
Au lendemain du premier tour de ces municipales 2026, Robert Ménard, fraîchement réélu, a retrouvé son bureau en mairie. Il relâche la pression et se projette dans ce troisième mandat. Entretien.
Comment allez-vous au lendemain de ce premier tour ?
Je souffle un peu. La campagne n’a pas été facile. Là, c’était désagréable. Et au-delà des invectives – c’est souvent du cinéma – il faut avoir du sérieux dans les propositions, sinon on se moque des Biterrois. On peut débattre d’un certain nombre de choses mais on pourrait s’entendre sur un minimum. Oui sur la pauvreté, il y a des choses qui ont fonctionné, d’autres moins. Mais tu ne peux pas dire que la ville n’a pas changé en 12 ans. D’ailleurs, tu ne peux tellement pas le dire : les Biterrois te répondent en donnant (leurs votes NDLR). Vous imaginiez que je pouvais avoir un score pareil, avec une liste du RN ? Moi non. Je ne pensais pas que le Rassemblement national ferait aussi peu. Et La France insoumise encore moins. Ensuite, je ne savais pas comment se répartiraient les voix des deux Thierry (Mathieu et Antoine NDLR). L’un a profité d’un vote utile, plus que l’autre. Mais ça ne changeait pas grand-chose.
Vous avez donc été surpris, dimanche soir, d’un tel score ?
Bien sûr. Vous croyez qu’il y avait quelqu’un dans ma liste qui imaginait qu’on allait faire un score comme ça ? Je suis heureux et surpris. Ça dit des choses importantes : que les Biterrois sont contents. En même temps, je le voyais bien, je me promène dans cette ville, les gens sont adorables avec moi, affectueux… Parce que je ne suis pas compliqué à aborder, j’ai d’autres défauts, je suis un mec autoritaire, mais paradoxalement, pas compliqué à aborder. Donc je le voyais bien mais je n’imaginais pas ça. Et je n’imaginais pas que le RN serait à moins de 9 %, dans une ville où il pensait que sur son seul nom, il gagnerait des voix grâce un socle… Peut-être que moi je le pensais aussi… […] Mais vous savez ce qui nous fait gagner ? C’est la vidéo « J’aime Béziers » parce qu’elle est pas politique, parce qu’elle est positive, elle parle aux Biterrois, au-delà des courants politiques. Je me suis rendu compte que les gens ont plus envie de ça que de discours politique, les gens, ils ont envie qu’on les aime.
Les réseaux sociaux, justement, c’est un bon baromètre ? C’est là que se joue la campagne ?
La question ne se pose plus. On peut regretter un certain nombre d’excès mais aujourd’hui, il est impossible de ne pas être sur les réseaux. À la fois, ils ne disent pas grand-chose quand vous avez 50 vues. Mais quand c’est des milliers, des dizaines de milliers, parfois des centaines de milliers – ça m’est arrivé pendant la campagne – de gens qui regardent quelque chose : tu ne peux pas ne pas le prendre en compte. Et c’était un des éléments qui nous faisaient dire qu’on allait gagner. Les réseaux sociaux te ramènent à une réalité : il y a toute une partie des gens qui s’intéressent à la politique et aux élections avec d’autres critères. Il faut leur parler avec leurs mots. Et les réseaux, c’est prendre la mesure de ce qui touche les gens.
Que retenez-vous de ce scrutin, comment analysez-vous les chiffres ?
Ma plus grande satisfaction, c’est le mauvais score de La France insoumise (3,66 % NDLR). Parce qu’elle parie sur ce qu’il y a de plus mauvais chez les gens, sur leur haine des flics, sur une jalousie des uns des autres, parce qu’elle croit que si on tient des propos antisémites, les musulmans vont voter pour vous. Ça veut dire que la communauté musulmane biterroise ne se laisse pas guider par des choses aussi nulles, elle vote comme tout le monde. Et dieu sait que j’ai des paroles rudes sur l’immigration non contrôlée. Donc ça m’a réjoui pour Béziers : ça veut dire que tu ne peux pas aller dire n’importe quoi aux gens. Ils savent que l’opposition n’est pas entre les gens issus de l’immigration et les autres mais entre ceux qui se comportent bien et ceux qui se comportent mal. Je me contrefous de l’origine d’un mec qui se comporte mal, je veux juste qu’il soit sanctionné.
