Fondateurs à Millau du Manoir aux histoires, Célia et Étienne défendent un graphisme humain et poétique, loin des algorithmes et de la production standardisée.
Dans leur atelier baigné de lumière, entre les cadres sérigraphiés et les croquis éparpillés, Célia et Étienne donnent vie à des univers où chaque trait compte. Ici, au Manoir aux histoires, le graphisme n’est pas qu’une question d’esthétique : c’est une aventure humaine, une ode à la lenteur créative, une résistance douce à l’uniformité.
Deux âmes, une même passion
Née à Millau, sur cette terre aveyronnaise qu’elle porte en elle, Célia, c’est la poétesse des formes. Graphiste, artiste, sérigraphe, elle puise son inspiration dans l’Histoire, les étoiles et les jardins. Son style ? Des lignes douces, des couleurs apaisantes, une touche de rêve. « Je veux que mes créations parlent aux gens, qu’elles évoquent des souvenirs, des rêves… Comme une madeleine de Proust, mais en visuel. »
Explorateur des possibles, lui, c’est Étienne, le Montpelliérain de la bande qui apporte l’audace et le jeu dans leur duo. Graphiste, artiste, et amateur de pizzas, il adore les défis, les récits visuels et les idées un peu folles. Sa signature ? Tout essayer, tout oser, sans se prendre au sérieux. « La sérigraphie, c’est comme un jeu de construction : on superpose les couleurs, on teste, on s’amuse. Et parfois, ça donne quelque chose de magique. »
L’art de la main et de la patience
Graphistes depuis dix ans, ils ont ajouté une nouvelle dimension à leur travail : la sérigraphie. Une technique ancestrale, manuelle, presque méditative, qui leur permet de donner une âme à leurs créations.
Dans leur atelier, pas de machines bruyantes, pas d’algorithmes. Juste une presse, des cadres, une racle et des heures de travail. Chaque affiche est imprimée à la main, couche par couche, couleur par couleur. « On pourrait aller plus vite avec des outils numériques, mais ce serait perdre l’âme du processus. Ici, chaque pièce est unique, comme une signature. »
Épuré, graphique, parfois naïf, mais toujours vibrant, leur style varie au gré des envies. Parfois noir et blanc, sobre et intemporel. Parfois plus coloré, comme surgi d’une explosion de couleurs fluo tel un hommage à la joie de créer.
Transmettre, partager, s’émerveiller
Le Manoir aux histoires n’est pas qu’un atelier. C’est aussi un lieu de transmission. À la MJC de Millau, le duo propose une initiation à la sérigraphie, pour faire découvrir aux petits et aux grands la magie de l’impression manuelle.
« Voir un enfant comprendre comment une image prend vie sous ses doigts, c’est un bonheur simple et pur. » Et puis, il y a les rencontres aux hasards des marchés qu’ils fréquentent avec une gourmandise certaine. De ces rencontres, de ces échanges, de cette confluence d’énergies, ils le reconnaissent volontiers : « On est devenu addicts ! »
Des fresques aux supports de communication
Varié, éclectique, souvent sur mesure, leur travail s’exporte dorénavant bien au-delà des frontières de la cité du gant. Identités visuelles pour des entreprises, affiches sérigraphiées vendues sur les marchés ou en ligne, fresques murales, comme celle, discrète mais pleine de charme, qui orne les toilettes de la pizzeria Auguste à Millau, le Manoir aux histoires ose tout ou, du moins, ne s’interdit rien.
« Une fresque, c’est comme une histoire : elle doit captiver, surprendre, faire sourire. Même dans les toilettes ! » s’amuse le couple, sûr de sa force et de cette authenticité qui résiste à tout. Même à l’insatiable appétit de l’intelligence artificielle que certains voient déjà remplacer les graphistes
Une trace de la main de l’artisan
Au Manoir aux histoires, Célia et Etienne en conviennent, les clients ne viennent pas pour de l’instantané, mais pour une création, une identité visuelle cohérente, une âme, une trace de la main de l’artisan.
Une chose est sûre. Entre ateliers – tel celui qu’ils vont animer à Millau dans le quartier Cantaranne avec la MJC – fresques, expositions, marchés, peut-être même une boutique permanente, Célia et Etienne ne s’ennuient pas. « On ne sait pas où on ira, mais on sait qu’on y ira ensemble, avec nos pinceaux, nos racles… Et nos rêves. »







