties en renvoyant l’audience de comparution immédiate de février pour prendre le temps de récupérer l’ensemble des images enregistrées ce jour-là. Par les caméras piétons dont étaient équipés les trois gendarmes, mais aussi par les appareils de vidéosurveillance du fast-food.
Ainsi, c’est par le visionnage de l’ensemble des images que l’audience a commencé. Un peu plus de trente minutes de plongée dans la peau des trois militaires, chacun leur tour. Tout avait commencé lorsqu’un équipage du Psig de L’Isle-Adam repère un conducteur au volant d’une Peugeot 208. Les membres des forces de l’ordre pensent qu’il s’agit d’un individu bien connu de leurs services, s’étant notamment fait retirer son permis de conduire.
« T’as rien à me dire j’ai rien fait »
« Bonjour monsieur, vous pouvez venir s’il vous plaît », lance un gendarme à Mickaël. « Non », répond sèchement le jeune homme de 33 ans. « Comment ça non ? On va procéder à un contrôle », poursuit le militaire alors que des renforts arrivent sur place. « J’ai rien fait, t’as rien à me dire, j’ai rien fait », hurle Mickaël avant de s’avancer sur le gendarme qui lui fait face. Ce dernier le repousse alors fermement avec sa main placée à hauteur du haut du buste, presque sous la gorge, avant de recevoir un violent coup de poing porté par Marc. « Il a frappé mon fils, alors je suis intervenu », se défend ce dernier.
Deux gendarmes se jettent immédiatement sur le patriarche. Mickaël réagit aussitôt. Il porte plusieurs coups de poing au visage d’un membre des forces de l’ordre avant que les collègues de celui-ci ne puissent le stopper. « Mets-toi au sol », lui ordonne l’un d’eux. « T’as tapé, mon père », répète le trentenaire qui reçoit un coup de pistolet à impulsion électrique (Pei).
« J’ai pas touché votre père. C’est lui qui s’est jeté sur mon collègue. On regardera les vidéos et vous verrez », lui répond le militaire du Psig avant de lâcher à son collègue : « Il m’a mis 50 patates dans la gueule », l’une des vidéos le montrant le nez en sang.
« J’ai pas peur de Satan, c’est pas de vous dont j’aurais peur »
À quelques mètres de là, ils sont trois militaires à lutter pour tenter de maîtriser Marc, totalement hors de lui, qui continue à se débattre malgré l’usage du Pei. « Au sol. Monsieur on se calme c’est fini », insiste l’un des gendarmes. « Donne ta main, je te jure, donne ta main », ordonne en criant un autre qui tente de menotter le forcené plaqué au sol qui continue à se débattre. « Tu me tapes, pourquoi tu oses me taper ? », lui demande le militaire. « Vous avez tapé mon fils », répond le père. « Je l’ai pas tapé, je l’ai poussé. Espèce d’idiot » « Mais qu’est-ce qu’on a fait ?», demander Marc. Avant d’ajouter : « Quand j’étais militaire, j’avais pas peur du colonel. J’ai pas peur de Satan, c’est pas de vous dont j’aurais peur. »
L’altercation, particulièrement violente, n’a duré que deux minutes, devant plusieurs témoins qui se trouvaient sur le parking. «Je me trouvais dans mon véhicule lorsque j’ai vu les gendarmes en mauvaise posture, confie une femme. L’un d’eux a reçu un coup de poing dans la joue par le plus âgé qui était le plus violent. J’ai vu le gendarme sortir sa matraque, l’individu (Mickaël, Ndlr) lui a dit : »T’es une petite salope, tu sors ta matraque. » Un autre, celui avec une queue-de-cheval s’est enfui.» Il s’agit de Manuel qui sera intercepté quelques mètres plus loin après avoir proféré des insultes, selon l’accusation, mais n’a pas porté de coups.
« La force nécessaire »
Entendu dans le cadre l’enquête, le gendarme, s’étant présenté en premier pour procéder, au contrôle explique : « Les trois occupants de la voiture ont immédiatement été agressifs et ont élevé voix. J’ai repoussé l’un d’eux par crainte d’être agressé et j’ai reçu un coup de poing au visage qui m’a cassé deux dents. » « Le père a porté un coup de poing à la mâchoire de mon chef, je l’ai ceinturé et son fils m’a frappé. Je souffrais d’une fracture du nez et de douleurs dorsales », poursuit un autre militaire. Avant que son chef ne reprenne : « Par la suite, nous avons uniquement utilisé la force strictement nécessaire face à cette situation. »
« Les gendarmes ont été agressifs »
De leur côté, le père et ses deux fils dénoncent un contrôle violent de la patrouille du Psig. « Ils ont immédiatement été agressifs en demandant le permis de conduire et en me frappant à gorge », a maintenu Mickaël à l’audience alors que les images montrent bien qu’il a bien été repoussé et non frappé. Il ajoute que son père « a simplement voulu [l]e défendre », et souligne ne plus se souvenir des insultes et menaces proférées à l’encontre des gendarmes.
Même plaidoirie du côté de Marc R. « Les gendarmes ont été agressifs. Ils ont mis un coup de poing à mon fils, je suis intervenu. J’ai été tasé. L’un des gendarmes qui était en civil m’a frappé à trois reprises la tête au sol. »
Mandat de dépôt
Une défense qui n’a pas convaincu le tribunal. Le président a déclaré coupable les trois prévenus. Marc R. a ainsi été condamné à une peine de 3 ans d’emprisonnement, dont 2 ans assortis du sursis probatoire, avec obligation d’indemniser les victimes et d’effectuer un stage de citoyenneté. Son fils Mickaël R. a, lui, écopé d’une peine de 3 ans, dont 18 mois assortis du sursis probatoire, avec mandat de dépôt à effet différé. Bénéficiant d’un délai avant son placement en détention, il n’a ainsi pas été incarcéré à l’issue de l’audience. Il a également reçu l’obligation d’indemniser les victimes, d’effectuer un stage de citoyenneté et d’exercer une activité professionnelle ou de faire une formation professionnelle. Enfin, Manuel R. a été condamné à une peine de 18 mois dont 9 mois assortis du sursis probatoire avec obligation d’indemniser les victimes, d’effectuer un stage de citoyenneté et d’exercer une activité professionnelle ou de faire une formation professionnelle.
Les trois prévenus bénéficiaient d’un délais de dix jours faire appel de ce jugement. « Il est très probable qu’ils le fassent », confiaient à la sortie du tribunal l’avocate des gendarmes.
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