Et le premier enseignement, c’est le RN. La leçon, c’est que oui, la personnalité. Oui la ville, son histoire, compte. Qu’est-ce qui pouvait justifier qu’il se présente contre moi ? C’est une vendetta à mon égard de Jordan Bardella et il a trouvé quelqu’un pour porter le dossard. Le RN, ça leur apprendra, j’espère que ça leur servira de leçon. Monsieur Bardella, il ne veut pas des alliés, il veut des vassaux…
La participation à Béziers, 56,43 %, reste faible…
C’est un problème. Aujourd’hui, la méfiance, le discrédit par rapport aux politiques, finira par toucher y compris les élections municipales et les maires. Or, les maires restent les élus les plus populaires en France. Mais il faut changer. Faire de la politique différemment. Mais pas en demandant sans arrêt leur avis aux gens, je n’ai jamais rencontré à Béziers quelqu’un qui me parle de démocratie participative. Les gens s’en contrefoutent. Ils ont besoin qu’on fasse ce qu’on leur dit qu’on va faire.
Vous avez répété que votre réussite, c’est la fierté retrouvée des Biterrois, mais êtes-vous fier à titre personnel ?
Oh, c’est un truc que je ne dirai à personne, si ce n’est à ma femme. Après oui, bien sûr, hier, j’étais fier de ce que j’avais fait. On est pied-noir, mon père, s’il avait su que je serai maire, un jour, de Béziers… Quand j’ai eu la Légion d’honneur, plein de copains m’ont dit « Tu ne vas quand même pas accepter la Légion d’honneur », et je l’ai acceptée pour mon père (il est ému). Oui bien sûr, quand je suis sorti, que les gens m’ont embrassé, ça m’a touché. Et puis, on a du temps, là, pour faire encore plein de choses. J’ai plein d’idées.
Justement, quel est le dossier au-dessus de la pile ?
Il y en a deux, symboliques. D’abord, la liaison entre la cathédrale et Saint-Jacques, ça va être merveilleux de marcher sur l’emplacement des anciens remparts. Elle sera finie fin 2028 début 2029. Et la deuxième chose, c’est évidemment Béziers Antique.
Un projet qui a pourtant été beaucoup critiqué pendant la campagne…
Mais c’est ridicule. Oui, c’est un projet invraisemblable mais on a un partenaire qui va payer ça, la Ville ne va rien payer du tout, l’Agglo va financer 3 millions en 5 ans pour les infrastructures d’accès, etc. On va toucher des royalties chaque année. Et Kléber Rossillon (prestataire qui pilote le projet NDLR) met 13 millions d’euros. Summum de la critique : ça va être comme le Puy du fou ! Mais enfin, il a été élu plus beau d’attraction du monde ! Ensuite, pour le quotidien des gens, c’est évidemment les questions de sécurité et la voirie. Et il y a d’autres choses, j’ai fait 60 vidéos sur ce qu’on allait faire.
Sur l’Agglo, comment voyez-vous la suite ?
Je ne m’inquiète pas. D’abord on a beaucoup d’élus (24 NDLR). Et je sais le travail qu’on a fait. Quand on compare avec ce qui a été fait avant – sous la présidence de Lacas – soit une piscine plantée au milieu des vignes qu’on est encore en train de réparer… Et quand ils disent que tous les lundis, tout le monde siégeait, mais tous les vendredis précédents, il y avait une réunion de groupe à laquelle je n’ai jamais été invité.
Si vous étiez élu président, est-ce que vous modifieriez ce mode de gouvernance qui a exclu une partie des maires lors du précédent mandat ?
Non, bien sûr que non. Pourquoi vous ne me demandez pas la même chose au conseil municipal ? Est-ce que je vais intégrer Thierry Mathieu aux décisions, à l’exécutif ? Non. Et je ne le ferai pas plus pour l’Agglo. Il y a des gens avec lesquels il m’est impossible de travailler.
Enfin allez-vous continuer vos allers-retours à Paris à un rythme aussi effréné ?
Est-ce que je vais continuer à aller deux après-midi par semaine à Paris, dont un le dimanche ? Et je précise que je quitte Béziers en début d’après-midi le mercredi et je rentre le soir. Quant au dimanche, demandez à ma femme si elle ne pense pas que je devrais être plutôt à la maison… C’est une de mes forces !
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