Vendredi 10 avril, les urgences de l’hôpital de Béziers ont craqué. L’afflux, sans explication plausible, de patients a saturé la structure et l’attente a été énorme. Plus de 220 personnes s’étaient présentées au service, chaque jour, la semaine précédent. Qu’en est-il à présent ?
Que s’est-il passé ce vendredi 10 avril ? Le service des urgences de l’hôpital de Béziers a été saturé par un afflux massif de patients. À 22 heures, ils étaient 60 en attente de prise en charge. « Ce jour-là, explique Carole Gleyzes, de la direction de l’hôpital, notre service a comptabilisé 86 entrées en quatre heures. Cela représente 40 % de notre activité journalière. Cela a explosé à 18 h 30, alors que deux de nos médecins étaient sur le terrain en intervention avec le Smur. De fait, ils n’étaient plus présents sur place pour prendre en charge les patients arrivés aux urgences. »
Encore plus étrange, cette bousculade, amorcée la semaine précédente, s’est poursuivie toute la semaine qui a suivi. Alors que le service ne devrait pas dépasser 176 patients par jour, « c’est monté jusqu’à 207 personnes. Toute cette semaine, nous avons accueilli énormément de monde et nous avons dû nous rapprocher du centre 15 et de la régulation pour limiter les accès. Encore aujourd’hui, la situation est toujours très délicate. »
Saint-Privat aussi débordée
L’arrivée massive de patients, dans un même temps, est la cause de cette surcharge du service. Et la situation s’est répercutée sur les établissements voisins : « La clinique Saint-Privat accueille toutes les urgences relevant des spécialités qu’elle couvre, explique Nicolas Daudé, le directeur de l’établissement boujanais, qui dispose aussi d’un service d’urgences. Mais vendredi 10 avril, à 20 h 30, notre urgentiste, sollicité par le Samu, n’a pu proposer que les lits d’urologie dont il disposait du fait de l’encombrement de nos propres services et du flux important d’urgences reçues dans la journée. Nous préservons en effet l’urologie, puisque nous sommes le seul établissement de l’ouest Hérault à assurer la permanence des soins dans cette spécialité. Quoi qu’il en soit, nous avons eu un travail énorme cette semaine, même si nous sommes parvenus à faire face. Force est de constater que le flux est inhabituel. Nous avons accueilli plus de 100 personnes tous les jours. Malheureusement, quand bien même il y aurait plus de médecins traitants, les gens vont aux urgences… »
« Nous avons décidé de fermer et nous ne reviendrons pas en arrière »
La situation du service des urgences de la clinique Champeau est totalement différente. En effet, il fonctionne sans aides de l’État, comme un cabinet médical libéral. Il est ouvert tous les jours de 8 h à 20 h avec un médecin (il y a cinq associés), une infirmière libérale et une secrétaire salariée. À présent, les urgences sont fermées le dimanche et les jours fériés, mais pour une raison bien précise : « L’ARS (Agence régionale de santé) et la Sécu nous ont écrit pour nous dire que nous ne pourrions plus facturer 20 € de plus pour le service parce que nous travaillions le dimanche pour notre convenance, insiste, amer, le docteur Denis Bouvreau. Oui, nous ne sommes pas un service public, mais nous ne gaspillons pas l’argent public. C’est honteux d’écrire pareille chose à un praticien. Nous avons décidé de fermer et nous ne reviendrons pas en arrière. »
« Pour gagner notre vie, il faut travailler beaucoup »
Se retrouvent, en lien avec ces « urgences », toutes les spécialités proposées dans les autres établissements, sauf les urgences cardiologiques. « L’an dernier, ajoute encore Denis Bouvreau, nous avons accueilli 15 000 patients contre 17 000 à Saint-Privat. Alors que nous sommes fermés à 20 h et le dimanche. Pourquoi ce delta de différence ? Moi, je vous dis que c’est l’efficience. Parce que nous ne sommes pas des salariés et que les radiologues et autres personnes avec qui nous travaillons sont comme nous. Pour gagner notre vie, pour payer nos charges, il faut travailler beaucoup. »
Et le médecin de dénoncer : « Les services administratifs ne connaissent pas le terrain. Ils ne viennent jamais voir comment nous travaillons. Ils sont très loin de la réalité que nous vivons auprès de nos patients. De mon point de vue, les médecins salariés traînent des pieds. C’est pour toutes ces raisons que nous avons très mal vécu le courrier de l’ARS. Ici, à Béziers, on a pris les patients en otage. »








