C’est, avec les fêtes de fin d’année, l’une des temps forts de l’année pour les chocolatiers. Si 83 % des Français en achètent, c’est pourtant avec des "arbitrages de plus en plus serrés", selon une étude de Bonial.
Peu importe la forme : en œuf, en poule, en poisson ou en cloche. Le chocolat reste, avec l’agneau, un incontournable de Pâques. « C’est 25 % à 30 % de mon chiffre d’affaires annuel », confie Bernard Manguin, artisan chocolatier à Clermont-l’Hérault (Hérault), à la tête de la Chocolaterie Le Blason. « C’est 25 % de mon activité de l’année », confirme Youcef Osmani, artisan chocolatier à Montredon-des-Corbières, près de Narbonne (Aude), à la tête des célèbres Chocolatiers Cathares.
C’est dire si, ces dernières semaines, la profession était sur le pont. Selon une étude récente du cabinet Bonial, « 83 % des Français déclarent acheter du chocolat pour Pâques ». Et 95 % des achats se font en magasins. « Les gens commencent à comprendre que l’on ne parle pas du même produit, selon que l’on va chez l’artisan chocolatier ou au supermarché », se félicite Bernard Manguin. « C’est une forte période, qu’il faut anticiper, ajoute Youcef Osmani, on a commencé le travail dès janvier-février ».
« 99 % des foyers français consomment du chocolat »
Si les Français restent fidèles au chocolat, ils doivent néanmoins faire des arbitrages et composer avec un budget de plus en plus serré. Selon le Syndicat du chocolat, les amateurs y ont consacré, en 2025, un budget moyen de 26 euros. « On a pu noter une baisse en volume (– 10,2%) des ventes de chocolat lors de la saison de Pâques 2025 par rapport à celle de 2024 », explique-t-on au syndicat.
Bonial, lui, estime que le « budget moyen consacré au chocolat atteint 55 euros, soit 4 euros de plus qu’en 2024 ». Signe que « les Français continuent de se faire plaisir ». « Ce que l’on observe, c’est que nos clients font le choix de la qualité, quitte à réduire leur budget », explique Bernard Manguin. « Aujourd’hui, 99 % des foyers français consomment du chocolat », appuie Gilles Rouvière, secrétaire général du Syndicat du chocolat.
« Il y a beaucoup de spéculations »
Car il faut composer avec un vrai handicap : les prix, notamment ceux du cacao, ne cessent d’augmenter. « Il y a beaucoup de spéculations, regrette Bernard Manguin. Le cacao est un produit coté en Bourse, il n’y avait aucune raison pour que les prix soient autant multipliés ». « Il y a une raison économique rationnelle et basique, insiste Gilles Rouvière. Entre le moment où l’on achète les fèves de cacao et le moment où l’on propose un produit fini, il se passe entre six mois et un an et demi ».
L’affaire du cadmium n’a aucun impact sur les achats
Il y a quelques jours, UFC-Que choisir publiait une enquête mettant en cause les risques de cadmium, un "élément métallique nocif pour la santé", dans le chocolat. En pleine période d’achats de Pâques. "Au début, quand l’article est paru, quelques clients nous ont questionnés, puis plus rien", confie Stéphanie de la Chocolaterie Le Blason, à Clermont-l’Hérault (Hérault). Cliente de cette même boutique spécialisée, Charlotte reconnaît "en avoir entendu parler". Mais, ajoute-t-elle, visiblement bien informée, "il y en a plus dans la pomme de terre ou la farine, que dans le chocolat". Cliente fidèle des Chocolatiers Cathares, présente sur le stand des halles de Narbonne (Aude), Catherine ne s’encombre pas de fioriture. "J’ai du monde dimanche midi, j’en achète pour en manger avec le café". Quand au cadmium, elle balaie le problème d’un revers de la main : "je n’en ai pas entendu parler". Elle ajoute : "les infos, je les regarde mais avec une force mon pauvre…". Secrétaire général du Syndicat du chocolat, Gilles Rouvière rappelle que "la réglementation est respectée par les artisans chocolatiers". Il met en avant une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), "qui confirme la très faible teneur de cadmium dans le chocolat, moins de 3 %".
Selon lui, « le cacao destiné à Pâques 2026 a donc été acheté il y a de nombreux mois, à un moment où les cours étaient particulièrement élevés en raison de la crise du cacao ». Youcef Osmani reconnaît une augmentation de ses prix « entre 4 % et 5 % ». Mais, ajoute-t-il, « si l’on veut que nos clients continuent à acheter nos produits, nous devons réduire nos coûts ». Il a mis en place une « nouvelle organisation du travail en équipes afin d’atteindre cet objectif, afin d’accroître la productivité ».
« Le prix s’impose comme critère numéro un »
Pour 70 % des consommateurs interrogés par Bonial, « le prix s’impose comme le critère numéro un ». « Nous, on sélectionne forcément par le prix, reconnaît Bernard Manguin, mais c’est parce qu’on propose des produits de qualité ». « Si les gens reviennent, c’est parce qu’on a de bons produits malgré tout, ajoute Youcef Osmani, et s’ils sont bons, c’est parce qu’on a les produits avec des matières premières de qualité. Et ça, ça coûte cher, puisque les prix de toutes ces matières premières ont augmenté, que ce soit la noisette, le beurre et tous les autres ».






