Invitée du festival Itinérances à Alès, Juliette Binoche présente En nous, un documentaire qui plonge au cœur du processus de création. Entre danse et jeu, elle y explore l’apprentissage, le doute et la transformation artistique.
Éminente actrice, Juliette Binoche passe de l’autre côté de l’écran. À l’occasion du festival Itinérances, à Alès, elle présente En nous, une réalisation issue de l’atelier mis en place avec Akram Khan (chorégraphe britannique) en 2007, qui explore le processus de création et le dépassement de soi. Julie Binoche présentera En nous au Cineplanet, le dimanche 29 mars à 16 heures. Le film sortira quant à lui en salle le 3 juin 2026.
Dans En nous, vous donnez accès aux coulisses de la création…
Ce film permet aux spectateurs de rentrer dans une salle de répétition et d’avoir accès à des endroits qui ne sont habituellement pas montrés. Ces images ont été filmées par ma sœur, Marion Stalens (à l’origine de la captation vidéo), avec qui il y avait une relation de confiance, et sa présence nous a permis, avec Akram Khan, de nous livrer librement. On découvre la rencontre entre deux arts très différents : la danse, qui part du corps, souvent de l’extérieur, et le jeu, qui part de l’intérieur. Notre question était de savoir comment faire en sorte de pouvoir à la fois jouer et à la fois danser, alors que ces deux approches peuvent sembler opposées au départ.
Le film montre aussi un contraste très marqué…
Oui, on voit d’abord comment on travaille, comment on cherche, comment on se rencontre, alors qu’au départ nous ne nous connaissions pas et qu’il n’y avait même pas de sujet. On a passé six mois à travailler sur ce spectacle, à improviser, à répéter, à essayer de comprendre comment faire dialoguer ces deux pratiques. Puis, dans la deuxième partie, on découvre le résultat. Ce contraste est intéressant parce que ça n’a rien à voir : on passe d’un espace de recherche, parfois confus, à quelque chose de construit.
Vous vous mettez dans une forme de mise en danger artistique…
Oui, une « situation de danger » parce que nous étions débutants tous les deux. Moi, j’ai choisi d’apprendre à danser alors que je suis actrice, et Akram Khan s’est mis en danger en apprenant à jouer. On s’est dit qu’en six mois, on pourrait y arriver, ce qui paraissait assez impossible. Cela implique des peurs, des douleurs physiques ou émotionnelles, des moments de doute, mais aussi des joies. On montre ce qu’un artiste peut traverser, plutôt que le travail déjà fini. On a eu le courage de se mettre à nu, d’accepter d’être des débutants, avec tout ce que cela comprend.
Est-ce une manière de redonner une forme de vérité à l’art ?
C’est surtout pour donner envie aux gens de ne pas avoir peur d’être débutants. Beaucoup ont des envies qu’ils n’osent pas réaliser. Ce film montre que c’est possible. Ce n’est pas l’âge qui décide. Avec de la persévérance, de la foi et du désir, on peut aller vers des endroits nouveaux en soi. On peut se transformer et découvrir quelque chose qu’on ne pensait pas accessible.
On a le sentiment d’entrer dans quelque chose de très intime
Oui, j’invite le public dans l’intimité de la création, comme s’il était avec nous dans la salle de répétition. On voit des moments où l’on est fragile, où l’on doute, où l’on est parfois ridicule, où on a peur, où on a mal, où on rit aussi parce qu’on est perdu. Cela montre notre humanité. Au lieu de penser que c’est inatteignable, on se rend compte que c’est possible, que ce sont des étapes normales.
De passage à Alès
Pourquoi présenter ce film à Itinérances, à Alès ?
Je trouve important que ces films ne soient pas réservés aux grandes villes ou à des milieux spécialisés. On est tous possiblement des artistes, plus ou moins révélés, et c’est important d’être créateur dans sa vie. On peut être créateur partout, dans un village, dans une campagne. Ce film peut éveiller des envies chez des personnes qui se sentent loin de ces milieux-là.
Le titre du film s’adresse-t-il aussi aux spectateurs ?
Oui. Cette possibilité de créer est en nous tous. Il faut partir de la sensation, de ce que l’on ressent profondément. Il ne faut pas être seulement dans l’intellect ou dans la volonté, mais se mettre en relation avec cette sensation. Le corps garde une mémoire, une vérité, et en se connectant à cela, la création devient plus juste, à la fois personnelle et universelle.






