Stéphanie Fuster danse Don Quichotte à Nîmes : "Je suis comme lui, je ne me contente pas de vivre les choses, j’aime les raconter, les partager"

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La danseuse et chorégraphe Stéphanie Fuster présente "Don Quichotte, une femme à la tâche" jeudi 26 et vendredi 27 mars, à l’Odéon à Nîmes

Que signifie le néologisme « se quichottiser » que vous utilisez pour parler de cette création ?

C’est faire de sa vie un roman, c’est partir dans la fiction, c’est être attiré par le fait de se raconter des histoires et d’en raconter aux autres.

Quichotte est un personnage très romanesque. Il y a un effet miroir, je suis comme lui, j’ai cette tendance à aller vers le récit. Je ne me contente pas de vivre les choses, j’aime les raconter, les partager. Et puis, il y a tout ce que comprend le récit, la joie, la peur, beaucoup d’émotion.

En tant que danseuse et chorégraphe, comment avez-vous mis le Quichotte sur scène ?

Je ne voulais pas donner ma version du Quichotte, mais montrer ce qu’il a fait dans ma vie, la rencontre avec cette œuvre. Cette œuvre existe en nous, dans la culture commune avant même de le lire.

On retrouve des aventures que vit Quichotte sur le plateau, un dialogue entre lui et moi. C’est un livre monde, impossible à résumer. J’ai choisi de balayer l’œuvre en m’arrêtant à certains endroits qui pour moi faisaient sens et donner plus de sens à ma vie. Comment une œuvre nous aide à vivre ? Comment elle me donne de la force pour me lancer ?

« Un livre monde, impossible à résumer »

Quels sont les éléments qui vous ont transformée ?

Ce que certains appellent sa folie, pour moi, c’est le courage de se lancer, de se déplacer, de sortir de chez lui tard dans sa vie. À 50 ans, il décide de vivre sa vie rêvée, la vie des chevaliers dont il a lu les aventures. Il a ce courage, même si en faisant l’expérience du monde, il va se heurter à sa grande violence. Il rencontre la moquerie, les stratagèmes, mais aussi l’amitié, la fidélité avec Sancho, ce double à l’opposé de lui-même… Il fait le pari que quelque chose l’attend dehors.

Cela rejoint votre précédent spectacle, « Gradiva, celle qui marche »… 

Totalement. Dans mes pièces, je travaille sur la mise en mouvement, le désir, ce qui fait qu’on se lance. Souvent, chez moi, cela se traduit par une rencontre avec une œuvre et avec toutes les personnes qui se sont lancées après cette œuvre-là. Quichotte, comme avec Gradiva, a inspiré beaucoup de personnes. Ce n’est pas pour rien, ce n’est pas juste parce que c’est très bien écrit, c’est aussi que cela transforme les vies de chacun. J’aime beaucoup m’insérer dans cette chaîne.

L’idée d’antihéros que représente Quichotte, sa fragilité vous touchent ?

Je suis plus attirée par les antihéros. En ratant tout, il devient éternel. C’est l’ingéniosité de Cervantès. Ce que j’aime, c’est cette modernité. En 1605, on présente un homme qui avait tous les apparats du chevalier, mais tout est faux. Il a inventé son nom, son costume est à moitié déglingué, sa monture est un vieux cheval. Et pourtant, quand on lit le roman, on l’adore. Quand je le lisais, le soir, j’avais l’impression de retrouver un ami.

Cela m’intéresse plus que quelqu’un qui est victorieux. Et le flamenco, c’est quand même l’art des perdants. Il y a quelque chose de l’ordre de brisure à l’intérieur du flamenco, de la fragilité de l’être qui malgré tout se tient debout.

Vous dites que « tout Quichotte respire le flamenco ».

Oui, on n’aura pas tous la même lecture du Quichotte ou du flamenco. Moi, l’endroit où ça m’attrape, c’est plutôt dans l’épure. Quand j’ai rencontré le flamenco, c’était un guitariste, une danseuse, un chant, un plateau vide, un mur à la chaux, c’était pauvre. La violence et l’humour qu’on retrouve dans le Quichotte, c’est très flamenco.

Parlez-nous l’Alberto Garcia qui vous accompagne sur scène…

Je travaille avec lui depuis plus de 20 ans, c’est un merveilleux chanteur. Il a une très belle corporalité, j’avais envie de mettre ce chanteur dans ce rôle qui est à la fois Sancho, mais aussi Alberto Garcia, c’est-à-dire que c’est lui-même qui joue son propre rôle de chanteur. Il suit, il appuie… Sancho est très important dans le livre, il devient de plus en plus intelligent, de plus en plus sensible à travers l’œuvre. J’avais envie de mettre le chanteur à une autre place, d’avoir un rapport un peu plus tendre, plus humain avec lui. Il a accepté d’aller beaucoup plus loin que ce qu’il fait d’habitude en tant qu’acteur.

Jeudi 26 et vendredi 27 mars, 20 h. Odéon, rue Pierre-Semard, Nîmes. De 9 € à 17 €. 04 66 36 65 10.

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