Loto du Patrimoine 2026 : "sortir de l’oubli des lieux qui ont eu une histoire"… La manufacture royale de Montolieu adoubée par la Mission Bern

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Désigné site emblématique en Occitanie pour le loto du Patrimoine 2026, cet édifice audois, témoin de l’histoire textile du Languedoc, va pouvoir faire l’objet d’une nouvelle rénovation, comme de nombreux autres lieux en région.

La manufacture royale de Montolieu a touché le gros lot. Ce mardi soir, ce site historique situé au cœur de la montagne noire, a été retenu parmi les 18 projets emblématiques de la Mission Bern qui bénéficieront du soutien financier du prochain loto du Patrimoine. « En neuf ans, la Mission qui porte mon nom a mobilisé 365 M€, ce qui a déjà permis de sauver 780 sites partout en France« , a rappelé, au moment de dévoiler les lauréats – dont le célèbre fort Boyard –, l’animateur de télévision Stéphane Bern, héraut du patrimoine en péril.

Parmi ces bijoux patrimoniaux qui ont déjà retrouvé vie, certains sont en Occitanie, le jury sélectionnant chaque année, sur les centaines de candidatures déposées sur Missionbern.fr « près de 650 pour cette édition 2026« -, un site par région. C’est ainsi que ces dernières années, des sommes conséquentes ont concouru à la restauration du Fort Brescou à Agde (335 000 €), de l’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse (232 000 €), de la maison de l’intendance du Jardin des plantes de Montpellier (767 000 €) ou encore du pont-aqueduc romain d’Ansignan (321 000 €). « Tous ces sites ont non seulement bénéficié des gains du loto du patrimoine, mais cette exposition médiatique suscite généralement aussi des dons importants de mécènes ou de particuliers depuis notre site internet« , se réjouit Patrice Genet, délégué régional Occitanie-Méditerranée de la Fondation du Patrimoine. Si les propriétaires de la manufacture royale de Montoliou ne connaîtront leur part du gâteau issu de la loterie nationale qu’en septembre prochain, lors des Journées du Patrimoine, les expériences des sites chanceux qui les ont précédés ouvrent des perspectives intéressantes.

Présent à Paris aux côtés de Stéphane Bern, Patrice Genet rappelle que pour séduire le jury, il faut répondre à quatre critères : « l’intérêt patrimonial et culturel ; l’état de péril ; la maturité de projet de restauration ; son impact sur le territoire et le projet de valorisation« , énumère-t-il. L’ancienne usine de laine de Montoulieu, dont les murs encore chancelants doivent accueillir à terme des séminaires et conférences, cochait toutes les cases.

448 projets en région ouverts au mécénat

Cette manufacture royale audoise devient aussi, pour une année, le symbole de l’action de la Fondation du patrimoine en région. Car derrière le lauréat, c’est une multitude de projets qui sont soutenus par des bénévoles passionnés.« Nous avons un délégué par département et des délégués territoriaux qui œuvrent à l’échelle des intercommunalités. Sur l’ex-Languedoc-Roussillon, cela représente près de 50 personnes, toutes amoureuses du patrimoine, qui parcourent la région pour sortir de l’oubli, donc d’une possible dégradation, des lieux qui ont eu une histoire« , détaille Patrice Genet.

Patrice Genet, délégué régional de la Fondation du Patrimoine. L.T.

C’est souvent une municipalité qui manque de moyens pour restaurer la chapelle, un pont ou le lavoir du village, mais cela peut être aussi une association ou un particulier qui souhaite remettre sur pied un château en ruines ou un domaine. « On vérifie si le projet est mûr, crédible, et le cas échéant, comme le permettent nos statuts depuis 1999, on lance un appel au financement participatif depuis le site internet de la fondation« . Actuellement, ce sont ainsi 448 projets en Occitanie qui sont proposés au mécénat populaire, dont la moitié côté ex-Languedoc-Roussillon.

Buron, moulin, tableau, musée…

Ces projets sont très divers, du buron de la Cure à Nasbinals, au fort Dugommier à Collioure, en passant par le moulin de Rédounel à La Couvertoirade, un tableau de l’église de Saint-Gervais-sur-Mare ou le musée du désert à Mialet.

Les objectifs de dons diffèrent d’un lieu à l’autre, mais l’aide des particuliers peut s’avérer conséquente.« Une donatrice a donné 100 000 € pour la chapelle Notre-Dame de la Salette, située en haut du mont Saint-Clair à Sète, parce que c’est là qu’elle s’est mariée. On dépasse, ici, 300 000 € de dons, c’est énorme. En moyenne, on atteint généralement entre 30 000 et 100 000 €, ce qui représente une bonne bouffée d’oxygène pour le propriétaire et peut lui permettre d’aller demander des subventions auprès des collectivités« , décrit le délégué Occitanie-Méditerranée.

Un premier pas…

Parfois, ce premier pas ouvre aussi à d’autres mécénats, notamment d’entreprises en quête d’une image RSE… et de défiscalisation. Ainsi, la goélette Miguel-Caldentey, qui jadis transportait farine et agrumes en Méditerranée, a reçu 100 000 € de Total Énergies pour naviguer, bientôt, au large de Port-Vendres, avec un nouveau mât réalisé en pins de Cerdagne. Dans le Gard, à Corbès, la chambre des notaires a ajouté 20 000 € pour remettre sur les rails une vieille locomotive à vapeur.

Des draps de laine à la culture

Douzième manufacture textile du Languedoc, l’usine audoise de Montolieu, érigée en manufacture royale en 1734, a produit à son apogée plus de 2 000 londrins de draps de laine, exportés vers le Levant et la Chine. Après la Révolution, elle continua le tissage de lin pour les armées napoléoniennes. Puis, lors de "La Retirada", 400 réfugiés républicains espagnols y ont été internés. En 1940, un industriel belge la racheta et transporta deux trains de machines-outils pour la confection de balles de textile, jusqu’à la fermeture de l’usine en 1968. Une partie des 6 300 m² de constructions a été inscrite au titre des monuments historiques en 2004. Depuis l’acquisition du site en 2008, la famille propriétaire a réhabilité la maison de maître des années 1940 en créant des chambres d’hôtes. Elle a aussi transformé les anciens ateliers encore couverts en centre d’art, abritant ateliers d’artistes ou salles d’exposition et de spectacle, un site qui a trouvé toute sa place dans ce village du livre et des arts. Mais les toitures des ateliers du XVIIIe siècle s’effondrent, menaçant une grande partie des bâtiments industriels pour lesquels les propriétaires nourrissent des projets, comme l’accueil de séminaire et de conférences ou l’hébergement d’artistes. Le loto du Patrimoine doit contribuer à assurer cette nouvelle vie d’un lieu historique.

Et cela peut donc aller jusqu’au gros lot.« On débusque parfois des pépites patrimoniales dont on ignorait l’existence à l’image de la Folie de Cadenet, située en pleine garrigue à Castries« , commente Patrice Genet. Un véritable coup de cœur partagé par le jury de la Mission Bern, qui l’a consacré parmi les 96 sites emblématiques départementaux – décernés chaque année en septembre – avec un gain de 300 000 € en 2021. Depuis, elle a retrouvé toute sa superbe. Comme, bientôt, les ateliers de la manufacture de Montolieu.

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