L’IAraignée, monstre des réseaux sociaux, s’apprête à déferler sur le carnaval de Millau

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Le carnaval de Millau s’empare de l’intelligence artificielle avec l’IAraignée, créature géante tissée de fer et de satire. Symbole d’une emprise numérique grandissante qui vient perpétuer la tradition millavoise de fables enflammées.

Cette année encore, le Kollectif Karnaval frappe fort. Pour la 26e édition du carnaval de Millau qui se termine de coutume dans un joyeux brasier au Parc de la Victoire, les bénévoles ont concocté une créature aussi monstrueuse qu’actuelle : l’IAraignée, une araignée géante symbolisant l’emprise des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle sur nos vies.

« On se fait tous bouffer par les portables », résume un membre du collectif

Et cette fois, la bestiole est plus grosse, plus méchante, et surtout plus explosive que jamais. Plus qu’une simple marionnette, une allégorie grinçante où chaque patte pointe de son ombre inquiétante sur un domaine menacé ou prochainement transformé – on l’imagine – par l’insatiable boulimie de cette intelligence artificielle.

« On noircit volontairement le trait, c’est le carnaval », explique David Libourel, dessinateur et directeur artistique du projet. « L’IA a des côtés positifs, mais ici, on caricature ses dérives. » Et pour ça, rien de tel qu’un arthropode prédateur se délectant d’un cerveau grand ouvert, crachant prochainement ses toxines numériques sur la foule.

Un mois et demi de travail acharné

Depuis un mois et demi, une vingtaine de bénévoles s’activent pour donner vie à ce monstre de fer et de carton. « Certains viennent pour coller du papier, et finalement, ils restent pour tout faire ! », s’amuse l’un d’eux.

Entre soudures acrobatiques, équilibrage des pattes (un vrai casse-tête physique) et remplissage de cartons ultra-résistants pour prolonger la combustion, chaque détail compte. « Les pattes sont en tubes et segments, comme un squelette d’insecte géant », détaille le Kollectif. « Les soudeurs testent la solidité en frappant les soudures et en s’y suspendant ».

La tradition des animaux caricaturaux

Pourquoi une araignée ? Depuis un quart de siècle le carnaval de Millau cultive une tradition aussi insolite que percutante : celle de donner vie à des créatures animales géantes pour mieux dénoncer les travers de l’époque.

L’araignée de cette année s’inscrit dans cette lignée de monstres symboliques qui ont défilé avant elle – le requin vorace de la mondialisation, le rhinocéros blindé de l’extrême droite chargeant les valeurs démocratiques, ou encore le crapaud visqueux du masculinisme crachant le venin de la misogynie

Des choix qui ne doivent rien au hasard. « Les animaux permettent une distance ironique tout en frappant fort » explique David Libourel, l’âme créative du collectif. Ils fonctionnent comme des miroirs déformants : on reconnaît immédiatement le danger qu’ils incarnent, mais sous une forme si grotesque qu’on en rit avant d’en avoir peur. »

Une technique qui rappelle les fables d’Ésope ou les gravures de Grandville, où la métaphore animale servait déjà à critiquer les puissants. L’araignée en particulier est un symbole parfait pour 2026. « Elle tisse sa toile comme les réseaux sociaux tissent leurs filets autour de nous », poursuit David. « Ses huit yeux rappellent cette surveillance permanente, et ses pattes qui s’étendent partout évoquent l’emprise tentaculaire des algorithmes. »

Mais au-delà de la métaphore technologique, c’est toute une tradition millénaire qui resurgit : celle des bestiaires médiévaux où chaque animal portait un message moral, ou des dieux égyptiens à tête de faucon ou de chacal, hybrides monstrueux chargés de sens.

« Chaque année nous choisissons une bête qui parle à notre époque. Avec l’araignée, on est sûrs que tout le monde fera le lien » avec ces fils invisibles qui nous relient – et parfois nous enchaînent – à nos écrans.

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