Mahfoud Hansali est jugé ce lundi pour le meurtre de Sihem, en janvier 2023 à La Grand-Combe. La disparition de la jeune fille de 18 ans avait tenu en haleine la région jusqu’à son tragique dénouement. L’accusé, déjà condamné aux assises pour un braquage et qui a un lourd casier judiciaire, risque la réclusion criminelle à perpétuité.
« Il a conscience que quoi qu’il réponde, il ne satisfera personne ». Avant l’ouverture ce lundi 23 mars à Nîmes du procès de Mahfoud Hansali, 42 ans, accusé d’avoir tué Sihem Belouahmia, 18 ans, le 26 janvier 2023 à La Grand-Combe, près d’Alès, Me Jean-Marc Darrigade s’attend à une audience difficile. « Il a avoué, il veut répondre aux questions, il est consterné de ce qu’il a fait et il l’assume. Mais quelle que soit l’explication qu’il donne, il a tué une jeune fille de 18 ans qui avait toute la vie devant elle », constate le pénaliste montpelliérain, qui défend cet accusé récidiviste devant la cour d’assises du Gard avec Me Florent de Saint-Julien.
Ce procès est pour eux un moment de vérité, mais aussi une épreuve. Ils ne viennent pas chercher la vengeance, mais des réponses.
Le corps à demi dévêtu de la jeune fille a été découvert le 2 février, quatre jours après sa disparition, sur les indications de Mahfoud Hansali, près d’un chemin de randonnée, dans un sous-bois, aux Salles-du-Gardon. Selon l’autopsie, elle est morte étranglée, après avoir reçu au moins un violent coup au visage. Elle avait consommé un peu de cocaïne dans les heures précédentes. Mais pour le reste, on est entre flou et zones d’ombre, au grand dam de sa famille.« Ce procès est pour eux un moment de vérité, mais aussi une épreuve. Ils ne viennent pas chercher la vengeance, mais des réponses », souligne leur avocat parisien, Me Mourad Battikh, partie civile avec Me Sarah Benlefki. Car ce qu’a raconté l’accusé depuis son arrestation leur paraît totalement invraisemblable.
Douze ans pour avoir braqué la Foir’Fouille à Alès
En cette fin janvier 2023, Mahfoud Hansali est aux abois. Il a des dettes, il est en plein divorce et s’inquiète pour ses trois enfants car il est face à une lourde échéance judiciaire : il doit être jugé le ce 1er février 2023 pour l’agression à domicile d’un couple de buralistes à Lava-Pradel, commis en 2011 et il craint une lourde peine. La prison, il l’a connue à 17 ans, pour des vols, et n’a jamais rompu avec la délinquance. En 2015, il a pris douze ans aux assises, pour avoir braqué la Foir’Fouille à Alès en 2012. Il est sorti en février 2021 et depuis, il survit grâce à de petits deals, en traînant la réputation d’être colérique et prêt à tout pour faire de l’argent.
Sihem fait partie de son entourage proche : elle est la cousine de sa compagne, elle garde régulièrement leurs enfants, et est même venue avec elle le voir au parloir, lorsqu’il finissait de purger sa peine. Pourquoi Sihem est-elle montée dans sa voiture, le 26 janvier, vers minuit ? Parce qu’ils entretenaient une liaison cachée de tous, depuis plusieurs mois, assure Mahfoud Hansali. « Une histoire passionnelle« , avec « des relations sexuelles toujours consenties », et qui bascule ce soir-là, après avoir fait l’amour à son domicile.
Sihem espérait gagner 10 000 €
« On discute, on rigole, on passe une soirée normale, elle voulait parler de nous », a-t-il raconté. « Je voyais à quel point elle tenait à moi, je ne voyais pas comment me dépêtrer de ça » alors qu’elle menace de tout raconter à sa famille, s’il ne la laisse pas venir le voir en prison. « Elle voulait dénoncer ça, c’était la honte », dit-il pour justifier l’avoir violemment giflée, puis plaquée contre le mur, la main sur la bouche, jusqu’à ce qu’elle s’effondre. Cette liaison cachée, l’enquête n’a pas réussi à la confirmer.
En revanche, Sihem avait raconté à ses proches une sombre histoire d’arnaque dans laquelle Mahfoud voulait lui faire jouer un rôle clé et qui devait rapporter gros. Il aurait voulu faire croire à des trafiquants qu’il avait retrouvé et châtié une jeune femme qui s’était enfuie avec une grosse quantité de drogue. Sihem aurait joué le rôle de la victime le temps de quelques photos et espérait gagner 10 000 €, sur les 100 000 € qu’aurait perçus Mahfoud pour ce contrat.
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« Stratégie classique », « défense visant à atténuer l’intention criminelle », dénonce Me Battikh. « Dans la version de l’arnaque, pourquoi l’aurait-il tuée ?, rétorque Me Darrigade. Sihem a pu raconter cette histoire à ses proches pour justifier ce rendez-vous nocturne avec lui, même si la famille ne veut pas l’entendre. » Bizarrerie judiciaire à venir : vendredi 28 mars, au lendemain du verdict, Mahfoud Hansali sera jugé pour l’agression des buralistes, quinze ans après les faits.






