La commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, ce jeudi 19 mars, a pu finalement avoir lieu après de longues négociations et avec plus d’une heure de retard.
En temps normal, une cérémonie du 19 mars est réglée comme du papier à musique. Les dépôts de gerbe s’enchaînent, les anciens combattants sont décorés et les noms des 24 Biterrois morts pour la France en Algérie sont égrenés. Ce jeudi à 9 heures, d’ailleurs, rien ne semblait pouvoir contrarier ce rituel républicain : les drapeaux français du monument aux morts du plateau des Poètes flottaient au vent, bien en haut de leur mât. Mais à 11 heures, coup de théâtre : « Les drapeaux sont en berne, encore une fois, enrage Jean-Claude Llinarès, de l’ARAC, association d’anciens combattants proche du parti communiste. Les employés de la mairie ont dû passer discrètement dans la matinée… Mais cette fois, on dit non ! »
Dans notre édition d’hier, nous expliquions la position du maire Robert Ménard qui ne reconnaît pas le 19 mars comme date officielle de la fin de la guerre d’Algérie. Nous rapportions aussi l’engagement du sous-préfet Jacques Lucbereilh pour que « le pavoisement (soit) fait cette année comme il se doit pour une cérémonie commémorative nationale. » Un duel à distance qui s’est résolu après plus d’une heure de négociation – la cérémonie s’est finalement tenue – et dont voici les principaux épisodes…
11 h 15. Des adhérents de l’ARAC et des militants que l’on aperçoit souvent dans les manifestations pro-Palestine brandissent des tracts sur lesquels on peut lire « 19 mars 1962, paix en Algérie, pas de drapeaux en berne ! » Une femme porte même un drapeau algérien sur les épaules. La représentante de la préfecture intervient, puis un officier de la police nationale : « Tant que vous manifesterez, le sous-préfet ne viendra pas ». Les militants répondent : « Remettez les drapeaux en haut des mâts, et tout rentrera dans l’ordre. »
11 h 30. Le ton monte, et de plus en plus de participants sont persuadés que la cérémonie sera annulée. Thierry Mathieu, qui représente le conseil régional, tente une médiation : « Les drapeaux en berne, ce n’est pas normal, mais retirez-vous, sinon Ménard va gagner, grâce à vous ! ». Gérard Martinez, déployé dans le Sahara algérien à la fin du conflit, se désole : « Une cérémonie comme celle-là ne devrait rien à voir avec la politique, c’est d’abord le respect des morts ». Même Jean-Pierre Labeur, le représentant de la FNACA, une association plutôt proche de Robert Ménard, s’agace : « J’étais peiné de voir ça en arrivant, monsieur le maire fait ce qu’il veut… »
Gayssot calme les camarades
11 h 45. C’est finalement Jean-Claude Gayssot, ancien ministre communiste, qui obtient la reddition de ses « camarades ». « On s’est fait entendre », se félicitent-ils en rangeant tracts et drapeaux. La représentante de la préfecture lance un ultimatum : « Je vais rappeler le sous-préfet dans dix minutes. Si les perturbateurs sont encore là, il ne viendra pas et la cérémonie sera annulée. »
11 h 55. Les manifestants sont partis, la police garde les grilles, et chacun avale sa couleuvre sur la question des drapeaux : certes les mâts qui délimitent l’esplanade ont les trois couleurs en berne, mais les drapeaux apportés par la sous-préfecture, qui ont été disposés sur les marches du monument, et devant le podium, sont eux déployés. L’honneur en sauf.
12 h 07. Jacques Lucbereilh, sous-préfet, arrive enfin. La cérémonie se déroule sans incident. Le représentant de l’État quitte les lieux après avoir salué les anciens combattants, sans faire de commentaires. Ce qui n’est pas le cas de Thierry Mathieu : « S’approprier les symboles de la République comme le fait Robert Ménard, c’est un excès de pouvoir. J’espère qu’il y aura une réponse ferme des services de l’État. »







