"Même un mouton n’a pas le droit d’y paître" : des élus dénoncent l’autorisation de forage sur le périmètre de la source d’Issanka pour le chantier LGV Montpellier-Perpignan

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Neuf forages, dont un à 80 m maximum a été autorisé par la préfecture dans le périmètre de protection rapprochée de la source d’Issanka qui alimente Sète en eau potable. Et ce en vue de la construction de la LGV entre Montpellier et Perpignan et dont la phase 1 devrait démarrer en 2029.

Deux mauvaises nouvelles sont arrivées ces derniers jours pour les détracteurs du tracé de la future LGV Montpellier-Perpignan (LNMP) à travers le bassin de Thau. En premier lieu, Carole Delga qui appuie un projet dit-elle,« majeur pour les habitants d’Occitanie et pour l’avenir économique de notre région », a annoncé dans Midi Libre, que les travaux entre Montpellier et Béziers commenceront bien en 2029. Une avancée dans le chantier qui se concrétise déjà par un arrêté préfectoral du 8 avril dernier la préfecture qui fait bondir dans le landerneau. C’est le moins que l’on puisse dire. Le texte autorise « par dérogation aux interdictions de construction et réalisation de forage prévues à l’article 6 de l’arrêté préfectoral du 9 décembre 1988 modifié […] d’autoriser les investigations complémentaires proposées par la SNCF Réseau ». Autrement dit, la réalisation de « trois sondages de reconnaissance destructifs avec tubage à l’avancement d’une profondeur maximale de 80 mètres à proximité du profil géophysique ; la réalisation de deux forages carottés de 20 mètres de profondeur ; la réalisation d’une quinzaine de sondages destructifs de 1 à 1,5 m de profondeur répartis sur la zone d’affleurement ou à défaut, des fosses d’infiltration« .

« Un choix politique inacceptable »

Une aberration selon Laura Seguin, élue d’opposition à la Ville et de Sète et à l’Agglo qui dénonce « une décision grave », en contradiction « majeure » rappelle-t-elle avec la déclaration d’utilité publique de protection de la source d’Issanka, implanté sur plusieurs communes et alimente Sète en eau potable, datant de 1988. « Une infrastructure de transport à grande vitesse est donc aujourd’hui autorisée à prendre le pas sur notre ressource en eau. C’est un choix politique inacceptable. Aucune solution alternative crédible n’existe pour remplacer cette ressource », a-t-elle dénoncé il y a quelques jours dans un communiqué en date du 11 avril, de même que le comité des usagers du bassin de Thau, cycle de l’eau. L’élue Nouvelles Pages pointe également l’avis négatif qu’avait émis le 22 octobre 2025 au sujet de ces forages le bureau de la Commission locale de l’eau (CLE) du SAGE des bassins-versants de la lagune de Thau et de l’étang d’Ingril, alors présidée par Michel Garcia, ancien vice-président de l’Agglo.

Une motion présentée au conseil municipal de Sète

Il rappelait dans son courrier adressé au préfet de l’époque, François-Xavier Lauch, dans le cadre de l’enquête préalable à l’autorisation environnementale pour la phase 1 du chantier, que les travaux préparatoires, soit neuf sondages, décrits dans le dossier présenté par SNCF Réseau « sont incompatibles avec l’orientation C du Sage de Thau-Ingril ». Autrement dit avec la préservation des ressources locales en eau douce et la sécurisation de l’alimentation en eau du territoire des 14 communes. « Cet avis n’a pas été pris au doigt mouillé, mais en fonction des orientations du Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux), un document qui passe au-dessus du Scot et du PLU ! Il faut quand même savoir que dans le périmètre protégé, même un mouton ne peut pas paître à cause des risques de pollution de ses urines et excréments ! », lâche Michel Garcia, qui a suivi le dossier à la CLE. Il est d’ailleurs, précise-t-il intervenu une nouvelle fois en janvier dernier au sein d’une réunion en préfecture portant sur les conséquences de la sécheresse. « L’arrêté était déjà dans les tuyaux et j’ai exprimé le désaccord de la CLE ». « Ce qui m’agace, martèle l’ancien élu de Villeveyrac, c’est que le préfet s’assoit sur la démocratie locale, la CLE c’est le parlement de l’eau, il y a des gens de tout bord, de l’État d’ailleurs, et les décisions y sont prises à l’unanimité, à travers le compromis et non les compromissions. » De là à dire que l’arrêté préfectoral du 8 avril serait attaquable devant la justice, il n’y a qu’un pas, dit-il. Le groupe d’opposition Nouvelles pages pour Sète a rédigé une motion pour exiger le « strict respect de la DUP de 1988 » qui sera présentée au conseil municipal de Sète lundi 20 avril.

La préfecture dit vouloir « acquérir davantage de données sur les hydrosystèmes »

Outre la préparation du chantier, en particulier du chantier, la préfecture de l’Hérault justifie son arrêté d’autorisation de forage malgré la protection du périmètre de la source d’Issanka, par "la nécessité d’acquérir davantage de données locales sur le fonctionnement des différents hydrosystèmes avant de pouvoir se prononcer sur la faisabilité du projet de LNMP sans risque d’altérer quantitativement et qualitativement le champ captant d’Issanka en phases travaux et exploitation compte tenu de sa vulnérabilité". Les services de l’Etat estiment également que ces forages ne "bouleversent" pas "l’économie générale" de la DUP de 1988 "à cette étape du projet". Ce qui n’était pas l’avis de l’Agglo lorsqu’elle s’était elle aussi opposée à cette demande de forage de la SNCF. Florence Sanchez maire de Poussan, où le viaduc ferroviaire devrait être implanté avait appuyé cette prise de position. "Ils veulent faire des sondages par rapport aux piliers du viaduc dont on ne sait pas encore où ils seront placés, mais le sous-sol est calcaire et s’ils vont trop en profondeur, ils peuvent toucher cette couche et la source peut être polluée."

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