Dans son fauteuil roulant, Jean-Marie S. remonte par la rampe longeant les grandes marches de la salle des pas perdus du palais de justice de Pontoise afin de rejoindre la salle d’audience de la cour criminelle vendredi 13 mars 2026. À l’aide de sa canne, l’homme de 55 ans se met debout à l’entrée de la présidente et de ses assesseurs avant de se rasseoir dans son fauteuil, s’aidant de ses mains pour replier sa jambe droite qu’il a bien failli perdre au cours de la nuit du 15 novembre 2020 après s’être fait tirer dessus par Nicolas T., une policier appartenant à l’époque au service de renseignement intérieur (DGSI), dans leur résidence de Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise). Un tir qui a laissé le quinquagénaire handicapé à vie après avoir perdu cinq centimètres de tibia.
Placé sous contrôle judiciaire depuis novembre 2020, Nicolas T., comparaissait pour violence avec usage ou menace d’une arme suivie de mutilation ou infirmité permanente. Tout au long de l’audience, ce dernier a plaidé la légitime défense assurant avoir craint pour sa vie. Alors qu’il encourait une peine pouvant aller jusqu’à quinze ans de prison, l’ex-agent de la Dgsi a finalement été condamné à 4 ans de détention dont 3 ans avec sursis, mardi 17 mars. Ce dernier évite ainsi la prison, sa peine étant aménageable il l’effectuera sous bracelet électronique. La cour a aussi prononcé une interdiction de port d’arme pendant 15 ans et une peine de 10 ans d’inéligibilité.
« Un coup de sang »
C’est en pleine crise sanitaire, alors que les Français étaient confinés une deuxième fois depuis le 30 octobre, que s’est déroulé le drame. Cette nuit là, Jean-Marie S. n’arrive pas à trouver le sommeil. Le matin même, il a appris que sa mère, domiciliée en Belgique, se trouvait dans un état critique. Les règles de confinement l’empêchant de la rejoindre. Le quinquagénaire confie avoir alors beaucoup bu pour tenter de noyer son chagrin.
Mais, l’alcool ne le calme pas. Pire, la lumière provenant du lampadaire, situé en face de son appartement, qui illumine trop son salon, l’exaspère. « J’ai eu un coup de sang, je me suis dit que j’allais le débrancher », a-t-il expliqué.
C’est ivre qu’il sort de chez lui avec une pince plate et une pince étau, mais aussi une gazeuse. Un cache cou remontant sur le visage et sa capuche sur la tête, pour ne pas être identifié, il s’agenouille devant le lampadaire et commence à tenter d’ouvrir la trappe pour accéder au fil électrique.
Gazeuse et objet métallique
C’est à ce moment-là que Nicolas T., qui habite la même résidence et sort son chien, le surprend. L’agent de la Dgsi l’interpelle, lui demandant ce qu’il est en train de faire, sans toutefois signifier qu’il est policier. Jean-Marie S. se lève et s’apprête à rentrer chez lui pour ne pas avoir de problèmes. Il confie avoir reculé alors que Nicolas T. s’avançait vers lui.
De son côté, l’ancien policier explique à l’audience que le suspect s’était avancé vers lui avec sa gazeuse dans une main et un objet métallique, qu’il pensait être un couteau, il s’agissait en fait de la pince, après avoir remonté son cache cou pour dissimuler son visage. Il ajoute que ce dernier se montrait menaçant, sans toutefois réussir à expliquer en quoi il l’était. Au cours de l’enquête, il avait pourtant indiqué qu’après l’avoir interpellé Jean-Marie S. lui avait lancé : « c’est bon, je m’en vais. »
Appel 17
Il évoque également d’autres éléments nouveaux pour tenter d’expliquer, tant bien que mal, ce qui avait pu lui donner le sentiment qu’il était en danger alors que Jean-Marie S. souhaitait quitter les lieux sans histoire. Autant d’incohérences relevées par la cour auxquelles l’accusé n’a pas su apporter de réponses claires. Selon ses dires, c’est son appel au 17 qui aurait tout déclenché.
« Je suis collègue, j’ai sorti mon arme », lâche-t-il à l’opératrice son Glock 26 dont il ne se sépare plus depuis une agression subie un an plus tôt, à la main. Il explique que Jean-Marie aurait voulu s’en prendre à lui Sur l’enregistrement de l’appel à la police, on l’entend préciser que l’individu a une gazeuse, mais n’a jamais fait état d’une arme blanche.
« J’ai attrapé ma jambe. Elle pendait complètement, elle était coupée en deux »
Puis retentit la détonation, sans aucune sommation préalable. « Je me suis retrouvé couché au sol. J’ai attrapé ma jambe. Elle pendait complètement, elle était coupée en deux », témoigne Jean-Marie assurant n’avoir jamais vu l’arme de l’ex-agent de la Dgsi.
La détonation alerte les voisins. L’un d’eux filme alors la suite de la scène. Perdant beaucoup de sang, Jean-Marie S. rampe sur 71 m pour tenter de regagner son domicile afin d’alerter les secours. « Je me vidais de mon sang. J’ai la sensation que je vais mourir, j’ai très très peur », témoigne-t-il.
Les images montrent aussi Nicolas T. lui porter plusieurs coups jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre. Une autre vidéo le montre, à trois reprises, en train de balayer les bras la victime d’un coup de pied ce qui lui fait heurter la tête au sol. Pris en charge par les secours, Jean-Marie S., qui souffre d’une double fracture du tibia droit, est évacué en urgence vers l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où il est opéré une première fois durant 7 heures. La balle ayant pulvérisé son tibia, il subira de très nombreuses autres interventions. Sa jambe ne s’en remettra jamais.
Révoqué de la police début 2023, Nicolas T. a toujours plaidé la légitime défense, ce que la cour a écarté dans son jugement. Jamais il n’aura exprimé de réels regrets au cours de l’audience, se présentant tout long de son procès comme une victime.
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