Durant cinq jours, Num’n Coop a sensibilisé aux dangers du numérique cinq jeunes accompagnés en Lozère par la Protection judiciaire de la jeunesse.
Fabriquer une fake news pour mieux s’en prémunir ; mesurer les répercussions du cyberharcèlement et du partage de contenus intimes ; comprendre les enjeux derrière les promesses miroitantes des influenceurs… Durant cinq jours, cinq jeunes accompagnés par la Protection judiciaire de la jeunesse ont participé à un stage de citoyenneté sur la désinformation et les dangers du numérique, mené par l’association Num’n Coop.
Dettes et réparations
Nicolas Bonnici, responsable d’unité éducative au sein de la PJJ explique : « Depuis 2021, le Code de la justice pénale des mineurs prévoit un jugement en deux temps : une première audience statuant sur la culpabilité, et une seconde, dans les six mois, sur les sanctions. Entre les deux un module de réparation peut être ordonné. Sa bonne exécution, ou non, aura un impact sur le prononcé de la sanction. »
Pour les infractions les moins graves, des mesures alternatives aux poursuites peuvent même être ordonnées en amont, par le Parquet, afin d’éviter au mineur de se retrouver face au Juge des enfants. « L’idée est de dire : “Tu es en dette envers la société. Comment peux-tu la payer sans passer par le tribunal ?”«
Des témoignages
Parmi ces dispositifs figurent notamment des stages de citoyenneté, mis en œuvre par la PJJ en fonction des infractions commises : stupéfiants, sécurité routière, violences… « Nous travaillons avec différents partenaires comme Addictions France, la Prévention routière, le Centre de rééducation fonctionnelle de Montrodat. Un ancien accidenté de la route, par exemple, est récemment venu témoigner devant nos jeunes. »
Ces mesures de réparation peuvent aussi prendre la forme d’une activité physique très engagée ou de la rédaction d’une lettre d’excuses : « C’est parfois mal compris, regrette Nicolas Bonnici. Mais demander à un gamin qui ne sait quasiment pas écrire de rédiger une lettre, c’est dur pour lui, ça va le faire transpirer. »
Ces stages sont aussi prétexte à évaluer et à travailler certaines compétences du quotidien : ponctualité, assiduité, vie en société, respect des consignes…
Déjouer la désinformation
Cette fois-ci c’est Num’n Coop, association en faveur du numérique pour tous et partout, qui est intervenue. Face à des jeunes âgés de 15 à 18 ans, parfois en décrochage scolaire, et contraints à l’exercice, Pierre Delmas Audiffren, médiateur numérique, a misé sur une approche ludique.
Dès le premier jour, le groupe a visionné le Jeu de la mort, expérience sociale cathodique inspirée des travaux de Milgram. « Cela permet d’aborder les techniques de manipulation et certains biais cognitifs comme la soumission à l’autorité, la dilution des responsabilités ou la conformité sociale. Pour ces jeunes, l’autorité n’est plus représentée par les scientifiques, comme à l’époque de Milgram, mais par les figures d’internet. »
Découverte technique
Doucement, la discussion a glissé vers leurs propres usages – temps passé en ligne, sources d’information, influenceurs qu’ils affectionnent, impact sur leurs propres comportements – et vers des sujets plus sensibles comme le harcèlement en ligne ou la diffusion de nudes (photos ou vidéos à caractère intime, NDLR).
Fil rouge du stage, le groupe a ensuite élaboré le scénario d’une fausse fake news. Pour les y aider, une journaliste est intervenue pour décrypter avec eux les mécanismes de la désinformation : titres racoleurs, absence de sources, sensationnalisme, témoignages anonymes… Utilisant toutes ces ficelles, les jeunes ont imaginé une intrigue, des personnages et se sont prêtés de bonne grâce au jeu d’acteur, d’interviewer et de technicien.
« Une sanction plus clémente »
« Ils ont tous manipulé la caméra, la perche et réalisé une partie du montage, du mixage et des effets spéciaux, précise Pierre Delmas Audiffren. L’objectif était que chacun soit actif sur le projet du début à la fin. Ce fut le cas et ils peuvent être fiers d’eux. »
Le résultat : une vidéo de cinq minutes proche du ton et du format Youtube, qui s’ajoutera favorablement au rapport transmis par la PJJ au magistrat, qui pourra alors décider de ne pas poursuivre. « Et si le mineur est déjà poursuivi, le tribunal pour enfants (TPE) sera davantage enclin à prononcer une sanction plus clémente », précise Nicolas Bonnici.
Pédagogie de valorisation
Depuis peu, le bon déroulement de ces mesures peut même être salué par une déclaration de réussite éducative de la part du TPE. Une véritable pédagogie de la valorisation pour des enfants souvent fragilisés dans leur estime, et bien loin du laxisme parfois reproché à la justice des mineurs : « Pour nous, à la PJJ, un jeune délinquant est avant tout un jeune en danger. Alors certes, on sait qu’il y a un risque de rechute et on ne prend pas les choses pour acquises. Mais ce que nous faisons ici permet de planter des graines dans leur esprit qui, nous le croyons, germeront un jour. »










