"Un hiver compliqué" : malmené par la sécheresse, les inondations et les tempêtes, le canal du Midi a dû fermer de longs mois pour panser ses plaies

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Fermé à la navigation dès le 3 novembre, l’ouvrage de Riquet ne réouvre toutes ses écluses qu’à partir de ce samedi 18 avril. Une période de "chômage" longue et inédite.

« Oui, cela a été un hiver compliqué… Je n’ai jamais vécu un tel cumul de problèmes ». Depuis les locaux biterrois de Voies navigables de France (VNF), au Pont rouge, le chef du service territorial Aude-Hérault, Christophe Beltran, peut s’autoriser à souffler. Car ces derniers mois, pour le canal du Midi, ont été particulièrement éprouvants. « D’habitude, la période de chômage du canal se limite à janvier et février, pour les travaux », explique-t-il. Mais cette année, le calendrier a été complètement bouleversé : la voie d’eau, conçue il y a 350 ans pour relier l’Atlantique et la Méditerranée par l’intérieur des terres, a dû fermer dès le 3 novembre : « Nous n’avons pu réouvrir partiellement que le 25 mars, dans le secteur Thau-Fonseranes, et ce n’est que ce samedi que le canal sera entièrement navigable. »

La cause de cet arrêt particulièrement long ? La météo, qui a joué les montagnes russes. C’est d’abord la sécheresse de l’été dernier qui a vidé les barrages d’alimentation et contraint le canal à fermer précocement. Les pluies exceptionnelles qui ont suivi auraient pu être une bonne nouvelle, sauf qu’elles ont été suivies par les tempêtes Nils et Pedro, en février. En deux jours, sur le secteur Aude-Hérault, ce sont 950 arbres qui sont tombés dans et au bord du canal, surtout dans le Minervois mais aussi à Agde, à Colombiers, autour du tunnel de Malpas.

Une appli pour mieux naviguer

« Il a fallu les dégager en utilisant des chemins de halage parfois trop étroits pour les engins, poursuit Christophe Beltran… Ces travaux seront terminés cette fin de semaine. » Ce qui n’est pas terminé, en revanche, c’est la réfection des berges : « Des sections entières ont été emportées par les racines des arbres tombés, des talus ont glissé… » Des sols d’autant plus fragilisés qu’ils ont dû supporter l’abattage de 32 000 platanes malades et condamnés par le chancre coloré, tout au long du canal. « Il est à nouveau ouvert, mais en mode dégradé », résume le responsable.

Des contraintes qui ont poussé VNF à communiquer encore plus avec les usagers. « Nous avons été en contact permanent avec les loueurs pour qu’ils puissent planifier où et quand leurs bateaux pouvaient sortir », assure Christophe Beltran. L’établissement public utilise aussi une application, Navi, grâce à laquelle les plaisanciers, c’est une nouveauté de cet été, vont pouvoir signaler au fil de leur navigation la présence de branches sous l’eau, de hauts-fonds, ou de toute autre anomalie.

Rien de tout cela, cependant, ne semblait préoccuper les touristes en péniche qui encombraient les neuf écluses de Fonseranes, cette semaine. La haute saison commence en effet sur une bonne nouvelle : les barrages d’alimentation du canal sont pleins, comme les nappes phréatiques, ce qui devrait limiter les prélèvements faits par les agriculteurs. Ce site emblématique va donc pouvoir écluser ses 5 000 bateaux annuels, la moitié pilotée par des étrangers, et le canal du Midi va rester la destination de navigation intérieure la plus importante de France. Un bémol cependant : sur le long terme, le monument de Riquet n’a toujours pas rattrapé la baisse de fréquentation de 15 % qu’il avait enregistrée avec le Covid.

Au bonheur des éclusiers

Sur l’Aude et l’Hérault, 80 personnes sont embauchées chaque saison pour faire fonctionner les écluses. Tout le monde, à condition d’apprécier le travail en extérieur et le contact humain, peut déposer sa candidature (les offres sont sur le site de VNF en décembre-janvier pour l’année suivante), sachant que 90 % de ces saisonniers reviennent année après année.

"Nous cherchons des gens impliqués et autonomes. Aux écluses, ils doivent souvent travailler seuls, mais nous les formons pendant trois jours à leur fonctionnement et aux enjeux de sécurité. Et s’ils parlent un peu anglais, c’est encore mieux", détaille Christophe Beltran.

Un éclusier saisonnier reçoit un salaire un peu supérieur au smic. Il travaille de 9 h à 12 h et de 13 h à 19 h, quatre jours par semaine et un week-end sur deux. Et désolé de décevoir ceux qui s’imaginent déjà occuper un des magnifiques bâtiments historiques qui bordent le canal… Les saisonniers ne sont pas logés par VNF.

Un canal dans le besoin

Les voies navigables de France, ce sont 8 500 km de fleuves, canaux et rivières, et 4 000 écluses, barrages et ponts-canaux… Mais ces infrastructures ne sont pas en bonne santé. Selon la Cour des comptes, une centaine de millions d’euros manquent tous les ans pour maintenir le réseau en état. Une remise à niveau complète est estimée à 3,8 milliards. Le canal du Midi, construit il y a 350 ans, seul canal du sud de la France où les contraintes climatiques et hydrologiques sont importantes, abîmé par l’abattage de ses platanes, n’échappe pas à ce désinvestissement. Le service territorial de VNF basé à Béziers, qui couvre l’Aude et l’Hérault, est passé en quinze ans de 120 à 85 salariés.

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