La hausse des prix des carburants tombe au mauvais moment pour les professionnels du tourisme. Les vacanciers hésitent à s’engager sans visibilité sur les prochaines semaines. "Nous sommes dans un imaginaire où les gens se demandent combien de pleins de voiture devront-ils faire pour arriver à destination", décrypte Jean-François Pouget, directeur général d’Hérault Tourisme. C’est dire le dilemme. De son côté, le patron du camping Méditerranée Plage, à Vias (Hérault), Philippe Robert qui préside la Fédération de l’hôtellerie de plein air Occitanie, évoque lui "un climat anxiogène, avec un prix de l’essence évidemment trop élevé".
Le début de saison est-il perturbé par les incertitudes autour du pouvoir d’achat, notamment avec la hausse du prix de l’essence ?
On part d’abord sur un historique d’une saison 2025 qui était très bonne. 2024 et 2025 ont été deux très bonnes saisons pour l’hôtellerie de plein air. Cette année, nous étions partis, au moment de la période de Noël, sur de bonnes réservations, ce qui laissait prévaloir une très bonne saison encore une fois. Puis, il y a eu un coup de frein au début de l’année et principalement depuis maintenant un mois, un mois et demi. C’est le résultat d’un climat anxiogène, avec un prix de l’essence évidemment trop élevé. Tout cela fait que ça a freiné. Mais c’est très paradoxal : il y a des effets ciseaux dans notre profession. Quand c’est compliqué pour le pouvoir d’achat, on est plus regardant. Mais aussi, plus le climat est anxiogène, plus on a envie de s’échapper, de partir en vacances. C’est donc difficile de mesurer. D’autant qu’il y a également le fait que beaucoup de gens ne partiront pas forcément en vacances à l’étranger, qui resteront en France.
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La chance que nous avons, dans l’hôtellerie de plein air, c’est que nous avons un tel panel d’offre de campings que nous sommes en capacité de satisfaire tous les profils de vacanciers. Cela part d’un camping très simple à petit prix jusqu’à un véritable village vacances 5 étoiles. Les François pourront donc s’y retrouver. Donc, globalement, je pense qu’au bout du compte, la saison devrait bien se faire, même si nous avons aujourd’hui un tout petit retard.
C’est-à-dire ?
On s’aperçoit, parce que ce n’est pas la première crise que nous rencontrons, que lorsque nous sommes sur une véritable crise avec des effets d’annonces importants, comme ce qui se passe actuellement, on sait chaque fois qu’il y a environ quinze jours à trois semaines où les réservations sont stoppées net et puis, comme s’il y avait une sorte d’acceptation d’un certain climat, les choses reviennent doucement.
Le budget essence est conséquent dans le budget vacances.
Depuis le week-end dernier, les réservations repartent fortement à la hausse. C’est marquant. Je me rappelle qu’un jour, il n’y a pas si longtemps, Emmanuel Macron était invité au 20 Heures. À un moment, il a prononcé le mot « guerre », il a dit « on est en guerre ». Dès le lendemain, nos réservations ont été plantées. Il n’y avait plus rien, zéro. Et puis, c’est revenu.
Y a-t-il des évolutions dans les comportements des vacanciers, du fait de cette situation compliquée, notamment du fait de l’augmentation du prix de l’essence ?
Nous remarquons effectivement quelques changements, notamment depuis que le prix de l’essence a augmenté fortement. Les gens essaient de trouver des destinations plus proches de chez eux. C’est clair. J’ai eu des confrères qui ont subi des annulations parce que les gens préféraient prendre des réservations dans d’autres établissements, plus près de chez eux. De plus, on a des séjours un peu plus courts. On sent bien quand même qu’il y a un problème de pouvoir d’achat, un problème de peur, un problème de prix de l’essence, de climat anxiogène. Mais même avec un budget réduit, on peut choisir, chez nous, un établissement qui correspond au prix que l’on veut mettre.
Avez-vous des annulations de clients qui viennent de loin et qui, du fait du niveau de prix de l’essence, préfèrent renoncer à leurs vacances dans la région ?
Personnellement, sur le camping de Vias, je n’en ai pas eu. Mais, comme je vous l’ai dit, j’en ai entendu parler chez certains confrères. Ça se comprend, le budget essence est quand même conséquent dans le budget vacances.
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Les Gîtes de France en baisse de 27 % sur la région
Directrice générale de Sud France, la plateforme de réservations des Gîtes de France sur les départements de l’Hérault, de l’Aude, des Pyrénées-Orientales et du Tarn, Stéphanie Nédélec observe les conséquences de la période d’incertitudes sur le niveau des réservations pour la saison touristique qui débute en ce milieu du mois d’avril. "Il y a une inflexion sur notre chiffre d’affaires global de 5 % et, surtout, une baisse de 27 % sur les réservations pour le mois d’août", note-t-elle. Les raisons sont multiples : "La guerre en Iran et la hausse du prix ces carburants ont amplifié une tendance qui s’était amorcée l’an dernier, avec la sécheresse et les incendies dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales". Signe de "l’attentisme" des vacanciers, le pic des réservations. "Habituellement, le pic arrive en février-mars, explique-t-elle. Là, nous sommes mi-avril et nous ne l’avons toujours pas". "Les gens semblent repousser leur décision sur leurs choix de vacances en attendant de voir comment les choses évoluent".
Les personnes qui viennent du nord de la France, le voyage finit par coûter cher avec un tel niveau de l’essence. Cela se ressent surtout sur la clientèle française. La clientèle étrangère, pour l’instant, est présente. Nous travaillons beaucoup sur notre région, avec la clientèle allemande et hollandaise. On craignait qu’elle ne vienne pas. Là, a priori, les réservations sont stables.
À ce jour, je suis en négatif principalement sur août, ce qui n’était jamais arrivé en 27 saisons.
La suite de la saison vous paraît-elle néanmoins compliquée, face à l’incertitude autour du prix de l’essence ?
L’essence aujourd’hui est à un certain prix. Mais qui est capable de dire combien elle coûtera au mois d’août ? Moi, je ne sais pas. On a bien compris que tout était possible, dans tous les sens. Donc, oui il y a une crainte, d’abord de notre clientèle, et qui se répercute sur nous. Nous, nous contractons maintenant pour dans trois mois. C’est notre particularité. À ce jour, je suis en négatif principalement sur août, ce qui n’était jamais arrivé en 27 saisons. Mais je sais que je serai complet en août. Ce sont les séjours les plus chers, ça veut bien dire que les gens font plus attention, ils vont réserver un plus tard.











